Les Carmes
Les Carmes
Histoire - Règle de vie - liturgie des heures
Ordre de Notre Dame du mont-Carmel
L'Ordre du Carmel est peut-être le seul à rattacher son histoire à l'Ancien Testament, de plus, il a cette particularité d'être une famille religieuse latine, d'origine occidentale, et cependant née en Orient.
Les origines orientales
L'Empire romain au IVes. décadent est affaibli de l'intérieur et à l'extérieur par les invasions venues du nord. A cette époque, les chrétiens triomphent et jouissent d'une honorabilité et de responsabilités dans la vie des cités. Leur nombre sans cesse croissant de trop nombreux convertis s'accompagne d'une certaine médiocrité de la vie religieuse.
Le monachisme chrétien verra donc spontanément le jour en diverses régions du bassin méditerranéen, notamment en Syrie, puis en Egypte où, de part et d'autre de la vallée du Nil, quelques ascètes Egyptiens, vont manifester le désir de rompre avec leurs communautés pour mener une vie conforme à l'esprit et à la lettre des préceptes évangéliques de pauvreté et de perfection, en s'éloignant des lieux de vie pour s'installer aux confins du désert.

Certains de ces ermites (eremos = désert), conscients des dérives dues à l'absence de tout contrôle, prônent de substituer le cénobitisme à l'érémitisme originel par le regroupement autour d'anachorètes réputés pour leur sainteté et leurs enseignements.
Saint Antoine le Grand
L'histoire fait de saint Antoine le Grand ou Antoine d'Egypte (vers 250 † vers 356), le premier et le plus grand de ces ermites du début du IVes (c'est à ce titre que la chapelle latérale de Saint-Hilaire lui est dédiée).
Sa vie rapportée par saint Athanase, évêque d'Alexandrie, qui le rencontre alors qu'il est lui-même en exil dans le désert d'Egypte, sera un des textes fondateur du monachisme.
Issu d'une famille aisée de Qeman (actuelle Memphis) en Haute Egypte. Au décès de ses parents, il vend ses biens, distribue le produit aux pauvres, et s'installe non loin de là, puis à Pispir (Kellia).
Vingt ans après, les persécutions infligées aux églises par l'empereur Caius Valerius Galerius Maximinus (Maximin Daïa - 270 † 313), l'amènent à quitter Pispir pour se rendre à Alexandrie, afin d'y soutenir les confesseurs de la foi (un confesseur de la foi est un chrétien persécuté à cause de sa foi et qui échappe à la mort).

A son retour à Pispir, il découvre que son désert est peuplé d'ermites, aussi décide-t-il de s'établir dans un autre lieu qui sera choisi au pied du mont Qolzum situé en bordure du golf de Suez.
Il n'en sortira que deux fois : la première pour visiter sa colonie d'ermites, la deuxième pour se rendre à Alexandrie pour s'opposer aux tenants de l'arianisme initié par le théologien Arius (256 † 336), qui défend la position selon laquelle le divinité de Dieu est supérieure à celle de son fils. Sept lettres sont à ce jour reconnues comme vraisemblablement authentiques.
Kellia est un des premiers embryons de la vie communautaire monastique égyptienne avec Scété (Abu Makar - 120 km d'Alexandrie), et Nitrie (40 km au sud d'Alexandrie), qui connurent leur apogée entre le IV et le IXes.

Ces ermitages qui pouvaient être constitués de deux ou trois moines sont appelés des Kellia du grec τα κέλλια (les cellules), ce qui les distinguent des monastères cénobitiques fondés par saint Pacôme en Haute-Egypte.
Lire l'article en espagnol sur les églises coptes d'Egypte du IV au VIIes. de María Teresa Viviani Instituto de Estética, Facultad de Filosofía Pontificia Universidad Católica de Chile :
Web : www.scielo.cl/pdf/tv/v48n2-3/art09.pdf

Ils traduisent une évolution vers un semi-anachorétisme qui assurait un équilibre entre la vie solitaire et la vie communautaire : les moines passant la semaine solitaires dans leur cellule pour se retrouver, tous les samedis et tous les dimanches, afin de célébrer dans l'église la "synaxe" (liturgie), et prendre un repas (agapê) en commun.
La célébration eucharistique impliquait la présence d'un prêtre dont l'autorité sur le groupe n'était que spirituelle, les moines n'étant soumis à aucune règle écrite ni engagés par des vœux.
En 312, il s'installe en Thébaïde près de la mer Rouge, sur le mont Qolzum, où se trouve actuellement le monastère qui porte son nom.
A la fin du IVes., c'est une population d'environ six cents moines qui vivent aux alentours de Kellia.
Le monachisme en Occident
Ce sont des voyageurs orientaux et des pèlerins qui, surtout à partir du IVes. font connaître et répandent en Occident les différentes formes de la vie monastique, notamment saint Athanase, évêque d'Alexandrie, venu à Rome en 340, et saint Jérôme.

En Gaule, ce sont surtout les monastères de Lérins, créé par saint Honorat vers 410, et de Saint-Victor, établi vers 415 à Marseille par Cassien ; celui-ci rapporte d'Orient, où il a longtemps vécu, d'importants ouvrages sur les anachorètes et les institutions monastiques.
Le mont Carmel

Les traditions et légendes locales relient le prophète Elie (IXes. avant JC.), avec quatre sites de la chaîne montagneuse du mont Carmel, qui s'étire sur 25 km de long et 6 km de large au Sud des villes d'Haïfa et de Akka, ex Saint-Jean-d'Acre :
1/ La caverne basse, surnommée "l'école des prophètes", renferme plusieurs centaines de graffitis grecs païens datant probablement du IIes. av. JC, témoigne qu'à l'époque hellénique elle a pu être le centre d'un culte dédié à Adonis ou Tammouz.
Au VIes., les Byzantins édifièrent sur ce site le monastère de Saint Elie, en même temps que celui de Sainte Marguerite sur l'esplanade du promontoire. Puis durant les croisades des moines grecs orthodoxes reconstruisent un petit monastère sur les ruines de l'ancien.

Dans le flanc gauche de cette grande caverne fut creusé un oratoire dédié à la Vierge Marie, car selon la légende, la Sainte Famille y aurait passé une nuit en revenant de son exil en Egypte. Cette caverne d'Elie (14 m x 8 m x 5 m ht) est aujourd'hui transformée en synagogue.
2/ La caverne haute fut selon l'historien romain Tacite un haut lieu religieux depuis la plus haute antiquité, probablement lié au culte du baal hadad du Carmel. Elle est mentionnée pour la première fois par des auteurs byzantins en rapport avec le monastère de Sainte Marguerite construit durant le Ves. ou VIes., et détruit par les Perses de Khosro II Parviz en 614.
3/ A proximité de la source d'Elie, des recherches archéologiques récentes ont mis à jour d'imposants vestiges d'un monastère avec ses dépendances et d'une chapelle. Il s'agit probablement des ruines du premier monastère érigé par les ermites latins, et en faveur duquel le pape Urbain IV publia en 1263 une bulle recommandant aux fidèles de contribuer financièrement à la construction.

4/ Le sommet du mont Carmel est traditionnellement lié au lieu de la défaite des prêtres de Baal par le prophète Elie.
On y trouve un monument mégalithique constitué d'un cercle de 12 grandes pierres avec au centre une citerne creusée dans la roche, qui était un lieu de pèlerinage pour les hébreux. A l'époque byzantine, des moines y habitaient dans les grottes environnantes, puis les arabes y érigèrent un petit sanctuaire dont les ruines furent visibles jusqu'au XIXes. Au sommet s'élève actuellement une chapelle dédiée à Saint Elie.
Les fouilles des grottes sur le flanc du mont Carmel (Skhul), livrèrent de nombreux squelettes humains datant de 80 000 à 100 000 ans, mais la découverte la plus extraordinaire fut celle des préoccupations spirituelles et religieuses de ces hommes de la période moustérienne, comme le démontre, dans trois sépultures, les nombreux signes qui témoignent de l'existence d'une culture symbolique, comme par exemple l'utilisation de coquillages perforés, de fleurs ou de poudre d'ocre.
Elie le prophète (IXes av. JC)
Elie le Tishbite, de Tishbé en Galaad (sur les hauteurs d'une chaîne montagneuse à l'est du Jourdain), s'appelait Elliyyahou, l'Ancien testament a laissé l'image d'une personnalité religieuse extrêmement riche, contrastée et complexe. Si l'aspect acétique est indéniable, c'est avant tout un solitaire.
Elie passera sa vie à ramener ses contemporains au yahwisme absolu et exclusif, au monothéisme d'Abraham et de Moïse, en s'opposant aux adeptes et prophètes du culte de Baal (dans la bible ce mot ne désigne aucune identité précise, mais rassemble toutes les divinités qui pourraient détourner le peuple de Yahvé du droit chemin), et de la déesse Ashérah, qu'il confond devant le peuple massé sur les pentes du mont Carmel, à la suite d'une intervention spectaculaire de Yahweh qui, par un orage, met fin aux trois années et six mois de sécheresse qu'il avait prédit à Achab, roi d'Israël (874 † 853 avant JC).

Le XIIes.
Il se caractérise par la diversité et la contestation. Le christianisme se développe en tous sens. Les nouveaux ordres monastiques prolifèrent, la scolastique fait ses premiers pas et le droit canon est unifié. La papauté prend de l’ascendant sur le pouvoir temporel. Mais des hommes se lèvent pour contester la richesse et la puissance de l’Eglise, qui réagit mal.

Suivant les deux témoignages ci-dessous, les racines de cet ordre remontent au XIIes., entre la deuxième croisade (1147-1148 - Louis VII) et la troisième croisade (1189-1191 - Philippe Auguste), lorsqu'à l'instar d' Elie (873-852 av JC.), des ermites latins s'installent dans le massif du mont Carmel.

En 1163, Benjamin de Tuleda rapporte qu'il existait près de la grotte d'Elie une chapelle bâtie en l'honneur du prophète par deux fils d'Edom (c'est ainsi qu'il désignait Aymeric et Berthold).


Puis en 1185, Jean Phocas, moine grec de l'île de Patmos ayant visité les Saints Lieux, finit ainsi la relation de son voyage : "sur le mont Carmel est la caverne d'Elie, où était autrefois un grand monastère comme on voit par les restes des bâtiments, mais il a été ruiné par le temps et les incursions ennemies. Il y a quelques années qu'un moine prêtre, et portant des cheveux blancs, vint de Calabre et s'établit en ce lieu par révélation du prophète Elie.
Il fit une clôture dans les ruines du monastère, y bâtit une tour et une petite église et assembla environ dix frères avec lesquels il souhaite maintenant ce saint lieu". Le moine Gunther, dans sa relation du voyage de Martin, abbé de Paris, près de Bâle, en rend un semblable témoignage.

