Le mouton à travers les provinces françaises

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  Les races françaises au XIXe siècle

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Provinces

C’est en 1790, à l'occasion de la Révolution française que la France est divisée en départements. Auparavant, elle était partagée à la fin de l'Ancien Régime en 52 provinces (58 dans les Atlas de Doisy puis de Zanoni), qui correspondaient à des territoires plus ou moins étendus au sein desquels des liens historiques, économiques et ou administratifs étaient censés créer une certaine solidarité entre les habitants. C’est après cette période que seront rattachés, le Comtat Venaissin (18 août 1791), le Comté de Nice (1860 puis 1947) et la Savoie (22/23 avril 1860).

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Le mouton dérive du mouflon, jadis si répandu dans les pays riverains de la Méditerannée et dans les montagnes de l'Europe méridionale, mais il a été très profondément modifié par la domesticité, et il constitue aujourd'hui des races excessivement nombreuses et très distinctes les unes des autres.

Peinture rupestre en Lybie

On rencontre le mouton dans toutes les contrées habitées. Après la découverte du nouveau monde, il y a été importé, et les peuplades demi-sauvages qui l'ont substitué au lama, à la vigogne, ont agi plus sagement que ceux qui ont cherché à multiplier ces espèces bien dignes de rester sauvages.

 

Les anciens divisaient les races ovines d'après les provinces. Cette division, qui pouvait être bonne dans le principe, ne doit plus servir que de division secondaire, aujourd'hui que les tentatives d'amélioration, le régime de plus en plus uniforme dans tous les départements et les croisements opérés partout avec les mêmes types, tendent à donner aux races la plus grande uniformité.

 

On a divisé aussi les moutons, d'après la longueur de la laine, en moutons à laine courte, frisée, propre à être cardée et employée à la fabrication des draps, et en moutons à laine longue, lisse, propre au peigne et à la fabrication des étoffes rases.

 

Mais cette division n'est déjà plus possible de nos jours, car il existe entre les races anglaises, type des laines longues, et les mérinos, type des laines à carde, une infinité de races qui établissent, entre l'un et l'autre type, une transition insensible.

 

Sous l'influence de la nourriture abondante qu'on s'habitue à donner aux troupeaux, la laine s'allonge dans toutes les races; et les mérinos eux-mêmes, comme leur métis, présentent aujourd'hui de nombreuses sous-races dont les toisons sont, pour les étoffes rases, infiniment supérieures à celles des moutons qui, pendant longtemps, ont été considérés comme exclusivement propres à alimenter la fabrication de ces étoffes. Les meilleures laines à peigne sont fournies, sans contredit, par le mérinos et ses dérivés.

 

Il ne faut pas oublier d'ajouter que les grands perfectionnements apportés de nos jours dans la préparation des laines, et qui permettent de peigner de la laine longue à peine de quelques centimètres, diminuent encore l'importance de cette distinction.

 Jacque Charles - Under the Old Oak

 

  

   Races

 

Nous examinerons successivement les moutons à laine grossière, les moutons à laine commune, les moutons à laine intermédiaire, les moutons à laine fine et enfin ceux à laine superfine ; sans ajouter, cela serait inutile, que cette distinction qui facilite l'examen de nos moutons au point de vue industriel comme au point de vue de leur amélioration est loin d'être rigoureuse: dans toutes les races il se trouve des individus qui, soit par leur finesse, soit par la longueur de leur laine, diffèrent de ceux qui seront pris pour type.

* Jauges actuelles : grossière :>40 µ, commune : 40 à >23 µ, intermédiaire : 23 à >18 µ, fine : 18 à >15 µ, superfine :15 à 10 µ.

 

Les races de moutons qui produisent ces laines dites : grossière, commune, intermédiaire, sont celles qui n'ont pas été concernées par la politique de mérinisation imposée dans toute la France par Napoléon 1er, ceci non pas tant pour augmenter la production de laine, mais pour en améliorer la qualité et la production de laines à carder, payées alors six fois plus que le kg de poids vif de mouton, et ainsi mieux habiller ses armées.

 

 

   

   Flock-book

 

Le Flock-book, créé en 1943, est un registre généalogique de recensement des individus d'une race donnée. Il existe pour presque toutes les races d'espèces domestiquées: bovines (herd-book), porcines, équines (stud book), canines... Un animal inscrit sur le registre possède son propre code d'identification à la race constituant la preuve de son appartenance à la race, c'est le pedigree.

 

Les jeunes animaux doivent provenir de parents inscrits pour pouvoir prétendre à l'inscription. Mais également, ils doivent passer un examen visuel ou de performances montrant que les critères raciaux sont maintenus. Les individus recalés n'ont pas le droit d'être reproducteurs dans la race.

