Habits des Carmes - Les textiles ecclésiastiques
Les textiles ecclésiastiques
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Les problèmes relatifs au vêtement, au linge, aux chaussures, aux gants, ont occupé pendant des siècles l’esprit des religieux, comme d’ailleurs celui des militaires. C’est que le vêtement est toujours affecté d’un symbolisme très riche. Il est un signe et une preuve d’adhésion, de solidarité à la fois dans le temps et dans l’espace. Il atteste l’unité et par conséquent, la force du groupe dont on fait partie.
La règle 55 de St Benoît précise clairement :
• Les vêtements qu'on donne aux frères sont différents selon l'endroit où ils habitent et selon le climat. En effet, dans les régions froides, il faut plus de vêtements ; dans les régions chaudes, il en faut moins.
• C'est l'abbé qui jugera de cela. Pourtant, nous croyons que dans les régions tempérées une coule et une tunique suffisent pour chaque moine, avec un scapulaire pour le travail. Pendant l'hiver, la coule est en tissu épais.
• Pendant l'été, c'est une coule légère ou usée. Pour se couvrir les pieds, les moines ont des chaussettes et des chaussures. Ils ne doivent pas se plaindre de la couleur et de l'épaisseur de ces vêtements. Mais ils prennent ce qu'on peut trouver dans le pays où ils vivent, ou ce qu'on peut acheter de moins cher.
• L'abbé fait attention à la mesure des habits. Ils ne seront pas trop courts, mais à la taille de chacun. Quand les frères reçoivent des vêtements neufs, ils rendent toujours aussitôt leurs vieux habits. On les garde au vestiaire pour les pauvres. En effet, pour un moine, deux tuniques et deux coules suffisent pour en changer la nuit et pour les laver. Les vêtements en plus sont inutiles et il faut les supprimer.
• Les frères rendent aussi les chaussettes et tout ce qui est usé, quand ils reçoivent des affaires neuves. Les frères qu'on envoie en voyage reçoivent des caleçons qu'on prend au vestiaire. A leur retour, ils les lavent et ils les rendent. Pour ceux qui voyagent, les coules et les tuniques sont un peu meilleures que celles qu'ils ont d'habitude. Ils les reçoivent du vestiaire quand ils partent et ils les rendent au retour.
IVe siècle
Vêtements de Grégoire de Nysse (Cappadoce), né entre les années 331- 335 (IVe siècle après J.-C.), théologien, évêque et Père de l'Eglise.
XIIIe siècle
Il n'y a pas de source iconographique concernant l'habillement des Carmes à leur arrivée aux Aygalades, mais selon les sources textuelles qui existent, la robe est décrite soit brune, soit fauve, soit grise ou noire. Le manteau est décrit comme étant rayé blanc et brun, soit plus rarement blanc et noir.
Des textes de la fin du XIIIe siècle relatent que les quatre rayures blanches représentaient les vertus cardinales : force, justice, prudence, et tempérance, alors que les trois bandes brunes représentaient les vertus théologales : foi, espérance, charité.
Pietro Lorenzetti - 1329, tempera on wood, Pinacoteca Nazionale, Bologna, Italy.
Cet habit leur vaudra d'être frappés d'ostracisme par la majorité des habitants et du clergé séculier, car en Occident, les étoffes rayées étaient des marques d’exclusion ou d’infamie. En furent notamment vêtus tous ceux qui, à un titre ou à un autre, se situaient sur les marges de la société chrétienne ou bien en dehors : jongleurs, musiciens, bouffons, bourreaux, prostituées, condamnés, hérétiques, juifs, musulmans ainsi que, dans les images, le Diable et toutes ses créatures (cf. L'étoffe du diable de Michel Pastoureau au Seuil).
Cette situation conduira le pape Honorius (1216 - 1227), à leur enjoindre de porter une gonne grise et une chape blanche, ce qu'ils refusent. Ce n'est qu'en 1284, qu'ils se résignent à adopter la robe noire avec un capuce et un scapulaire de même couleur et, par dessus, une ample chape et un camail noirs, ou brun foncé, voir bleu ou violet à Luxeuil (dans le royaume de France du moins, car ailleurs, le manteau rayé s'est maintenu jusqu'au XIVe siècle).