N'ayant pas de saint fondateur comme les autres congrégations, les ermites du mont Carmel se consacrèrent à la Vierge Marie et firent remonter leurs origines à Elie et Elisée par une succession ininterrompue d'anachorètes considérés comme les "Carmes de l'Ancienne Alliance", tels que les Esséniens et les Thérapeutes dont parlèrent Pline, Josèphe, Philon et Eusèbe.
La tradition donne au fondateur historique de la congrégation des ermites du mont Carmel le nom de Berthold de Solignac (? † 1198), qui aurait été parent d'Aymeric de Malifaye, patriarche d'Antioche (1141 † 1193).
Son successeur, Broccard, demande et obtient vers 1205 du patriarche de Jérusalem, Albert Avogadro, évêque de Vercelli en Italie, une Norme de Vie très courte (dont une partie est une reprise littérale de la Règle de saint Augustin), qui repose sur la devise Ora et labora (prie et travaille), mieux adaptée à leur vie érémitique et contemplative que la Règle de Saint Augustin apparemment suivie jusqu'alors.

Cette Norme de Vie consiste en une suite d'articles où l'on voit qu'ils demeuraient chacun dans une cellule séparée; que celle du prieur était à l'entrée de leur clôture et l'église au milieu. Que quelques-uns d'entre eux ne savaient pas lire, et que ceux-là devaient dire un certain nombre de pater pour chaque heure de l'office. Qu'ils devaient entendre la messe tous les jours autant qu'il se pouvait, qu'ils ne devaient jamais manger de viande et qu'ils devaient jeûner depuis l'Exaltation de la Sainte Croix jusqu'à Pâques.
Cette Règle de vie est la dernière en date des grandes Règles monastiques. Le fait que ses prescriptions ne précisent presque plus rien dans l'ordre pratique marque la fin de l'évolution des Règles.
Le XIIIes.
Il se caractérise par l'apogée médiévale tandis que la puissance de la papauté atteint son zénith et connaît la tentation totalitaire. Deux nouveaux Ordres, les Franciscains et les Dominicains, revendiquent une pauvreté absolue et prêchent l’Evangile sur les routes. La théologie trouve des bases rationnelles en intégrant le système aristotélicien, réinterprété par Thomas d’Aquin et Albert le Grand.
Le 14 septembre 1214, durant une procession à Saint-Jean-d'Acre, Albert Avogadro est assassiné à coups de couteau par un prélat qu'il avait déposé pour inconduite. Il sera canonisé sous le nom de saint Albert.

Une des conséquences de ce drame sera l'absence d'approbation officielle de la Norme de Vie avant le 4ème concile de Latran (1215), qui interdit d'établir de nouveaux ordres religieux dans l'Eglise, et les ermites du Carmel furent ainsi contraint de lutter pour survivre face aux prélats qui contestaient leur existence en tant que congrégation.
Avec le retour des croisés de la 5ème croisade (1217-1221), des Carmes s'installent à Hulne (northwest of Alnwick - Northumberland - qui aura le statut de "désert") en 1240, puis à Aylesford (Kent) en 1242, le 24 mars 1253, un certain Pierre de Corbie et son compagnon obtiennent des échevins de Valenciennes, duché d'Hainaut, l'autorisation de s'y installer.

Il faudra attendre le 30 janvier 1226 pour que cette Règle primitive soit approuvée par le pape Honorius III, qui, selon la légende, aurait été sévèrement admonesté lors d'une apparition de la Vierge Marie, sous la protection de laquelle s'étaient placés les ermites du Carmel.
Cette même Règle primitive fut de nouveau confirmée le 6 avril 1229 par le pape Grégoire IX, qui interdit cependant aux Carmes de recevoir des biens immobiliers et des rentes, infléchissant ainsi l'évolution de l'Ordre initialement érémitique en ordre mendiant.
Les Carmes qui se trouvent encore dans un état intermédiaire entre la vie des laïcs et celle des religieux, ne se répandirent que très lentement en Terre Sainte. Dès 1238, à la suite des revers militaires éprouvés par les croisés, ils commencèrent d'essaimer en Occident.

Bien qu'épargnés dans un premier temps par les musulmans, sans doute à cause de leur vénération pour le prophète Elie, les Carmes perdirent les uns après les autres tous leurs établissements de Palestine et de Syrie jusqu'à la prise de Saint-Jean-d'Acre par le sultan égyptien, accompagnée de la destruction finale du monastère du Carmel, et du massacre de tous ses moines en 1291.
Une reproduction de cette scène qui s'inscrit dans une fresque monumentale retraçant la vie des Carmes, peinte par Jörg RATGEB (1480? † 1526), sur les murs du réfectoire du Karmeliterkloster de la ville de Frankfurt am Main, a été offerte à Saint-Hilaire par le Dr. Michael FLEITER, conservateur de l'Institut für Stadtgeschichte.
Cet événement tragique marqua la fin de la présence des Carmes en Orient pendant plusieurs siècles et leur retour dans leurs divers pays d'origine : Sicile, Italie, Angleterre, Sud de la France Les carmes qui débarquèrent à Marseille s'installèrent aux Aygalades.

Au cours des années 1240, dans le comté Venaissin, entre les seigneuries d'Oppède et de Bonnieux (Bonnieux était une enclave dans le comté de Provence), un petit nombre d'entre eux viendra occuper l'actuel site de Saint-Hilaire, où préexistait peut-être un lieu de culte dont on ignore encore l'origine.


Ils y sont mal accueillis, le pape Innocent IV ayant déjà réuni en 1244 tous les groupements érémitiques italiens et ultramontains en une seule congrégation.
Le 8 juin 1245, le pape Innocent IV confirme les bulles précédentes de Grégoire IX et d'Honorius III.
En France, ils sont confrontés à la croissance rapide des Dominicains et des Franciscains, de plus, la France est en pleine folie inquisitoriale (1231-1239), conduite par un cathare converti, le Dominicain Robert le Bougre, où la vie monastique ne se concentre plus dans quelques grandes abbayes, mais connaît un essor continu, souvent en milieu urbain, du fait de l'apparition des Ordres mendiants, fondés par saint Dominique et par saint François.

L'apparition des Ordres mendiants révolutionne les conception de la vie religieuse. A l'exigence de pauvreté individuelle, comme toutes les Règles, ils ajoutent celle de la pauvreté collective, il leur est en effet interdit de posséder quoi que ce soit en commun, sauf les églises et couvents ; les frères doivent vivre de leur travail, des aumônes et si besoin de la quête : ils ont le droit de mendier dans les lieux publics.
Le mot "pauvreté" recouvre bien des acceptations. Toutefois, la pauvreté ne peut pas être la détresse totale qui met l’homme dans un état de profonde dépendance physique et morale. Au fond, l’idéal de pauvreté est un idéal de liberté, un refus de toute aliénation. En fait, le problème n’est pas simple et il suscita d’innombrables interprétations et d’interminables querelles. Etre pauvre, était-ce être haillonneux, comme le voulait saint Dominique, ou l’acceptation de la vie communautaire avec toutes ses conséquences : le dépouillement total, la non-possession des biens terrestres, le détachement ?
Pour les Carmes, elle sera la conséquence logique du renoncement totale qui est l’essentiel de la vocation à la vie parfaite ; elle consiste dans le fait de tout abandonner, non en vue d’être pauvre, mais en vue de mener une vie de détachement.
Les frères convers ne sont pas des moines : aussi les règles de la clôture, de la solitude et de la stabilité ne s'appliquent-elles pas à eux.

La vocation des Ordres mendiants est fondée sur l'apostolat, la parole (enseignement et surtout prédication), et l'action : ils s'installent donc dans les villes pour y répondre en étant près des hommes, et y pallier l'insuffisance quantitative et qualitative du clergé séculier, le curé en titre (rector) ayant bien souvent confié ses fonctions paroissiales à un vicaire perpétuel.
La vie fruste et austère des frères des Ordres mendiants (surtout au début), leur ferveur religieuse, leur pauvreté volontaire et leurs hautes qualité morales attira le peuple qui se sentait proche d’eux et très loin du clergé séculier.
De même, les sermons en langue vulgaire, la dévotion à l'enfant Jésus et à la crèche, la dévotion mariale, humanisent la vie spirituelle, sont parmis les principales causes du succès des frères prêcheurs ou mineurs.
Le clergé séculier, devant le danger financier fit bloc, impliquant les autorités communales et leur hiérarchie, et fit tout pour reconquérir la faveur de leurs fidèles : multipliant les prédications, les fondations d’autels, les processions, les indulgences productrices de nouveaux revenus. Les bâtiments bénéficièrent d’agrandissements et d’embellissements, avec de précieux vitraux et surtout de nouvelles cloches puissantes destinées à couvrir installées dans les campaniles et clochetons des églises conventuelles.
Tout ceci explique que l’accueil des Ordres mendiants par les clercs séculiers, de très réservé au début, devint très rapidement franchement hostile au fur et à mesure que les fidèles affluaient dans les églises conventuelles, tout en réduisant d’autant le revenu casuel, un exemple de ces tensions à l'Abbaye de La Charmoye, commune de Montmort-Lucy (51270), où en 1240, les chanoines envahissent la chapelle de la Charmoye, et enlèvent l'autel tout en malmenant les moines cisterciens, ce qui conduit le légat du pape à ordonner que les moines, tout en conservant leur maison de Vertus, ne pourraient plus y accueillir de paroissiens.
C'est dans ce contexte d'une lutte de pouvoir exacerbée que les Carmes se répandirent néanmoins peu à peu dans une bonne partie de la chrétienté et durent s'adapter aux conditions de vie occidentales.

Un premier chapitre général se tint à Aylesford en Angleterre, probablement au cours de l'année 1247. La décision la plus importante de ce chapitre fut d'envoyer deux frères à Lyon afin de solliciter une adaptation de la Règle primitive auprès du pape Innocent IV.
A cette date, l'Ordre comptait probablement quatre provinces, celles de Terre Sainte, de Sicile, d'Angleterre et de Provence.
Le 27 juillet 1247 par une bulle paganorum incursus, le pape Innocent IV définit l'appellation officielle des "Frères de Notre-Dame du mont Carmel" et demande aux évêques de bien vouloir accepter dans leur diocèse ces pèlerins expulsés de leur ermitage du mont Carmel par les infidèles. Face à l'hostilité du clergé, cette recommandation sera renouvelée le 4 octobre de la même année.