Au chœur, les Carmes portaient, et portent encore, le manteau et le capuce blancs, ce qui leur vaudra le nom de White Friars.
L'Encyclopédie ou dictionnaire raisonné des sciences, des arts et des métiers de Diderot et d'Alembert indique : L'habit des Carmes est une robe noire, avec un scapulaire et un capuce de même couleur, et par-dessus une ample chape et un camail de couleur blanche.
Barrés, adject. (Hist. ecclés.) ancien nom des Carmes, que l'on appelait frères Barrés, parce qu'ils avaient des habits barrés et bigarrés de blanc et de noir, ce que l'on voit encore dans les vieilles peintures du cloître de leur grand couvent de la place Maubert à Paris.
Voici quelle fut l'occasion de ces sortes d'habits des religieux Carmes : les Sarrasins, après s'être rendus maîtres de la Terre-Sainte, défendirent à ceux de cet Ordre de porter capuches blanches, non plus qu'aucun autre habit blanc, parce que le blanc était parmi eux une marque de distinction et de noblesse. Les Carmes alors furent contraints de suivre la coutume des Orientaux, et de prendre des manteaux bariolés.
1263 : Ordinal de Dublin
A cette date les Carmes ne portaient pas de scapulaire.
Article 38 (concerne les processions conventuelles) : "Que tous les frères aillent avec un habit uniforme, à savoir soit avec les capuches, soit avec les capes selon l’exigence du temps et l’ordre du prélat."
Article 45 sur la sépulture des frères : "Il faut les ensevelir avec la tunique et la capuche voilant leur face, les mains superposées, disposées en forme de croix, avec les sandales et la ceinture mises décemment." La coutume de recouvrir la face existait déjà chez les Dominicains. L’ordinal ne parle que d’une tunique et d’une capuche."
1281 : Chapitre général de l'Ordre de Londres
Article 13 : "Les frères doivent dormir vêtus de la tunique et du scapulaire sous peine de faute grave." Par rapport aux Dominicains et aux servites de Marie à qui la même obligation est faite, nous avons ici en plus la mention de faute grave pour qui y dérogerait.
Article 22 : "Les vêtements des frères doivent être de laine et pauvres, d’une même forme. Il doit y avoir une tunique tombant jusqu’au talon et une capuche qui arrive à mi-jambe." (idem qu’en 1263).
"Nous établissons que les frères qui célèbrent ou aident les célébrants à la messe conventuelle doivent porter un scapulaire fin, d’étoffe grise et convenable, étant interdit le scapulaire blanc qu’il soit extérieur ou intérieur."
Or, comme conséquence du vœu de pauvreté : la laine n'est pas teintée, car teindre c’est mentir : Nulla tinctura, nec mendacio defucata.
Il en résulte de notables variations de couleurs au sein d’un même ordre. Dès lors se pose le problème : vaut-il mieux afficher sa pauvreté et son peu de souci de la chose vestimentaire et risquer une certaine anarchie, ou assurer, non sans quelque dépense, l’homogénéité du groupe ? Tous les ordres finirent par opter pour la deuxième solution.
1287 : Chapitre général de Montpellier
L’une des décisions majeures de ce chapitre est de substituer à la cape rayée ramenée d’Orient, une cape blanche et de ce fait, de nombreuses déclarations vont porter sur l’habit : on y déclare que la cape n’est pas un élément constitutif de l’habit. Le changement apporté ne vise donc pas à modifier l’habit en tant que tel.
La cape est considérée comme un signe extérieur. Elle doit comporter une capuche qui couvre aussi la poitrine, tandis qu’en dessous de cette capuche, la cape doit rester ouverte de façon à ce que le scapulaire soit clairement visible. Le scapulaire doit être porté non seulement de nuit et à la messe conventuelle, mais en permanence.
Le chapitre semble avoir profité de la modification de la cape pour introduire officiellement, avec le consentement du Pape Honorius IV, le scapulaire dans l’habit de l’Ordre. Probablement que de nombreux religieux le portaient déjà comme on peut le déduire des constitutions antérieures de 1281. Il reste encore à en faire la pièce essentielle de l’habit.