Toujours en 1247, le 1er octobre, par la bulle Quae honorem Conditoris omnium, le pape Innocent IV, après avoir précisé, corrigé quelques points douteux et mitigé quelques sévérités, a transformé la Norme de Vie des Carmes en une Règle approuvée par l'Eglise (Regula bullata).
En outre, le pape l'adapte aux nouvelles conditions de vie de l'Occident. Par cette littera solemnis, le pape Innocent IV met en oeuvre la transformation des ermites Carmes en "réguliers" (religieux) dans le sens plénier du mot, il insère aussi les Carmes dans la fraternité apostolique des nouveaux Ordres mendiants : Dominicains, Franciscains et Augustins (ce texte d'Innocent IV fut successivement confirmé par Alexandre IV, le 3 février 1256, par Urbain IV, le 22 mai 1262, et par Nicolas IV le 1er juillet 1269.
Ces corrections n'ont pas été nombreuses et ne concernent que l'organisation extérieure de l'Ordre, hormis le silence de règle qui est abrégé. Il n'y a rien qui concerne directement l'apostolat (cura animarum) ; cela viendra comme conséquence de la demande des Carmes d'embrasser l'état de vie de la fraternité apostolique des Ordres mendiants.
Désormais, les Carmes peuvent de plein droit prêcher, enseigner et confesser dans l'Eglise. Ainsi, ils sont libres de vivre dans des "lieux isolés" ou bien dans "les villes". Etre in eremis ou in villis dépend uniquement de la discrétion du prieur et des frères.
Après l'approbation d'Innocent IV en 1247, le charisme du Carmel atteint sa physionomie définitive, son parcours charismatique s'est achevé. Le Carmel conservera à la fois une double dimension : une vie contemplative et une vie apostolique (vie mixte).
Vers 1251, la Reine du carmel apparut à son Prieur général, saint Simon Stock, accompagnée d'une multitude d'anges, et tenant en sa main le scapulaire de l'ordre. Elle lui dit "reçois, mon cher fils, ce scapulaire de ton Ordre, comme le signe distinctif de la marque du privilège que j'ai obtenu pour toi et les enfants du carmel ; c'est un signe de salut, une sauvegarde dans les périls et le gage d'une paix et d'une protection spéciale jusqu'à la fin des siècles. - Celui qui mourra revêtu de cet habit sera préservé des feux éternels. -

Le saint Prieur se leva réconforté, fit part à ses fils des promesses de Notre-Dame, et à partir de ce temps, l'ordre dégagé de tout péril, prospéra.
Les Carmes ont porté un - manteau - formé de sept bandes perpendiculaires, trois noires et quatre blanches, ce qui leur valut d'être désignés sous le nom de barrati Fratres, ou virgulati, ou de pica (pie). Lors du Chapitre Général de 1287 à Montpellier, les Carmes décident de substituer leur - manteau rayé - ou barré par une chape blanche, ce qui leur valut d'être déignés sous le nom de frères blancs. Celle-ci a une symbolique dans la spiritualité du carmel : elle indique notamment la pureté et la virginité de Marie.

Le désert et la ville : tels sont les deux pôles d'attraction entre lesquels oscille l'Ordre des Carmes dès le début de son implantation dans la chrétienté. C'est ainsi que quelques communautés carmes s'établiront au cœur des villes pour s'adonner à la vie apostolique en union intime avec la vie contemplative.
En 1271, fidèle en cela à la Norme de Vie établie par Albert Avogadro qui place les Carmes parmi les simplices in eremiset non pas avec les in scientia praedite, le prieur général Nicolas le Français manifeste son opposition dans un traité intitulé Ignea sagitta ("la flèche enflammée"), ou s'exprime une profonde nostalgie de leur style de vie érémitique et contemplative antérieure, qui le conduira à démissionner.
Son successeur, Ralph Fresburn l'Anglais, poursuivi l'action de Nicolas le Français. Il se démit de sa fonction en 1277 avant de se retirer en Angleterre au couvent de Hulne.
Les maisons érémitiques demeurent l'exception à la fin du Moyen Age. La communauté distingue dans la notion de désert trois niveaux complémentaires, mais séparables : le lieu, le style de vie solitaire, l'idéal de la prière ininterrompue, et trois modes de réalisation : vie érémitique dans les déserts, dans les villes, vie contemplative dans les couvents urbains.
Dans sanota vacillationis du 17 juillet 1274, le 2ème concile de Lyon reprenant en partie les dispositions du concile de Latran, décide la suppression des Ordres religieux qui sont dans une situation juridique irrégulière incert mendicita. Les Carmes défendent leur naissance avant les décisions de Latran IV, et évoquent les approbations pontificales.

Le concile ne confirme pas l'Ordre, et ce d'autant qu'apparaît un nouveau personnage, le curé, prêtre affecté à un territoire, la paroisse, avec lequel les conflits sur le terrain furent parfois violents, mais permet à l'Ordre qu'il in sui statuo manere, jusqu'à ce qu'il justifie par des preuves son vrai statut canonique.
Cette menaçante situation d'attente met les Carmes dans une grande incertitude à l'égard de leur avenir dans l'Eglise. Finalement, après beaucoup d'interventions de la part de l'Ordre, celui-ci est confirmé par l'Eglise.

Dès lors, les Carmes subirent l'influence des Dominicains et modelèrent leurs institutions sur les leurs, orientant leur ordre initialement mendiant et contemplatif vers l'enseignement et les missions.
En cette fin de siècle, dans la personne de Boniface VIII s'obscurcissent la gloire et l'éclat de la papauté. Les moyens employés pour la maintenir étaient iniques et montrent la perversité dans toute sa laideur. Des travaux intellectuels avaient frayé le chemin aux violences exercées par les pouvoirs séculiers. En 1254, Jean de Parme attaqua le pape dans son Evangile éternel qui fut brûlé en 1256. Les vices de la hiérarchie sacerdotale furent attaqués par le Carme Nicolas de Narbonne dit Gallus (? † 1272).
Les constitutions de 1281 mentionnent dix provinces : Terre sainte, Sicile, Angleterre, Provence, Toscane, Lombardie, France, Allemagne, Aquitaine, et Espagne qui ne sera plus mentionnée lors du chapitre général de Montpellier en 1287.
Vers la fin du XIIes., le chapitre tenu à Londres en 1281 marque une nouvelle orientation des Carmes qui entrèrent à leur tour dans le mouvement universitaire qui avait pris son essor au début du siècle. En 1295, Gérard de Bologne devient le premier Docteur de l'Ordre.
Vers la fin du XIIIes., il existait en Occident environ 150 couvents carmes.
Le XIVes.
Il se caractérise par la crise de la papauté. Le christianisme occidental entame un lent déclin qui conduira à la Réforme deux siècles plus tard. La papauté, exilée à Avignon pendant une soixantaine d’années, est plus préoccupée d’argent et de pouvoir que de spiritualité. Elle offre un spectacle affligeant. Sa division engendre un schisme de quarante ans. Des voix toujours plus nombreuses contestent l’institution ecclésiale et pontificale.
Par une bulle Super cathedram du 18 février 1300, le pape Boniface VIII avait restreint les prérogatives reconnues par ses prédécesseurs aux Ordres mendiants - Dominicains, Franciscains, Augustins et Carmes - qui, déjà tenus à ne pas prêcher en présence de l'évêque s'ils n'étaient désignés par lui pour le faire, ne pouvaient plus prêcher sans autorisation de l'évêque, seul capable de dire si les besoins du diocèse justifiaient qu'on fît appel à eux.
Pour sa part, le pape Jean XXII avait étendu l'interdiction au droit de confesser. Pour les couvents, tout cela ne faisait que tarir de substantielles ressources : les prédications poussaient à des dons, et la confession comportait l'imposition d'une pénitence, souvent tarifée.
Le 9 mars 1309, le pape gascon Clément V et sa curie de quelque quatre cents personnes s'établissent en Avignon pour le temps du concile, sur la rive gauche du Rhône, à une longueur de pont du royaume de France.
Lors du chapitre général de 1321, l'Ordre comptait trois studia generalia de théologie : Bologne, Cologne et Londres. En 1324, les villes de Paris, Toulouse, Montpellier étaient venues rejoindre ces maisons d'études.
En 1334, le pape Benoît XII, nouvellement élu après une semaine de conclave tenu dans le palais épiscopal d'Avignon, prends comme premier confesseur un Carme.

1347, la peste noire fait son apparition en Occident, où elle provoque la mort de 30 à 50% de la population française.
Le 7 avril 1378, les conclavistes menacés de mort par les Romains élisent comme nouveau pape : l'archevêque de Bari, Barthelémy Prigano, qui prend le nom de Urbain VI.
Dès sa nomination, son attitude pousse 13 cardinaux à déclarer son élection nulle. Ils élisent un nouveau pape : Robert de Genève, qui prend le nom de Clément VII et siège à Avignon à partir du 20 juin 1379.
Ce schisme eut pour conséquence la scission de l'Ordre : une partie conduite par le prieur général Mathieux de Bologne suivant le pape de Rome, Benoît XII, alors que l'autre partie, sous la conduite du prieur général Jean Grossi, suivra le pape d'Avignon, Clément VII.
Cette époque profondément marquée par le drame démographique provoqué par la peste noire : la France comptait 17 millions d'habitants en 1340, elle n'est revenue qu'à 10 millions en 1440, fut marquée par le déclin de l'Ordre, aussi bien matériel que spirituel.
Conscient de ce relâchement, le pape Grégoire XI demande le 11 mars 1372, à l'occasion d'un chapitre général, qu'il soit procéder à une réforme de l'Ordre tout entier. Quelques décrets furent intimés, mais la division de l'Ordre en deux obédiences, en rendit l'exécution impossible.
A la fin du XIVes., l'Ordre compte dans le royaume de France 7 provinces avec la Touraine, et 91 couvents dont Saint-Hilaire, et une nouvelle province à l'étranger : la Bohême.
Dès 1324 le général de l'Ordre est élu par scrutinium (vote) à l'accasion d'un chapitre général. A chaque chapitre il doit rendre compte de sa gestion et de l'absence de plaintes sérieuses. Dès 1472, il réside généralement à Rome d'où, avec deux compagnons, il visite régulièrement les Provinces. En théorie, au moins, son pouvoir était illimité, mais dans la pratique il ne pouvait pas se permettre d'ignorer la volonté des Provinces.
Le chapitre général se réunissait assez régulièrement tous les trois ans de 1247 à la fin du XIVes., par la suite la périodicité sera portée à six, dix, voire seize ans ! L'organisation et la tenue des chapitres sont devenus une charge financière très lourde, non seulement pour l'Ordre, mais aussi pour les villes qui leur accordent l'hospitalité.
Chaque Province était représentée par le Provincial et deux compagnons auxquels venaient s'adjoindre des étudiants à l'avenir prometteur, des frères devant prendre soin des chevaux. C'est ainsi que les chapitres généraux pouvaient réunir de cinq cents à plus de mille frères. Pour couvrir les frais, chaque Province était tenue de demander une subvention à son souverain. Le gîte et le couvert étaient offert par les établissements de l'Ordre locaux et par les habitants. A partir de 1318 les actes sont complets et ont pour partie été imprimés.
Les chapitres provinciaux ont eu lieu en règle générale une fois par an, mais des plaintes font état d'une périodicité de deux à trois ans. Chaque couvent était représenté par le Père Abbé ou avant, par un frère élu par le chapitre conventuel.
Le XVes.
Il se caractérise par la crise conciliaire. La papauté a perdu une grande partie de sa crédibilité lors de son séjour à Avignon et pendant toute la durée du Grand Schisme. Pour sortir de la crise, évêques et cardinaux décident de donner au concile une autorité supérieure à celle du pape. Mais cette tentative de réforme échouera devant le refus des souverains pontifes de céder une partie de leur suprématie monarchique. La papauté poursuit son déclin.
En 1408, le concile de Pise élit un troisième pape : Pierre Phylargis, qui prend le nom de Alexandre V. A partir de ce moment l'Eglise est tricéphale : c'est le Grand Schisme d'Occident.
Par une bulle Regnans in exclesis datée de Pise le 12 octobre 1409, le pape Alexandre V annule les dispositions de la bulle Super cathedram du 18 février 1300, et rend aux Ordres mendiants le droit de prêcher et de confesser en tous lieu sans solliciter d'autorisation des évêques, ce qui eu pour effet de réveiller brutalement la vieille hostilité des maîtres séculiers contre les Dominicains, Franciscain, Augustins et Carmes.
Au cours du chapitre général tenu à Bologne en 1411, les deux prieurs généraux : Mathieu de Bologne et Jean Grossi démissionnent, ce qui permis à ce dernier, prieur général des adeptes du pape Clément VII, d'être élu prieur général de l'Ordre ainsi réunifié.
Un concile se réunit à Constance (1414-1418), pour remettre de l'ordre; légitimement assemblé dans le Saint-Esprit, formant un concile oecuménique et représentant l'Eglise militante, il tient sa puissance immédiatement de Dieu, et tout le monde, y compris le pape est obligé de lui obéir en ce qui concerne la Foi, l'extinction du schisme, et la réforme soit des membres, soit des chefs de l'Eglise.
Alors que le chapitre général de Bologne en 1411 avait mis fin à la présence de deux prieurs généraux à la tête de l'Ordre, cette situation se reproduit en juin 1430, à Nantes, où à l'occasion d'un nouveau chapitre général, deux prieurs généraux sont élus. Pour mettre un terme à cette situation, le pape Eugène IV (1383 † 1447), nouvellement élu (1431), nomme Barthélemy de Roquali évêque de Marseille, et Natale Bencesi de Venise vicaire général de l'Ordre jusqu'à ce qu'un chapitre puisse procéder régulièrement à l'élection d'un prieur général.
C'est dans ce contexte qu'à l'occasion du chapitre de Nantes, une majorité se prononce afin de solliciter du pape Eugène IV (1431-1447), la mitigation de la Règle donnée en 1205 par saint Albert. La supplique porte la date du 15 février 1432. Il y est dit que de nombreux profès de l'Ordre ne peuvent plus observer la Règle à cause de sa sévérité et de sa rigueur, tant par la fragilité humaine que par faiblesse du corps.
Le vicaire général Natale Bencesi dépêcha en 1432 des frères au pape Eugène IV, afin de lui transmettre cette supplique.
Natale Bencesi ayant été nommé vicaire général de l'Ordre par le pape Eugène IV en 1430, c'est finalement le provincial de Provence, Jean Faci d'Avignon qui accéda au généralat en mars 1434, lors du chapitre réunit à Ravensburg.
Après trois années de réflexion, le pape Eugène IV adresse en 1435, la bulle Romani Pontificis datée du 15 février 1432 (date de la supplique) à Jean Faci, prieur général.
Le pape Eugène IV accorde aux Carmes de pouvoir librement et licitement demeurer et se promener "dans leurs église, et dans les cloîtres de celles-ci et dans les lieux y attenant aux heures convenables", en outre, il donne la faculté de manger de la chair trois jours par semaine, excepté durant l'Avent et le Carême ainsi qu'aux autres jours où cela est généralement prohibé.
Ces modifications à la règle furent complétées le 5 décembre 1469 par le pape Pie II (1405 † 1464) qui concèdera au prieur général la faculté de dispenser du jeûne aux jours où l'abstinence était levée, et par le pape Sixte IV (1414 † 1484) qui accordera des libertés plus grandes par la bulle du 28 novembre 1476 Dum attente meditatione, appelée communément Mare magnum.
C'est à cette époque que le chapitre général de 1462 décida de changement d'habit en instaurant le remplacement des draps gris par des draps noirs, les convers conservant le - scapulaire - et le capuce blanc.
La mitigation de la Règle ne fut pas perçue partout sans résistance. Dès avant sa promulgation, des réactions contre le relâchement général s'étaient fait jour. A l'évidence, le frère - Filippo LIPPI - de la Santa Maria del Carmine de Florence était de ses réfractaires impénitents....!
Le premier mouvement de réforme en règle fut celui de Selve (près de Florence), de Gerona et de Mantoue (près de Florence). De ces couvents qui prospérent à cause de leur tendance séparatiste, Mantoue obtint en 1442 du pape Eugène IV la bulle Fama laudabilis, d'être une congrégation séparée, gouvernée par un vicaire général et soumise au seul prieur général.
Ces couvent adoptèrent certains principes, parmi lesquels la limitation du mandat à deux ans, avec l'impossibilité d'être réélu pendant une période de quatre ans entre chaque mandat, l'abolition de tous les biens privés, et la démission de tous les postes nécessitant de résider en dehors du couvent.
Cependant, la mitigation fut introduite vers 1465, et en 1783, le pape Pie VI (1717 † 1775) l'incorpora définitivement à l'Ordre des Grands Carmes.
Par une bulle du pape Sixte IV datée du 11 novembre 1475, les évêchés d'Avignon, de Carpentras, de Vaison et de Cavaillon sont détachés de la métropole d'Arles afin de former la nouvelle province ecclésiastique d'Avignon.
A la fin de ce siècle, en 1499, un autre mouvement de réforme naquit en France, la congrégation d'Albi commença par un réel coup d'état. L'évêque de la ville, Louis d'Amboise, désireux de réformer le couvent des Carmes, invita tous les religieux à un repas au palais épiscopal. Pendant ce temps, vingt-deux étudiants du collège parisien de Montaigu occupaient le couvent. Aux invités du repas on ne laissa que le choix d'embrasser la réforme ou de quitter le couvent.... sans solde...
Cet événement n'est pas sans rappeler celui de 1658, où l'évêque de Cavaillon, François II Hallier (en poste de 1657 au 23 juillet 1659), fait expulser les frères de la communauté de Saint-Hilaire, et prend possession du couvent. Après ce coup d'éclat, il sera remplacé dès 1659 par Richard de Sade.
Ci-dessous la supplique adressée en 1658 par les habitants de Ménerbes au pape Alexandre VII (1599 † 1667), afin qu'il ordonne l'expulsion des religieux de l'évêché de Cavaillon et le retour des Carmes (c'est ce document qui est utilisé comme trame de fond de la plaquette d'information de Saint-Hilaire) :
Au cœur de ce siècle, parallèlement aux réformes à tendance séparatiste, Jean Soreth (1394 † 1471), élu prieur général au chapitre de 1451, entreprend un vaste mouvement de réforme en valorisant les germes et les mouvements déjà existants. Sa devise : "retour à la Règle de saint Albert". Ses premiers décrets s'élevèrent contre les privilèges et exemptions, cause majeur de la décadence de l'Ordre.
Les constitutions de 1362 encore en vigueur qu'il remania furent approuvées en 1462 par le chapitre général de Bruxelles. Elles insistent sur l'office divin, le vœu de pauvreté, le silence et la solitude, la garde du couvent et de la cellule, les études, le travail et les visites des supérieurs.....une réécriture de la Règle de saint Albert.
Cette réforme contestée dans certains couvents, provoquera le départ de nombreux frères.
Son nom reste lié à la naissance des Carmélites qu'il fonde avec Françoise d'Amboise (1427 † 1485), duchesse de Bretagne, qui fit construire en 1463 à Vannes une maison pour accueillir neuf religieuses arrivées de Liège (Flandres), le 2 novembre 1463 (toujours occupé en 2008).

Cet établissement dénommé Trois Maries (la Vierge, Marie-Madeleine, Marie-Salomée), deviendra le premier carmel féminin en France.
Les prieurs généraux suivants favoriseront un retour à une mitigation de la Règle avec l'aval des papes, Pie II, en date du 5 décembre 1459 et Sixte IV, le 29 novembre 1476, qui appliquèrent aux Carmes les privilèges d'exemption dont jouissaient déjà les autres Ordres mendiants.
Cette situation de déliquescence perdura jusqu'à la désignation en 1523 par le pape Adrien IV (1459 † 1523), de Nicola Audet en qualité de vicaire général. Homme énergique, il organisa une centralisation du gouvernement des différentes provinces tout en veillant à la formation des frères. Pendant son généralat il fut confronté aux réformes protestantes et anglicanes.
Jusqu'en 1484, date à laquelle la réforme de l'Eglise de France devient l'objet d'un débat public impliquant laïcs et clercs, la question de la réforme des cloîtres est restée une question cléricale et monastique, débattue seulement dans le cadre confiné des chapitres généraux des Ordres religieux.
A la fin de ce siècle, les provinces françaises stagnent avec 90 maisons presque toutes fondées avant 1400. Jean Soreth a bien essayé entre 1451 et sa mort en 1471 de réformer les Carmes, mais en vain.