Le scapulaire est donc d’un tissu de meilleure qualité que celui de la tunique et de la capuche. Il doit pourtant avoir une couleur proche de celles-ci. On constate que les frères pouvaient le porter par-dessus ou par-dessous l’habit. Il ne fait pas partie de celui-ci, car il n’en est pas fait mention dans le rite de profession : le novice, vêtu de la tunique, après avoir prononcé sa profession, reçoit du Prieur la capuche.
La cape fait partie de l’habit, mais il n’y a pas d’oraison spéciale, la concernant dans le rite de profession bien qu’elle en soit le signe. (n° 26 et n° 27). Quant à la capuche, c’était une espèce de cagoule: au début, c’est un capuchon qui couvre la tête, les épaules et le dos. Elle prit ensuite plus d’ampleur jusqu’à couvrir les bras et descendre à la ceinture par devant et à mi-jambe par derrière.
1294 : Constitutions de Bordeaux
Le paragraphe sur l’habit est plus bref et ne fait pas mention du scapulaire. Par contre celui-ci apparaît dans le rite de profession religieuse : le novice entre vêtu d’une tunique sans la capuche et prononce ses vœux devant le Prieur. Aussitôt, on bénit la cape et le scapulaire avec la même formule utilisée auparavant pour l’habit. Puis le Prieur revêt le profès du scapulaire en disant : "reçois cet habit en rémission de tes péchés et pour l’accroissement de la sainte religion…" Enfin, c’est la prière de bénédiction sur le profès qui est aspergé d’eau bénite, puis conduit au chœur.
Il y a donc une nouveauté dans le rite de profession. La bénédiction de la cape et du scapulaire s’est substituée à celle de l’habit. La cape est considérée comme "le signe de notre religion" et le scapulaire est désormais la partie essentielle de l’habit. Par contre, la capuche apparaît comme secondaire et n’est plus mentionnée. Remettre l’habit, c’est maintenant remettre le scapulaire comme en témoigne la formule de bénédiction de celui-ci.
Au moment de ce chapitre de Bordeaux, le scapulaire fait déjà partie de l’habit du Carme qui doit le porter habituellement et non plus seulement le célébrant et ses acolytes lors de la messe conventuelle. Pourtant le paragraphe qui traite de l’habit religieux n’a pas encore été modifié.
Il se trouve donc en contradiction avec le rite de profession puisqu’il ne fait mention ni du scapulaire, ni de la cape, mais seulement de la tunique et de la capuche. Il faudra attendre le chapitre de 1324 pour que les constitutions soient harmonisées sur ce point : "le vêtement des frères sera de laine et d’une même forme de sorte qu’il comprenne une tunique grise qui descende jusqu’au talon et un scapulaire de la même couleur, qui arrive jusqu’à mi-jambe."
1294 : l'Eglise s'oppose au luxe des habits laïques
Si au cours du Moyen Age, les vêtements servent surtout à cacher le corps, objet du péché, l’art de la coupe et de l’apiéçage se développe progressivement en Occident entre le XIIe siècle et le XIVe siècle. Selon le dictionnaire de l’Académie française, le mot "tailleur" apparaît formellement en 1188.
Il demeure que l'Église, s'alarma d'un goût qui ne tendait que chez un trop grand nombre à dégénérer en fureur. Elle adjura les hommes d'État de réprimer ce qu'elle prenait pour un symptôme de la dissolution des moeurs; et, comme ses terreurs étaient assez instillées par les anathèmes des législateurs antiques contre le luxe des habits, on en revint au système des lois somptuaires.
Philippe le Bel (1285 † 1314) rendit, dès l'an 1294, une suite de dispositions qu'on regarde comme le fondement de la législation française sur la matière. Jusqu'alors, il n'y avait eu que des prohibitions de circonstance, prononcées par les conciles ou par les synodes provinciaux comme mesures de pure discipline, l'ordonnance de 1294 régla ou prétendit régler, par la sanction d'une amende, la tenue et l'entretien de chaque classe de la société.