Le XVIes.
Il se caractérise par la réforme. Confronté à une Eglise corrompue, Martin Luther donne le coup d’envoi de la Réforme le 31 octobre 1517. Ses thèses se répandent rapidement en Europe du Nord. Zurich et Genève deviennent des foyers importants des nouvelles idées, grâce à l’action de Huldrych Zwingli et de Jean Calvin.
Pour appréhender le sens des réformes, il est indispensable de comprendre l'origine des abus et des irrégularités qui les ont nourri. Parmi ces abus, il faut citer l'absence de toute limitation des mandats des supérieurs qui s'est avérée être l'une des difficultés majeures de l'histoire du monachisme depuis son origine. De même, participe de ces abus, le droit pour de nombreux religieux, nonobstant leur vœu de pauvreté, à bénéficier de biens et revenus issus d'héritages, de revenus acquis par leur travail, par l'enseignement, les prédications, la copie de livres, l'acceptation de postes honorifiques en dehors de l'Ordre, etc.
Bien que tout ceci ait été réglementé par les constitutions, ces situations seront à l'origine d'inégalités entre frères "riches" et "pauvres".
À partir du milieu du XIVes., les papes feront preuve de plus en plus de manuficence dans l'octroi de privilèges pontificaux envers ceux qui avaient payé une taxe à la chancellerie apostolique : aumôneries, etc,. dont les bénéficiaires n'avaient de cesse de s'émanciper des règles de leur communauté et de leurs supérieurs.
Encore une fois, après la peste noire (1348) des milliers de bénéfices sont devenus vacants, trop petites pour subvenir au train de vie de la hiérarchie sacerdotale, ils étaient très recherchés par les religieux, entre autres par les Carmes, qui, pour un service insignifiant, comme la célébration de la Messe obtenaient un petit revenu acceptable par ces temps difficiles.
D'autres encore étaient habilités à servir de hauts ecclésiastiques ou laïcs, à servir comme aumôniers à bord d'un navire, ou pour occuper le poste d'organiste dans les églises paroissiales. Toutes ces exceptions ont eu pour effet de relâcher les liens de la pratique religieuse, tout en favorisant des sentiments de jalousie entre les frères qui disposaient de privilèges et ceux qui en étaient dépourvus.
Enfin, les couvents qui pour des raisons diverses ne regroupaient qu'une très petite communauté de frères, étaient particulièrement exposés au laxisme en matière d'observance de la Règle.
Créée en 1499, la Réforme d'Albi sera approuvée en 1513 comme congrégation d'Observance, mais elle sera supprimée en 1584 par le pape Grégoire XII. Le couvent universitaire de la place Maubert à Paris, érigé en 1309 grâce aux libéralités de Philippe-Le-Bel, s'était associé à cette réforme.

En affichant ses 95 thèses contre les indulgences les portes du château de Wittenberg, Martin Luther veut non seulement corriger les abus de l'Église catholique, mais aussi sa doctrine. Il veut supprimer ou corriger tout ce qui est contraire aux enseignements du Nouveau Testament et réformer profondément l'Église existante. Parce que le pape Léon X refuse de l'entendre et l'excommunie, il se résigne à une rupture qu'il n'a pas souhaitée.
Ainsi naît une nouvelle Église qui en Allemagne se nomme Église évangélique, car elle se veut un retour à l'Évangile.
La nouvelle doctrine est résumée dans les deux catéchismes de Luther de 1529 et dans la confession d'Augsbourg, qui est l'œuvre de son collaborateur Philipp Melanchton.
La messe est profondément modifiée. Elle est célébrée en allemand et non plus en latin reposant sur :
• la prédication de l'Évangile ;
• le chant des cantiques (Luther en compose plusieurs) ;
• la cène ou communion, sous les deux espèces : pain et vin ;
• il n'y a plus de culte de la Vierge, des saints ou des morts.
Dans l'empire germanique, la Réforme luthérienne se répand au nord de l'Allemagne dans les états des princes qui l'adoptent et dans de nombreuses villes. Elle se répand aussi en Angleterre, au Danemark et en Norvège, ainsi qu'en Suède, où se constituent de véritables Églises nationales, sous l'impulsion des souverains.
Dans ces pays, comme en Ecosse et en Irlande, le nombre des Carmes qui quittèrent l'Ordre fut tel qu'il entraîna la disparition progressive de six provinces, et la fermeture d'environ 120 couvents.
Sans le vouloir, des Carmes avaient eux-mêmes contribués à ce mouvement de Réforme : dès 1254, Jean de Parme attaquait le pape dans son Evangile éternel, relayé par la suite par Nicolas de Narbonne qui dénonça les vices de la hiérarchie sacerdotale, et par Paul Helie, théologien au carmel de Copenhague.
Carmes mitigés et Carmes observantins (1517)
La rénovation va venir d'individus étrangers à l'Ordre. Louis d'Amboise l'Ancien demande à un Dominicain, Durand de Fraccinis, de voir si la congrégation de Mantoue, forte de 80 maisons, ne pourrait pas prêter quelques Carmes italiens experts pour réformer leurs coreligionnaires français.
L'émissaire de l'évêque rencontre Batiste le Mantouan qui se montre fort réservé et n'envoie en France que deux Carmes, tous deux d'origine flamande. Louis d'Amboise est déçu : il attendait un bataillon, on lui dépêche deux hommes, dont un seul parviendra à bon port, Elois Denis.
Ne pouvant compter sur l'aide étrangère, Louis d'Amboise se tourne alors vers Jean Standonck (? † 1503), singulier personnage qui, se souvenant des privations de sa laborieuse enfance, sembla vouloir les faire expier par ses élèves du collège de Montaigu* à Paris, qui lui procure 26 étudiants.
Envoyés à Albi, ils sont formés aux usages carmélites par Eloi Denis avec une efficacité confondante. Un mois plus tard 23 font profession avec l'accord du provincial d'Aquitaine. C'est l'embryon d'une milice réformée qui déploie bientôt son énergie à Melun, Paris et Rouen. Ces maisons plus celle d'Albi constituent alors la congrégation d'Albi en 1502.
* quelques années après, Erasme (1469 † 1536), Loyola (1491 † 1556), et Calvin (1509 † 1564), allaient personnifier le scepticisme moqueur, l'énergie orthodoxe et l'ardeur réfléchie de la réforme.

Cette adaptation de la Norme de Vie établie par saint Albert, notamment de l'abandon du principe de pauvreté collective, validé par le concile de Trente est à l'origine en 1517 d'une scission entre les "Observantins" qui observent la Règle originelle de saint Albert et les "Conventuels ou Mitigés" qui observent les préceptes de la Règle mitigée par les papes.
La branche des Carmélites après avoir été réformées à l'idéal primitif de l'Ordre par sainte Thérèse d'Avila (1515 † 1582), fut approuvée par le pape Pie IV en 1562 (fondation du premier monastère des Carmélites déchaussées - cf. : les déchaussées, les déchaussés ou les déchaux observent strictement la Règle originelle de saint Albert).

Carmes déchaux ou déchaussés (1593)
Les Carmes déchaux ainsi appelés parce qu'ils portaient des espadrilles de chanvre tressé (alpargates), sont issus de la réforme des Carmes mise en oeuvre en 1564 par sainte Thérèse d'Avila et Jean de la Croix (1542 † 1591).

En 1567, lors de sa visite à Avila, le prieur général Rubco de Ravenne apporta à sainte Thérèse d'Avila l'approbation de son oeuvre et lui donna des patentes, qui lui permirent d'entreprendre de nouvelles fondations de Carmélites. Quant à l'érection de couvents de Carmes déchaux, le Père de l'Ordre se montra plus hésitant. Face à l'insistance de sainte Thérèse, il donna en août 1567 licence pour la fondation de deux couvents de Carmes "contemplatifs" (le terme déchaux n'est pas utilisé), qui devront rester perpétuellement soumis à l'obédience de la province de Castille et soumis aux constitutions de l'Ordre, données par Soreth et Audet.
Dès l'année 1573, les Déchaux passent outre l'interdiction de s'implanter en dehors de la province de Castille en fondant un couvent en Andalousie.
Le conflit initié en 1573 entre Chaussés et Déchaux sera finalement tranché par le pape Grégoire XIII qui répondit à une requête du roi Philippe II d'Espagne (1527 † 1598) par le bref du 22 juin 1580, qui séparait Déchaux et Chaussés, soumettant ceux-là immédiatement au général de l'Ordre, qui était alors Jean-Baptiste Caffardi. tout en confirmant l'érection définitive des Déchaux en province séparée.
Au premier chapitre provincial des Déchaux, tenu en mars 1581 à Alcalá, Gérôme-Gratien fut élu provincial. Après l'expiration de sa charge il invite, lors du chapitre de Lisbonne de 1585, le P. Nicolas de Jésus-Marie Doria à lui succéder. Ce Gênois despotique qui mettait l'accent sur l'observance régulière avait pour dessein l'entière séparation des Déchaux d'avec les Chaussés.
Le 10 juillet 1587, il obtient un bref érigeant les Déchaux en congrégation indépendante au sein de l'Ordre, soumise immédiatement au général ; elle sera gouvernée par un vicaire général, auquel sont conférés les plus amples pouvoirs. Après avoir éliminé ses opposants, il fit présenter au chapitre général des Carmes tenu à Crémone en 1593, une supplique par laquelle il demandait "pour le bien de la paix, de la tranquillité et de l'augmentation de tout l'Ordre, comme de la congrégation [des Déchaux]", la séparation totale d'avec l'Ordre de l'antique observance. Les Déchaux formeraient désormais un Ordre indépendant.
Le chapitre répondit à cette requête par un vote favorable, confirmé le 20 décembre 1593 par le pape Clément VIII dans la bulle Pastoralis officii, qui par ailleurs élèvera Doria au titre de premier préposé général des Carmes Déchaux.
Alors que Doria avait clairement précisé que la réforme thérésienne ne devait pas s'étendre au-delà de l'Espagne, il autorisa en 1584 l'érection d'un couvent Déchaux à Gênes, qui par la suite furent sollicités pour établir une fondation à Rome, ce qui provoqua le refus de la congrégation d'Espagne. Le pape Clément VIII intervint par le motu proprio du 20 mars 1597, par lequel il séparait les Déchaux de Gênes et de Rome de ceux d'Espagne.
En 1592, le Carme déchaussé espagnol Thomas de Jésus (1568 † 1624), créé le premier "désert" : il y en aura jusqu'à vingt-deux ; il s'agit de maisons de retraite, où les religieux doivent venir se retremper au moins un mois par an dans la vie contemplative.
Mais de nombreux couvents avaient dans leurs bois, des cellules séparées et éloignées d’environ trois ou quatre cents pas, dans lesquelles, un certain temps de l’année, on permet aux religieux de se retirer les uns après les autres pour y vivre dans une plus grande solitude et une plus grande abstinence. ils participaient de loin à la vie communautaire grâce à une petite cloche avec laquelle ils répondaient à celle de l’église, pour avertir [qu’ils allaient] s’unir avec leur frères, dire les offices aux mêmes heures, faire avec eux leurs méditations, et prendre part aux exercices de la communauté. la durée du séjour était ordinairement de trois semaines, excepté pour ceux qui célébraient le Carême. Les dimanches et jours de fête, les anachorètes devaient se rendre au monastère pour y participer aux exercices communs. Après vêpres, ils retournaient dans leurs ermitages.
Or, en contrebas du chemin d'accès à Saint-Hilaire, à une distance d'environ trois ou quatre cents pas, on relève la présence de plusieurs cavités dans le front de molasse qui ont pu être utilisées à cette fin.
Le XVIes. est l'un des plus difficiles de l'histoire des Carmes dans le royaume de France et dans la chrétienté en général. Durant ce que l'on nomme les Guerres de religions, de nombreux couvents furent détruits et les religieux chassés, voire exécutés. Mais cette fin de siècle marque aussi le début des premières missions, où, dès 1584, des Carmes accompagnant des conquistadores portugais, établissent à Olinda, dans l'extrême nord du Brésil, le premier couvent du Nouveau Monde.
Le XVIIes.
Il se caractérise par le renouveau catholique. Au XVIes., les catholiques ne sont pas restés inactifs face à la Réforme. Le concile de Trente a enfin pris les mesures qui s’imposaient pour revitaliser une Eglise en perte de vitesse. Les fruits de cette réforme s’épanouissent au XVIIes. Le renouveau touche tous les aspects de la vie religieuse.
La reconstitution des deux Ordres du Carmel français se poursuivra durant tout ce siècle où, en 1600, il ne reste que 102 couvents et peut être moins de 2000 frères.
Le 13 novembre 1600, le pape Clément VIII divisa l'Ordre des Déchaux en deux congrégations autonomes : celle d'Espagne, dédiée à saint Joseph, dont l'expansion géographique était limitée à ce pays le Portugal, le Mexique et à ses colonies, et celle d'Italie, dédiée à saint Helie, qui avait, quant à elle, la possibilité de fonder de nouveaux monastères dans le reste du monde.
En octobre 1604, après six mois de pourparlers, création à Paris du premier Carmel thérésien composé de six moniales espagnoles, dont la converse Anne de saint-Barthélemy, compagne de sainte Thérèse. Il faudra attendre l'année 1609 pour que des Carmes déchaux s'installent à un pont de la France lorsqu'ils s'installèrent en Avignon, qui était alors territoire pontifical.
La congrégation des Carmes déchaux d'Italie obtint en 1610 la permission du roi Henri IV (assassiné le 14 mai 1610), de fonder des couvents en France. Les trois premiers établissements : celui de la rue de Vaugirard à Paris et de Nancy furent ouverts en 1611, et celui de Charenton en 1617.
Mais le fait marquant de ce siècle sont les mouvements de réforme qui naquirent en plusieurs pays, dont le plus important prit son origine en France, dans la province de Touraine. Initié chez les Grands Carmes (Carmes chaussés - ancienne observance), par Pierre Behourt, Louis Charpentier et Philippe Thibault.
En 1603, à la demande du roi Henri IV, Henri Sylvius, général de l' Ordre des Chaussés, se rendit en France, afin d'entreprendre avec Philippe Thibault la réforme de la province de Touraine.
Le 20 juin 1604, au chapitre provincial de Nantes, il publia les statuts de la réforme qui entendaient favoriser la vie intérieure et renouer avec la tradition ancienne de l'Ordre, mais à coté de la Vierge, sous le patronage de laquelle les Carmes avaient vécu depuis l'origine, saint Joseph figure maintenant au premier plan avec l'une des grandes personnalités de la Réforme catholique, saint Charles-Borromée (1538 † 1584), cardinal et archevêque de Milan, appelé le modèle des évêques.

Vers le milieu du siècle, toutes les provinces françaises avaient adoptées la réforme qui gagna les maisons de Belgique vers 1624, la Flandre, puis l'Allemagne.
Les constitutions de la réforme de Touraine furent fixées définitivement lors de la congrégation d'Orléans de 1635. En 1645, lors du chapitre général tenu à Rome, le provincial de Touraine, Léon de Saint-Jean, fut nommé membre du comité qui remania ces constitutions en vue de les faire adopter par tous les couvents réformés de l'ordre des Grands Carmes.

Cette œuvre est
le premier grand tableau parvenu en France de Guido RENI (1575 † 1642).
Commandé vers 1624-1627 par Marie de MEDICIS qui l'offrira au couvent
des Carmélites de la rue Saint-Jacques.
En 1638, le 12ème chapitre général des Carmes déchaux, célébré à Rome, décida d'établir pour la France, trois grandes divisions au lieu de deux comme précédemment, et que chacune de ces trois provinces, la province de Paris, de Bourgogne et d'Aquitaine, aurait un couvent de solitude (désert)identique à celui fondé en 1592 par le Carme déchaussé espagnol Thomas de Jésus.
Le "désert" devait permettre aux religieux de trouver la possibilité de consacrer tout leur temps et leur énergie à la culture d'un esprit de contemplation. À l'exception de quatre ou cinq frères qui devaient y rester de façon permanente afin d'assurer son fonctionnement, chaque frère y séjournait une année, puis il regagnait le couvent d'où il était venu. Là, le temps est essentiellement consacré à l'oraison mentale, le jeûne y est très strict, ainsi que le silence, interrompu seulement une fois par quinzaine à la manière des anciens anachorètes, pour l'examen des textes. Le temps non consacré à la prière et la lecture est consacré au travail manuel, la culture des jardins. Ce qui caractérise le "désert", c'est qu'à proprement parler, les études ne sont pas autorisées, de peur qu'elles ne distraient l'esprit...
Cette attitute circonspecte envers la culture de l'esprit peut expliquer leur échec lorsqu'ils sont apparus pour la première fois dans les universités, alors que les deux grandes écoles représentées par les Dominicains et les Franciscains étaient déjà structurées, et qu'il n'y avait plus place pour un troisième.
Le 29 novembre 1631, l'émir Ahmed Turabay accorda au Carme déchaux Prosper du Saint-Esprit (Martin Garayzabal), l'autorisation de reconstruire un couvent sur le mont Carmel. Cette maison fut en butte à la persécution des Arabes, puis à celle des Turcs qui la rasèrent après que Bonaparte eut quitté Saint-Jean d'Acre en 1799.
Le Carme déchaux Jean-Baptiste de Saint Alexis (Bertoldo Antonio Gioberti), poursuivi cette reconstruction de 1767 à 1774. Eglise et monastère furent dynamités en 1821 par 'Abdu'Illah Pascha et reconstruit grâce à des dons et des aumônes recueillis dans toute l'Europe, par le Carme déchaux Jean-Baptiste du très Saint Sacrement (Charles Casini) de 1827 à 1836. Le complexe actuel, construit à environ 4 km du site qui est le berceau de l'ordre : Wadi es Siah est communément appelé Stella Maris, d'après le nom du phare voisin construit en 1867.

L'armorial de 1698 leur donne comme blason : "de sable mantelé arrondi d'argent, à trois étoiles, deux en chef et une en pointe de l'un en l'autre".

Le XVIIIes.
Il se caractérise par la raison contre la foi. La philosophie des Lumières affirme le primat de la raison sur la foi. Le christianisme est réduit à ses principes éthiques, la Révélation niée. Cette sécularisation de la pensée entraîne une déchristianisation générale, qui s’essoufflera à la fin du siècle.
Le déclin
Siècle de décadence pour les abbayes, le XVIIIes. voit aussi décliner nombre de couvents, du fait de la baisse des vocations et de la diminution des revenus qui garantissent leur fonctionnement. Le mouvement n'épargne pas même les congrégations enseignantes, puisque les Jésuites sont expulsés du royaume à la fin du règne de Louis XV.
Au cours de l'année 1799, Bonaparte lors de sa campagne d'Egypte débarque en Palestine, après deux mois de siège inutile de Saint-Jean d'Acre, il abandonne dans le couvent du mont Carmel transformé en hôpital 2000 blessés et les malades de son armée.
En 1765, en France, on ne comptait plus que 900 frères répartis dans 133 couvents.

L'effondrement
Les députés aux Etats Généraux de 1789, clergé, noblesse et tiers Etat, désiraient tous une réforme des institutions ecclésiastiques.
Entraînés par la révolte urbaine, les paysans se révoltent dans tout le royaume. Cela contraint l'Assemblée nationale Constituante (ex-Etats Généraux), à abolir par décret les privilèges dans la nuit du 4 août 1789, ce décret est ratifié la même nuit par le roi Louis XVI.

A l'automne 1789, le principal problème qui se pose à la Nation concerne l'effondrement de ses recettes fiscales. En janvier 1790, les recettes seront de 15 millions par mois, les dépenses de 70 millions.
Le 10 Octobre 1789, Après l'échec de deux emprunts, Talleyrand propose de recourir à des moyens révolutionnaires : la nationalisation des biens du clergé évalués à deux milliards de livres (un louis d'or valait 24 livres), et représentaient environ 12% du territoire. En contrepartie, la prise en charge salariale des ecclésiastiques et la détermination du nombre total de ceux-ci seront définis par la Nation.
Cette proposition sera âprement débattue trois semaines durant. Reformulée par Mirabeau, elle sera votée le 2 novembre 1789 par 568 voies contre 346 et 40 abstentions. Pour transformer ces biens en liquidités exploitables par la Nation, la loi du 19 décembre 1789 dispose que des assignats gagés sur les biens de l'Eglise seront émis par la Nation. Pour accélérer et faciliter la vente, le 17 mars 1790, il est décidé le transfert de ces biens aux municipalités qui devront en assurer la vente. Le 17 avril 1790 un décret donne aux assignats valeur de monnaie.
Web : sceco.univ-poitiers.fr/hfranc/assignats.htm