Voici les principales dispositions de ce vieux règlement :
• Nul bourgeois ni bourgeoise ne portera vair, ni gris, ni hermine, et ils se déferont, de Pâques prochain en un an, de celles de ces fourrures qu'ils pourroient avoir présentement. Ils ne porteront non plus ni or, ni pierres précieuses, ni couronnes d'or ou d'argent.
• Nul clerc, à moins d'être prélat ou de rang à tenir maison, ne pourra porter vair ni gris, si ce n'est pour la garniture de son chaperon tant seulement.
• Les ducs, les comtes, les barons de six mille livres de terre (c'est-à-dire possédant en biens fonds une somme qui représente environ 500 000 fr. de notre monnaie) ou au-dessus, pourront se faire faire quatre habillements par an, pas davantage, et les femmes autant.
• Nul chevalier ne donnera à ses compagnons plus de deux paires de robes par an (paire de robes signifie la cotte accompagnée du surcot).
• Les simples prélats n'auront que deux paires de robes par an, et les simples chevaliers n'en auront que deux paires également, soit qu'on les leur donne, soit qu'ils les achètent.
• Les chevaliers possesseurs de trois mille livres de terre ou plus, ainsi que les bannerets, pourront avoir trois paires de robes par an et non davantage ; et l'une de ces trois paires devra être pour l'été.
• Nul prélat ne donnera à ses gens plus d'une paire de robes par an et deux chapes.
• Nul écuyer n'aura que deux paires de robes, par don ou par achat.
• Les domestiques n'auront qu'une paire par an.
• Nulle damoiselle, à moins d'être châtelaine ou propriétaire de deux mille livres de terre, n'aura qu'une paire de robes par an.
Vient ensuite le règlement du prix des étoffes permises à chaque condition. Ce prix, pour les seigneurs du plus haut parage, ne doit pas excéder 25 sous tournois l'aune. Il est fixé à 18 sous pour les châtelains, les bannerets et les chevaliers de leur suite ; à 16 pour les clercs revêtus d'une dignité ; à 15 pour les écuyers fils de bannerets et de châtelains ; à 12 pour les clercs ordinaires et les bourgeois de 2 000 livres, avec faculté à ceux-ci de faire porter à leur femme des étoffes de 16 sous l'aune ; à 10 sous pour les écuyers vivant de leur propre et pour les petits bourgeois ; enfin, à 7 sous pour les petits nobles vivant du patronage des grands.
Ces minutieuses prescriptions et distinctions n'aboutirent à rien. Soit que l'ordonnance fût trop difficile à exécuter, soit qu'on aimât mieux l'enfreindre au prix de l'amende dont elle frappait les délinquants.
XIVe siècle
1312 : Ordinal de Siberto de Béka
Cet ordinal indique à propos de la sépulture des frères : "Il faut ensevelir les frères avec la tunique grise et le scapulaire, la capuche voilant leur face, les mains étant disposées en forme de croix, et avec les sandales et la ceinture mises décemment."
Ecole de Sienne - Pietro Lorenzetti (1280 † 1348) Vierge à l'Enfant où est représenté un frère Carme. A noter que le panneau inférieur représente la scène où les ermites du mont Carmel, sous la conduite de Broccard, reçoivent vers 1205 la Norme de Vie rédigée par le patriarche de Jérusalem, Albert Avogadro, évêque de Vercelli en Italie.
XVe siècle
Les Carmes, comme les Bénédictins, portent comme linge de corps une chemise de laine rêche, les chemises de lin viendront plus tard. Il va sans dire que certains virent dans ce changement un signe de décadence.
Le 19 février 1426, Masaccio (1401 † 1428-1429) entreprit l'exécution d'un polyptyque destiné à la chapelle du notaire Ser Giuliano di Colino degli Scarsi da San Giusto, alors en construction dans l'église Santa Maria del Carmine, à Pise :
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Panneaux 38 x 12 cm chacun - Berlin, Staatliche Museen.
XVIe siècle
Cologne : 1522 - Habits d'un frère Carme; la cape est toujours rayée.