Le 12 juillet 1789, vote de la constitution civile du clergé ; création de 83 diocèses (un par départements), les évêques et les curés sont élus par les fidèles constitués en corps électoraux locaux.
La loi sur l'abolition des vœux monastiques du 13 février 1790, supprime les deux tiers du clergé de cette époque, soit 100 000 membres considérés comme "non utiles" car n'étant pas rattachés à une paroisse (à cette date la France compte 26 millions d'habitants).
Le 18 août 1790, l'Assemblée constituante supprime les congrégations religieuses à vœux solennels.
Il y aura pourtant durant ce siècle trois Prieurs généraux français dont le dernier est Frère André Audras qui assurera la fonction en 1780 et 1788. La Révolution interrompra l'implantation des Carmes en France pendant un siècle.
Le XIXes.
Il se caractérise par le choc de la modernité. La sécularisation avance, la société occidentale entre dans la modernité. Les découvertes scientifiques et la philosophie évacuent Dieu du monde et de la pensée. Tandis que les protestants essaient de concilier ce monde nouveau avec le christianisme, les catholiques se replient sur le passé.
La renaissance en France est difficile, l'Ordre des Carmes déchaux est refondé au Broussey près de Bordeaux par le père Carme déchaux espagnol Dominique de St Joseph en 1840 ; il assumera la charge de Supérieur Général de l’Ordre, à Rome, de 1865 à 1870.
Le XXes.
Il se caractérise par le temps de l'œcuménisme. Le recul manque aux historiens pour faire le tri des événements, des idées et des tendances profondes qui ont marqué l’histoire du christianisme de ce dernier siècle. Mais on peut d’ores et déjà parier qu’ils retiendront l’avènement de l’œcuménisme comme un phénomène majeur, même si ce mouvement n’a pas encore donné tous ses fruits.
Depuis la réforme du XVIes. la tradition du Carmel comporte quatre branches distinctes :
• Les Grands Carmes (ou mitigés) et Carmélites chaussés qui suivent la Règle adoucie par les papes Innocent IV, Eugène IV et Pie II.
• Les Carmes et Carmélites déchaux (ou de l'étroite observance) qui suivent la réforme introduite en 1635, confirmée en 1638 par le pape Urbain VIII.
Les ordres et congrégations présents en Provence
Les ordres masculins :
Les ordres féminins :
Le XXe s.
La Province Carme d'Avignon appartient à l'ordre des Carmes déchaux. Elle est le fruit de la fusion en 1906 de la Province d'Avignon et de la Province d'Aquitaine, fondées respectivement en 1617 et en 1641, puis restaurées en 1853 (Aquitaine) et en 1867 (Avignon).
La norme de vie " Vitae Formula"
d'Albert Avogadro (1205)
Le texte donné ici est celui, légèrement remanié en 1247, qui fut au XVIes. la principale référence de Thérèse d'Avila et de Jean de la Croix et qui est encore en vigueur dans l'Ordre des Carmes déchaux.
1. Albert, appelé par la grâce de Dieu, Patriarche de l'Eglise de Jérusalem, aux chers fils dans le Christ, B. et les autres ermites, qui vivent sous son obéissance, près de la source au mont Carmel, salut dans le Seigneur et bénédiction du saint Esprit.
2. A bien des reprises et bien des manières, les saints Pères ont réglé comment chacun doit vivre dans l'obéissance de Jésus-Christ et le servir fidèlement, d'un cœur pur et une bonne conscience, en quelqu'ordre qu'il soit ou quel que soit le genre de vie religieuse choisi.
3. Mais puisque vous nous demandez de vous donner, selon votre résolution, une formule de vie que vous deviez garder dans l'avenir.
Le Prieur et les trois choses qu'on doit lui promettre
4. En premier lieu nous prescrivons que l'un d'entre vous soit Prieur, et qu'il soit élu à cette charge du consentement unanime de tous, ou de la partie la plus nombreuse et la plus sage. Tous les autres lui promettront obéissance et s'appliqueront à la garder en vérité dans leur conduite, ainsi que la chasteté et le renoncement à la propriété.
Les lieux d'habitation
5. Vous pourrez habiter en des endroits déserts et là aussi où l'on vous offrira des lieux, qui soient aptes et convenables pour l'observance religieuse, selon ce qui paraîtra être le mieux au Prieur et aux frères.
Les cellules
6. En outre, suivant la disposition des lieux que vous avez résolu d'habiter, chacun d'entre vous aura une cellule séparée ; ces mêmes cellules seront assignées à chacun conformément à la décision du Prieur lui-même, avec l'assentiment des autres frères ou de la partie la plus sage.
Les repas en commun
7. Néanmoins vous prendrez dans un réfectoire commun qui vous aura été donné, écoutant ensemble la lecture de quelque passage de l'Ecriture sainte, lorsque cela pourra se faire convenablement.
( L'autorité du Prieur)
titrage ajouté en 1940
8. Il ne sera permis à aucun des frères, si ce n'est du consentement du Prieur en charge, de changer la place à lui assigné, ou de l'échanger avec un autre.
9. La cellule du Prieur se trouvera près de l'entrée du lieu, afin qu'il soit le premier à aller recevoir ceux qui viendront en ce lieu ; ensuite, tout ce qu'il aura à faire s'exécutera d'après sa volonté et sa décision.
( La prière continuelle)
titrage ajouté en 1940
10. Que chacun demeure seul dans sa cellule ou près d'elle, méditant jour et nuit la loi du Seigneur et veillant dans la prière, à moins qu'il ne soit légitimement occupé pour d'autres justes raisons.
Liturgie des heures
11. Ceux qui savent dire les heures canoniales avec les clercs, les réciteront suivant les règles établies par les Saints Pères et la coutume approuvée de l'Eglise. Ceux qui ne le savent pas, diront pour Matines vingt-cinq Pater, sauf les dimanches et les jours de fête solennelle, aux Matines desquels nous prescrivons que ce nombre soit doublé, en sorte qu'ils récitent cinquante Pater ; la même prière sera dite sept fois pour Laudes, et sept fois également pour chacune des autres heures, à l'exception des Vêpres pour lesquelles vous devez la dire quinze fois.
Renoncement à toute propriété
12. Qu'aucun des frères ne dise que quelque chose lui appartient en propre, mais que tout vous soit commun et soit distribué à chacun par la main du Prieur, c'est-à-dire par le frère qu'il aura chargé de ce service, selon les besoins de chacun, compte tenu de l'âge et des nécessités particulières.
13. Cependant, dans la mesure où vous en aurez besoin, vous pourrez avoir des ânes ou des mulets et quelques élevages d'animaux et de volailles.
L'oratoire ou chapelle
14. L'oratoire, aussi convenablement que possible, sera construit au milieu des cellules ; et vous devrez vous y réunir chaque matin pour entendre la messe solennelle, lorsque cela pourra se faire convenablement.
Le chapitre et la correction fraternelle
15. Les dimanches ou un autre jour, lorsque cela sera nécessaire, vous vous entretiendrez du respect de la vie régulière et du salut des âmes ; en même temps, si l'on a remarqué quelque excès et quelques faute de l'un des frères, qu'il soit corrigé avec charité.
Le jeûne
16. Vous jeûnerez tous les jours, sauf le dimanche, de la fête de l'Exaltation de la Sainte Croix jusqu'au jour de la Résurrection du Seigneur, à moins que la maladie ou la faiblesse du corps, ou quelqu'autre juste motif n'engage à rompre le jeûne, car la nécessité n'a point de loi.
17. Vous vous abstiendrez de manger de la viande, si ce n'est comme remède à la maladie ou à la faiblesse. Mais, parce qu'en voyage vous êtes souvent obligés de mendier, pour ne pas être à charge de vos hôtes, vous pourrez, hors de vos maisons, prendre des mets cuits avec de la viande, et aussi sur mer, il vous sera permis de manger de la viande.
Exhortations
18. Puisque la vie de l'homme sur terre est réellement une tentation, et que tous ceux qui veulent vivre pieusement dans le Christ souffrent persécution, et comme aussi votre adversaire, le diable, tel un lion rugissant, rôde cherchant une proie à dévorer, mettez toute votre sollicitude à vous revêtir de l'armure de Dieux, afin de pouvoir résister aux ruses de l'ennemi.
19. Ceignez vos reins de la ceinture de chasteté ; fortifiez votre cœur de saintes pensées, car il est écrit : " La pensée sainte te gardera " (Pr 2, 11 selon les Septantes). Revêtez la cuirasse de la justice, en sorte que vous aimiez le Seigneur votre Dieu de tout votre cœur, de toute votre âme et de toutes vos forces, et votre prochain comme vous-même. Prenez, en toutes choses, le bouclier de la foi : il vous permettra d'éteindre tous les traits enflammés du malin ; sans la foi, en effet, il est impossible de plaire à Dieu. Couvrez-vous aussi la tête du casque du salut pour attendre le salut du seul Sauveur, lui qui délivre son peuple de ses péchés. Et que le glaive de l'Esprit, qui est la parole de Dieu, habite en plénitude dans votre bouche et dans votre cœur. Que tout ce que vous devez faire soit fait selon la parole du Seigneur.
( Le travail )
titrage ajouté en 1940
20. Vous devez vous livrer à quelque travail, afin que le diable vous trouve toujours occupé ; que votre oisiveté ne lui permette de trouver un accès pour entrer dans vos âmes. A ce sujet vous avez l'enseignement aussi bien que l'exemple de l'apôtre Saint Paul : le Christ parlait de sa bouche, puisqu'il a été établi et donné par Dieu comme prédicateur et docteur des nations dans la foi et la vérité. Si vous le suivez vous ne pourrez pas vous égarer. Il nous dit, en effet : " Dans la peine et dans la fatigue nous avons été parmi vous travaillant jour et nuit pour n'être à charge de personne. Non pas que nous n'en ayons le droit, mais c'était afin de vous donner en nous-mêmes un exemple à imiter ". En effet, lorsque nous étions près de vous, nous vous déclarions que si quelqu'un ne veut pas travailler il ne doit pas manger. Nous avons appris, en effet, qu'il y en a parmi vous qui errent dans l'inquiétude et l'oisiveté ; or, à ceux-là qui vivent ainsi, nous adressons, dans le Seigneur Jésus-Christ, cet ordre et cette prière : qu'ils travaillent en silence et mangent leur pain " (cf.2 Th 3, 7-12). Cette voie est saine et bonne ; suivez-la.
Le silence
21. L'Apôtre nous recommande le silence lorsqu'il nous ordonne de travailler en le gardant. Et le Prophète témoigne également : " Le silence est le culte de la justice " (cF. 1s 32,17), et encore : " Dans le silence et l'espérance sera votre force " (Is 30,15). C'est pourquoi nous vous ordonnons de garder le silence depuis la fin de complies jusqu'à prime du jour suivant. Pour le reste du temps, bien que le silence n'ait pas à être gardé aussi rigoureusement, vous éviterez cependant avec soin le bavardage. Il est en effet écrit et l'expérience le confirme : " L'abondance des paroles ne va pas sans péché " (Pr 10,19) et : " Celui qui parle inconsidérément en éprouve les effets malheureux " (Pr 13,3) et encore : " Celui qui multiplie les paroles blesse son âme " (Si 20,8). Et le Seigneur dans l'Evangile : " Au jour du Jugement, les hommes rendront compte de toute parole oiseuse qu'ils auront dite " (Mt 12,36). Que chacun fasse donc un joug pour ses paroles et un mors qui s'ajuste bien à sa bouche de peur qu'il ne glisse et tombe par sa langue et que sa chute ne soit incurable jusqu'à la mort. Qu'il garde ses voies avec le prophète pour ne point pécher par sa langue et qu'il s'applique diligemment et prudemment à observer le silence dans lequel se cultive la justice.
Exhortation au Prieur sur l'humilité
22. Et toi, frère B., et quiconque après toi sera établi Prieur, ayez toujours présent à l'esprit et observez dans votre conduite ce que le Seigneur dit dans l'Evangile : " Quiconque voudra être le plus grand parmi vous sera votre serviteur ; et quiconque voudra être le premier d'entre vous sera votre esclave " (Mc 10,43-44).
Exhortations aux Frères sur leur devoir d'honorer
et respecter le Prieur
23. Et vous, les autres frères, honorez humblement votre Prieur, considérant, non pas sa personne mais le Christ qui l'a mis à votre tête. Il dit aux pasteurs des Eglises : " Qui vous écoute m'écoute, qui vous méprise me méprise "(Lc 10,16). Ainsi vous ne serez pas cités en jugement pour l'avoir méprisé, mais vous mériterez, par votre obéissance la récompense de la vie éternelle.
24. Nous vous avons brièvement écrit ces choses pour établir le cadre de votre genre de vie, selon lequel vous devez vivre. Si quelqu'un fait davantage, le Seigneur lui-même le lui rendra quand il reviendra. Qu'il garde cependant la discrétion qui est la modératrice des vertus.
L'office divin ou liturgie des heures
dans le christianisme
Dans les monastères, l'office divin (ou liturgie des heures), est l'ensemble des offices liturgiques, en plus de la messe quotidienne, consacré à la prière au sein de tous les membres du clergé, séculier, monastique ou religieux.

L'office divin se compose de prières et de lectures pour une célébration particulière. Il est divisé en huit offices fixés par les canons de l'Eglise catholique romaine, dont un office de nuit.
A l'origine, les Frères, ne disposant pas d'horloge, suivent l'horaire solaire, divisant en douze parties égales l'intervalle entre le lever et le coucher du soleil, ainsi, les horaires des offices sont différents chaque jour :

Ainsi, à Avignon, le 14 juillet 2007 : lever du soleil à 6h10, coucher à 21h22, durée 15h11, - 1 mn.
L'heure du lever est calculée de telle sorte qu'après la célébration des Vigiles et un court intervalle, pendant lequel les frères peuvent sortir pour les nécessités naturelles, commence aussitôt les Matines, qu'il faut célébrer au point du jour (au solstice d'été, le soleil levé à quatre heures, devait éclairer le chœur).
Les frères déjeunent à sexte. Les jours de jeûne, ils attendent nones. L'heure de l'office de Vêpres étant fixé de façon que les frères n'aient pas besoin d'allumer une lampe pour le repas, et que tout se termine à la lumière du jour.
Les Heures appelées "grandes" sont les trois offices les plus solennels de la liturgie, ce sont les Matines (office appelé les Vigiles), les Laudes et les Vêpres.
Les Heures appelées "petites" sont Prime, Tierce, Sexte, None et les Complies, les prières sont plus courtes de façon à pouvoir être récitées sur place pendant les travaux. Prime, tierce, sexte et none correspondent aux quatre divisions du jour chez les Romains. Ces offices peuvent être chantés par les frères et les moniales ou récités par les clercs séculiers et les religieux, ils sont ouverts à la participation des hôtes ou des visiteurs.
Il se composent de deux parties :
* L'Ordinaire, qui est la partie fixe ;
* Le Propre, qui change selon le lieu et le moment (psaumes*, hymnes, oraisons). * cf. Le Livre des Psaumes
Dans le langage courant, le terme office désigne toute cérémonie du culte, ou tout simplement la messe.
Les
prêtres séculiers, c'est à dire ceux qui ne sont pas des frères,
récitent cinq offices par jour : les Laudes, les Vêpres, les Complies
et l'office des lectures qui se récitent à n'importe qu'elle heure de
la journée. Chronologie d'une journée monastique d'été (mi-juillet) au
XVIes. :
4h30 : Réveil
Le frère réglementaire sonne la cloche du cloître. C'est le signal du réveil pour l'office de nuit.
4h55 : Matines ou vigiles
Après l'office, en cellule, à genoux, lecture silencieuse de l'Ecriture Sainte, puis une autre lecture spirituelle ou l'étude plus méthodique de la doctrine, théologie ou spiritualité.
6h10 : Laudes
6h30 : Messe basse à laquelle les frères assistent
6h50 : Petit déjeuner qui se prend debout
7h10 : Prime
Lecture de la Bible en cellule
9h10 : Tierce
Messe Conventuelle à laquelle les frères n'assistent que certains jours.
Travail manuel ou intellectuel.
12h10 : Sexte
Repas. Après celui-ci et le chant des grâces, la communauté jouit d'un temps libre agrémenté, pour ceux qui en ont besoin, d'une sieste, nécessaire pour compenser la brièveté des nuits.
15h10 : None
Travail manuel.
17h40 : Les vêpres
Entretiens spirituels.
Etude et prière silencieuse.
20h05 : Dîner
20h30 : Chapitre du soir
Réunion collégiale qui s'achève par une brève lecture spirituelle.
21h00 : Complies
21h22 : Coucher
Les dimanches et fêtes, l'horaire est légèrement modifié afin de donner plus de temps à la prière et à la lecture. Ces jours là, il n'y a ni cours ni travail manuel, et les frères assistent à la messe conventuelle.
Matines (prière de l'office divin)
L'office de Matines ou Vigiles, du mot latin vigiliae, qui exprime l'idée de veille nocturne, dure selon les cas, entre une heure et une heure et demie.
Les Matines sont chantées* par les clercs réguliers en deuxième partie de nuit. C'est donc la première partie de la journée liturgique. Les clercs séculiers doivent eux aussi les réciter mais ils peuvent le faire à l'heure qui leur convient selon leurs activités pastorales. *cf. Miserere
En France, pour les prêtres séculiers, cet office de Matines a été remplacé depuis 1970 par l'Office des lectures.
Laudes (prière de l'office divin)
L'heure du lever du soleil, symbole de la glorieuse Résurrection du Christ.
Laudes, signifie "les louanges", en latin. C'est l'office de l'aurore, on rend grâce pour le jour qui se lève par des psaumes de louange.
On peut aussi désigner les laudes comme les trois premiers psaumes du Psautier : 148-149-150 qui sont prévus pour être priés à ce moment là. Dans le bréviaire contemporain, on les sépare entre les laudes des dimanches des quatre semaines.
Prime (prière de l'office divin)
La "première" heure, à l'époque de saint Benoît.
Prime est une prière de l'office divin correspondant à la première heure du jour, à ce titre il fait partie des "petites heures". Facultatif dès 1963, car faisant doublon avec Laudes, il n'est récité que par les prêtres et communautés utilisant les livres liturgiques de 1962.
Dans les communautés monastiques ou canoniales l'office est suivi du Chapitre, d'une lecture commentée d'un passage de la Règle et de la commémoration des saints du jour et des défunts, d’où l’existence de livres liturgiques particuliers.
Tierce (prière de l'office divin)
L'heure où l'Esprit Saint, à la Pentecôte, enflammait le cœur des Apôtres du feu de son Amour. Cet office tient son nom de la troisième heure du jour, moment auquel il est récité ou chanté. Dans le rite romain, il est composé d'une hymne, de trois psaumes (ou morceaux de psaumes), d'une petite lecture, un verset et d'une oraison.
Sexte (prière de l'office divin)
L'heure où le soleil, image du Christ, éclaire le monde.
Cet office tient son nom de la sixième heure du jour, c'est l'office du milieu du jour. Dans le rite romain, il est composé d'une hymne, de trois psaumes (ou morceaux de psaumes), d'une petite lecture, un verset et d'une oraison. Certains monastères ajoutent, après ou avant la bénédiction finale, une antienne à la Vierge Marie. Avant l'Angélus de midi, un bref instant de silence est prévu pour l'examen particulier, où le frère passe en revue les fautes qui auraient pu échapper à sa vigilance pendant la matinée.
None (prière de l'office divin)
L'heure où le Christ est mort sur la Croix, celle où le monde passe et où Dieu seul demeure immuable en sa bienheureuse perfection.
Cet office tient son nom de la neuvième heure du jour. Dans le rite romain, il est composé d'une hymne, de trois psaumes (ou morceaux de psaumes), d'une petite lecture, un verset et d'une oraison.
Vêpres (office)
C'est l'office à la fin duquel on chante le "Magnificat".
Les Vêpres sont un office, dont le nom vient du latin "vespera" : le soir. Ce mot est lui-même une translittération d'un mot grec qui veut dire "coucher du soleil". Le mot indique donc un moment précis de la journée, celui où l'étoile Vesper (Vénus) se montre dans le ciel.
Les Vêpres diffèrent selon qu'elles sont célébrées par l'Eglise catholique romaine, le christianisme orthodoxe ou le protestantisme. Cet office est accompagné, lors des grandes fêtes, du rite de l'encens. Les frères restent ensuite en oraison silencieuse jusqu'au dîner.
Les Complies (prières de l'office divin)
C'est la dernière prière de la journée, chantée par les frères peu avant le coucher du soleil et juste avant le coucher, elle s'achève aux pieds de la Vierge Marie par le Salve Regina. Dans les monastères, cette prière est suivie d'un grand silence qui durera jusqu'à l'office des Laudes. Les clercs séculiers y participent, mais ils peuvent adapter l'heure à leur activité pastorale.
Le livre des Psaumes
Le livre des Psaumes (Psautier) est un recueil essentiel, canoniquement divisé en 150 Psaumes, chacun constituant un chant religieux.
Les premières communautés chrétiennes priaient surtout avec les psaumes. Les évangiles abondent donc de citations des psaumes. Les pères de l'Eglise ont continué cette démarche car, depuis le IIIes., le livre des psaumes est devenu le fondement de la liturgie chrétienne. En effet, devant l'afflux des conversions, les évêques ne demandent plus la connaissance des Ecritures aux fidèles mais la mémorisation des psaumes, résumés de toute la Bible. Cela explique en partie leur utilisation massive par la liturgie. De plus, les frères ont toujours utilisés les psaumes comme la base de l'Office monastique et de leur prière individuelle.
L'étonnante histoire du Miserere d'Allegri
Composé vers 1630 durant le règne du pape Urbain VIII, le Miserere de Gregorio Allegri (1852 T 1652), est une œuvre musicale chantée à cappella dans la Chapelle Sixtine lors des Matines du mercredi et vendredi de la Semaine Sainte, et uniquement en ce lieu et à cette occasion.

Afin de préserver le caractère unique, la reproduction, la transcription et la diffusion étaient punies d'excommunication. Cependant, il y eut de nombreuses transcriptions supposées du Miserere parmi les cours royales d'Europe, mais jamais de la qualité de celle qui se jouait à Rome.
Selon de nombreuses lettres, Mozart, âgé de quatorze ans, a réussi à retranscrire l'œuvre après deux écoutes alors qu'il visitait Rome avec son père. Cette transcription du Miserere qui n'incluait pas les ornements baroques (castrats) qui faisaient le succès et la beauté du chant fut publiée en 1771 à Londres.
Félix Mendelssohn (1809 T 1847), fit une autre transcription en 1831 et le prêtre Pietro Alfieri (1801 T 1863) transcrivit les fioritures en 1840. L'édition avec ornementations jouée actuellement est un mélange de ces deux transcriptions, l'œuvre originale ayant été perdue.
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