XVIIe siècle
Ce tableau de Diego Rodríguez de Silva y Velázquez (1599 - 1660), appartenait au couvent des Carmélites de Séville où séjourna Velãzquez avant de se rendre à Madrid. Dans le tableau, Saint-Jean rédige l'Apocalypse, avec à ses cotés son symbole: l'aigle. La lumière qui émane de cette scène est une vision de nuit.
Velãzquez utilise le format traditionnel pour le sujet, mais plutôt que de montrer Saint-Jean comme un vieil homme, comme il l'était lorsqu'il a écrit l'Apocalypse, il nous le représente sous les traits d'un jeune homme. L'expression du visage ne montre aucun idéalisation, et la moustache est typiquement espagnole.
XIXe siècle
Fin XIXe, le Carme Déchaux Hermann Cohen (infos), né en 1821 † 1871, amis de Franz Liszt.
XXIe siècle
Dans leur couvent, les Carmes déchaux portent la robe, le scapulaire et le capuce brun foncé :
qu'ils complètent d'une cape et d'un capuce blanc lorsqu'ils doivent se déplacer hors du couvent :
Grands Carmes à l'Office :
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Glossaire
Vêtements des Ordres mendiants
• Bure : étoffe de laine très-brute ayant un vilain poil long, de fort petit prix, qui se fabriquait sur un métier à deux marches avec la navette, ainsi que les draps et autres pareilles étoffes qui n'ont pas de croisure. Au début du XVIIIe siècle la bure a une aune de large. Son usage le plus ordinaire est pour habiller les pauvres gens et les moines (confection des frocs).
Il est admis que son nom dérive du mot "bourre", parce que souvent l'on faisait entrer dans le filage des laines qui la compose, une portion de "bourre-tontisse" qui est une sorte de laine très courte, qui provient du lainage et de la tonte des draps, ratines et autres semblables étoffes de laine.
• Camail : soit qu'on fasse venir ce mot de l'italien camaglio, du bas latin camelancius ou du vieux français cap de mailles, il signifie un vêtement qui couvre les épaules et est garni d'un capuchon propre à être relevé sur la tête ou rejeté en arrière. Le camail fait partie du costume ecclésiastique, et diffère de forme, de taille, de couleur (rouge pour les cardinaux, violet pour les évêques et noire avec un liseré violet pour les chanoines), et même de nom , selon le rang et la dignité de celui qui le porte.
Plusieurs conciles se sont occupés de ce vêtement clérical, dont l'usage commença en Allemagne. Le concile provincial, tenu à Salzbourg en 1386, défend aux ecclésiastiques de paraître dans l'église, en public, sans un camail. Le concile de Bâle (1435), celui de Reims (1456) et les conciles de Sens (1460 et 1585) ne veulent pas que les chanoines portent le camail à l'office. Ils ne furent rétablis dans ce droit que par un autre concile de Sens, tenu à Paris en 1528.
Le camail des chanoines descend jusqu'aux talons, tandis que celui des curés et des prêtres des paroisses ne va que jusqu'au coude. Comme il représente un vêtement destiné à garantir du froid, boutonnée sur le devant, il ne se porte sur la soutane, le surplis ou le rochet qu'une partie de l'année : on le prend à la Toussaint et on le quitte à Pâques.
• Ceinture : en cuire ou en fibres textiles.
• Coule ou cuculle : du latin cuculla qui signifie "capuchon". Vêtement qui n'était autre chose que le surtout porté par tous les paysans dès le IXe siècle, c'était une robe d'étoffe grossière à grandes manches, avec un capuchon qui pouvait se rabattre sur la tête, et qui était porté sur la tunique lors des offices ou hors le monastère.
• Culottes : portées uniquement en voyage.
• Femoralia : braies utilisées uniquement pour monter à cheval lors de leurs déplacements.
• Froc : Ample manteau à longues manches, renouvelable tous les 2 ans, revêtus par les moines pour se rendre à l'office.
• Scapulaire : du latin scapulæ qui signifie "épaules". Capuchon complété par deux pans rectangulaires couvrant les épaules et tombant jusqu'aux pieds. Il est mis par dessus la robe monastique. Ce vêtement porté par beaucoup d’instituts de moines ou de frères au Moyen Age. Il servait généralement pour le travail, protégeant ainsi l’habit de toute souillure. Il avait une signification surtout symbolique, celle du "joug léger" du Christ (Mt 11,29), si bien que l’abandonner voulait dire renier la vie monastique embrassée, abdiquer le service de Dieu, manquer de fidélité aux engagements pris.

• Tunique : étroite robe de serge descendant à mi-jambe, au lainage unicolore, renouvelable tous les 3 ans, qui servait de chemise. Au début du XVIe siècle chez les Carmes de Paris, le prix de la tunique ne devait pas excéder 35 sols.
Nettoyage du linge
En 817, le concile d’Aix-la-Chapelle, décida que les frères laveraient et nettoieraient eux-mêmes leurs vêtements. Un lavoir, des récipients, du savon, de l’eau de cendre, de l’eau chaude étaient prévus à cet effet.
Le lavage se faisait tous les quinze jours. Les constitutions de Bursfeld exigeaient que la chemise fût lavée une fois par mois en été et deux fois en hiver. Les vêtements étaient mis à sécher dans un local spécial, ou étalé sur l’herbe du préau. Il était interdit de les suspendre sur une corde.
Vêtements liturgiques
A découvrir le thesaurus de l'étonnante complexité des vêtements religieux sur le site de l'inventaire (infos) du Ministère de la Culture.
En Occident, les couleurs liturgiques sont les suivantes :
• le blanc : signifie la joie, la résurrection du Christ. Utilisé pendant le temps pascal et pendant le temps de Noël.
• le rouge : symbolise le feu (Pentecôte) et le sang (martyrs). Utilisé le dimanche de la Passion et le Vendredi saint, le dimanche de Pentecôte, aux fêtes de la Passion du Seigneur, aux fêtes de la naissance au ciel des Apôtres et des Evangélistes, et aux fêtes de martyrs.
• le vert : est la couleur du printemps : il est signe d'espérance. Utilisé pendant le temps qu'on appelle "ordinaire", c'est-à-dire quand il n'y a pas de fête.
• le violet : qui était la couleur de la royauté et de la puissance est devenu couleur de pénitence et de prière profonde : c'est en effet dans la prière que se situe la véritable puissance du chrétien. Utilisé au temps de l'Avent et du Carême.
• le noir : utilisé pour les messes des défunts.
• le rose : est une couleur employée pour deux dimanches dans l'année. Ces deux dimanches ont conservé le nom de Gaudete (3ème dimanche de l'Avent) et de Laetare (4ème dimanche de Carême), car leur chant commençait par ces mots latins. Ces deux dimanches étaient centrés sur la joie de la proximité du Seigneur et tranchaient sur le recueillement du Carême et de l'Avent, qui ne doit d'ailleurs pas être pris pour de la tristesse.
• l'or : peut être utilisé pour certaines grandes fêtes comme Pâques et Noël.
C’est ainsi que les énumère l’Institution générale du Missel romain (n° 308), qui laisse d’ailleurs aux Conférences épiscopales le soin d’entériner les coutumes locales ou d’adapter les normes générales. L’or, comme couleur des Solennités, et le bleu, comme couleur de la Vierge Marie, sont parfois utilisés en certains endroits.
Les vêtements liturgiques principaux sont l’amict, l’aube, l’étole, la chasuble ou la dalmatique et la chape.
• Amict : du latin am qui signifie "de part et d'autre" et jactus "mis" ou "jeté". Pièce rectangulaire de linge blanc que le prêtre passe autour du cou avant de revêtir l'aube. Originairement, elle couvrait la tête, le cou et les épaules. Aujourd'hui, on lui donne volontiers la forme d'un capuchon qui, le plus souvent, fait corps avec l'aube, de sorte que l'amict tend à disparaître. L'amict est marqué d'une croix que le prêtre baise avant de le poser sur sa tête, puis de le descendre sur ses épaules pour recouvrir le col de sa soutane. L'amict doit être pourvu de deux cordons assez longs pour être noués sur la poitrine. Il rappelle l'amictus qui était un vêtement long que les Romains portaient sur la tête et qui couvrait le corps entier.
• Aube : du latin alba qui signifie "blanc". Dans les religions, l’exercice rituel est compris comme une imitation de l’activité divine ; celui qui s’y livre — surtout le prêtre ou l’officiant — est tenu à une pureté rituelle souvent symbolisée par des vêtements blancs. L'aube est une tunique longue et de couleur blanche portée par les clercs, de l'évêque à l'enfant de chœur. L'aube est ainsi nommée à cause de sa couleur et trouve son origine dans la tunica talaris des Romains, tunique à longs pans, tombant jusqu'aux chevilles et fixée à la taille par un cordon. L'aube se porte sous la chasuble, la chape ou la dalmatique.
• Chape : du latin cappa qui signifie "capuchon, cape". Long manteau de cérémonie drapant tout le corps, constitué par une pièce d'étoffe de forme semi-circulaire, dont les deux pans sont maintenus, sur le devant, par des agrafes. Portée en dehors de la messe, par les officiants lors des bénédictions solennelles, aux vêpres et lors des processions. La chape n'a aucune signification symbolique ; elle est portée par les simples clercs comme par les évêques.
• Chasuble : du latin casula qui signifie "manteau à capuchon". Vêtement sacerdotal à deux pans et sans manches avec une ouverture pour la tête, que le prêtre revêt par dessus l'aube et l'étole pour célébrer la messe. La chasuble est très souvent brodée et sa couleur est fonction du temps de l'année liturgique. Elle s'accompagne toujours du voile de calice, de la bourse ou portefeuille, du manipule et de l'étole.
• Cordon d'aube : le cordon ou cingulum est mis immédiatement sur l'aube pour la serrer à la taille et, par là, éviter que son ampleur gêne le prêtre dans ses mouvements. Le cordon est généralement blanc, mais il peut cependant suivre la couleur du jour et être de même teinte que l'ornement.
• Dalmatique : du latin ecclésiastique dalmatica qui signifie "blouse en laine de Dalmatie". Sorte de chasuble en forme de croix avec des manches courtes. Elle est portée par le pape et les diacres.
• Etole : du latin stola qui signifie "longue robe". Écharpe portée par les diacres, les prêtres et les évêques sur l'aube ou le surplis. Autrefois portée en bandoulière par les diacres et croisée sur la poitrine pour les prêtres, elle est aujourd'hui simplement passée autour du cou. Depuis le XVIe siècle, elle adopte les couleurs de l'année liturgique. Pendant les huit premiers siècles de l'ère chrétienne, elle s'appelait orarium – du latin os, le visage – et consistait en un linge fin utilisé par les personnes qui parlaient en public pour s'essuyer le visage. L'étole est confectionnée dans le même tissu que la chasuble dont elle est dépendante. Seule la croix du cou est obligatoire.
• Manipule : du latin manipulus qui signifie "poignée". Bande d'étoffe de la même matière et de même couleur que la chasuble, portée au bras gauche par le prêtre, le diacre et le sous-diacre, du IXe siècle. jusqu'au concile Vatican II. À l'origine, le manipule se portait sur la main gauche avant de remonter sur le même bras à partir du IXe siècle. Il est réservé aux ordres majeurs et ne se porte qu'avec la chasuble ou la dalmatique.
• Pallium : du latin pallium qui signifie "manteau". A l'origine, le pallium était une robe grecque, omophorion, qui fut également introduite à Rome. Dans sa forme chrétienne, au départ, la partie supérieure était un manteau court, fermé par des épingles et le pendant se trouvait devant. Longs à l'origine, les pendants se raccourciront au fil du temps. Il devint le signe distinctif du pouvoir papal et sacerdotal.
Vers le IVe siècle cet ornement sacerdotal de laine blanche orné de six croix noires devint l'insigne honorifique des évêques après que son usage ait été concédé par le pape. Actuellement, il est l'insigne du pape, des primats et des archevêques qui le portent autour du cou pendant les célébrations liturgiques. Le pallium ne doit pas être confondu avec l'étole, d'origine romaine, dérivée de la toge.
Le pallium symbolise la brebis égarée que le Sauveur rapporte au bercail. La laine provient de la tonte des agneaux bénis chaque année par le pape lors de la célébration de la fête de sainte Agnès (21 janvier).
• Rochet : vêtement de chœur porté par les évêques et les prélats. Les chanoines portent également le rochet au chœur par indult (privilège accordé par le pape en dérogation du droit commun). Le rochet a presque la même forme que l'aube : mêmes manches, même corps mais s'arrêtant à la hauteur des genoux.
• Surplis : du latin super pelliceum, c'est-à-dire qui se porte par dessus le pelliceum ou tunique de peau. Aube raccourcie s'arrêtant à la hauteur des genoux. Pour les prêtres et les clercs, il doit être en toile de lin ; pour les chantres, les sacristains et les enfants de chœur, il est généralement en coton. Le surplis se porte au chœur par dessus la soutane.
• Voile huméral : du latin humerus qui signifie "épaule". Longue bande de tissu ressemblant à un grand châle (env. 50 cm en largeur sur 250 cm en longueur), placée sur les épaules du prêtre ou du diacre qui prend en mains le Saint Sacrement. L'huméral possède une large poche à chacune de ses extrémités où le célébrant introduit ses mains pour présenter l'ostensoir à l'adoration des fidèles.
Linges liturgiques
A découvrir le thesaurus de l'étonnante complexité du linge est des garnitures liturgiques sur le site de l'inventaire (infos) du Ministère de la Culture.
• Antipandium : du latin ante "devant". Voile ou tapisserie précieux pendu devant (ante) l’autel, soit de façon habituelle, soit à l’occasion des fêtes. Cette coutume est ancienne (au moins dès le VIIe siècle).
• Bourse de corporal : du latin bursa qui signifie "peau, cuir". La bourse ou portefeuille est destinée à contenir le corporal dont le célébrant se sert pour le Saint Sacrifice de la messe. Il est formé de deux carrés en carton (env. 20 cm de côté) revêtus à l'extérieur d'un tissu de soie identique à celui de la chasuble et à l'intérieur d'une doublure assortie.
• Corporal : du latin corporale, de corpus qui signifie "corps". Le corporal est le linge blanc que l'on pose sur la nappe d'autel et sur lequel on place le calice et la patène. Ce linge, le plus souvent carré, porte ce nom parce qu’autrefois l’on déposait directement sur lui l’hostie — le corps du Christ. Le corporal peut avoir des dimensions lui permettant de couvrir tout l’autel, ceci en raison d’une plus large répartition des patènes et des calices dans la concélébration.
• Pale : du latin palla qui signifie "manteau, écharpe". Linge blanc rigide, de forme carrée, destiné à couvrir le calice à l'autel, afin d'éviter la chute de poussières à l'intérieur.
• Voile de calice : du latin velum qui signifie "tenture, rideau". Il est confectionné dans le même tissu que la chasuble dont il est dépendant. Il mesure environ 50 cm de côté et est habituellement muni d'une doublure assortie à celle de la chasuble.
• Voile de ciboire : du latin velum qui signifie "tenture, rideau". Il est confectionné dans le même tissu que la chasuble dont il est dépendant. Il mesure environ 50 cm de côté et est habituellement muni d'une doublure assortie à celle de la chasuble.
Détails de vêtements liturgiques
Livres
L'étoffe du diable
Auteurs : Michel Pastoureau
Editeur : Seuil - Histoire - 6 €
Date de parution : octobre 2007
ISBN : 978 2 02 096820 1
La rayure et les étoffes rayées sont longtemps restées en Occident des marques d'exclusion ou d'infamie. En furent notamment vêtus tous ceux qui, à un titre ou à un autre, se situaient sur les marges de la société chrétienne ou bien en dehors : jongleurs, musiciens, bouffons, bourreaux, prostituées, condamnés, hérétiques, juifs, musulmans ainsi que, dans les images, le Diable et toutes ses créatures.
Sans faire aucunement disparaître ces rayures très négatives, l'époque romantique voit apparaître une autre forme de rayures, positives et liées aux idées nouvelles de liberté, de jeunesse, de plaisir et de progrès. Dans les sociétés contemporaines, ces deux types de rayures cohabitent : celles des vêtements de prisonniers, de la pègre, des lieux dangereux et mortifères, et celles du jeu, du sport, de l'hygiène, de la mer et de la plage.
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