 Waterloa Ernest A. - Through the Wood

 

  

   Moutons français à laine grossière

 

Nous trouvons dans cette catégorie les plus fortes et presque les plus petites races. Elles sont élevées dans des plaines très fertiles et un peu humides, ou sur les hautes montagnes; elles résistent mieux à l'humidité, craignent moins la pourriture que les races à toison fine.

 

Toutes ces races se distinguent par une laine grosse, longue, dure, roide et presque toujours disposées en mèches pointues et pendantes. Elle est, plus souvent que les autres qualités, ondulée, brillante et d'un aspect soyeux; elle ne convient que pour faire des lisières, des matelas ou quelques étoffes très grossières.

 

 

   

   Race Flamande

 

Le type de cette race se trouve dans les riches contrées, sous le climat doux des environs de Dunkerque, de Bergues, d'Hazebrouck; elle s'étend en se modifiant au sud et à l'ouest du département du Nord et prend le nom de cambrésienne, vermandoise ou artésienne, selon la contrée où elle est élevée.

 

Les véritables Flamands sont de très forte taille, ont les jambes longues et grosses, la tête très volumineuse et sans cornes, le chanfrein busqué et les oreilles longues, larges et renversées ou même pendantes; la laine est fortement jarreuse sur les ischions et à la queue; le corps est peu laineux et les membres sont couverts de poil court, roide, ainsi que la tête et la partie antérieure de l'encolure.

 mouton-flamand

Ces moutons pèsent de 70 à 90 kilogrammes et à la vue on croirait qu'ils pèsent encore davantage, à cause de la longueur de la laine et de la hauteur des membres: l'épaisseur du corps n'est pas proportionnée à l'élévation.

 

En s'éloignant de la Flandre (infos), ce mouton diminue de taille; mais, quoique formant des races distinctes pour les habitants du pays, ils sont ici réunis.

 

Le mouton Flamand et ses dérivés a le corps trop élancé, les os trop gros, l'encolure trop longue, la tête trop forte et surtout la laine trop rude et trop grosse; il est fort, robuste, mais de difficile entretien et dur à l'engrais.

 

 

   

   Race picarde

 

Une partie des moutons qu'on trouve dans la Picardie (infos) doit être classée parmi ceux de l'Artois (infos), de la Flandre (infos), du Cambrési (infos), à cause de leurs formes, de leur tête nue et de leur laine; mais on élève aussi dans cette province des moutons plus petits, plus trapus, à corps plus laineux, à toison plus fermée, paraissant hérissée, et à laine moins longue, un peu moins dure: parmi ces animaux, il s'en trouve cependant dont la dépouille très grossière convient mieux pour faire des housses de collier que tout autre objet.

 

Ces moutons se trouvent dans le bassin de la Somme jusqu'à la mer; les plus mauvais sont chez les petits cultivateurs. Le mouton brayant, du pays de Bray (infos), à encolure allongée, donne une laine plus fine que celle du Picard de la Haute-Somme (infos).

 

 

   

   Race angevine

 

Cette race renferme des moutons à taches jaunâtres sur la tête et sur les membres, forts de corps et à la laine grosse, que nous trouvons dans la Normandie (infos), le Perche (infos), le Maine (infos) et l'Anjou (infos).

 

Alençonnais, Canais, Cotentins, selon le pays d'où ils sortent : très forts, corps long, hauts de taille, tantôt à chanfrein droit, à tête médiocre, à front laineux; tantôt à chanfrein busqué, à oreilles fortes, même pendantes, à front nu; tous à laine grosse et longue, à corps peu laineux.

 

Ces moutons sont par petits lots et souvent dans les herbages avec les bœufs à l'engrais. Vers le sud, vers la Mayenne (infos), la race se transforme, devient plus petite. Dans les environs de Paris, on estime, pour les engraisser, les moutons du Merlherault, de l'Aigle.

 

Manceau. Plus blanc de figure que l'alençonnais, cependant avec des taches brunâtres sur la tête; oreilles grandes, pendantes; ventre et membres nus; long de corps; haut sur jambes.

 

Percheron. Souvent blanc, gros de laine, cou long, mince d'épaules, oreilles moyennes. Ce mouton est confondu quelquefois avec le Manceau.

 

Angevin. L'Anjou (infos) est la contrée où ce mouton se trouve presque exclusivement. Sur la rive droite de la Loire, il est gros, mal fait de corps, peu laineux, à oreilles grandes, pendantes, à tête mouchetée de brun; du côté de Craon, de Château-Gonthier, on en voit pâturer, attachés par deux avec un bâton.

 

Sur la rive gauche du fleuve se trouvent, avec la même race, des moutons bien faits de corps à taille moyenne, à tête longue et comme arquée, toujours à laine très grosse et à mèches pointues. C'est le mouton Choletais.

 

Dans l'Anjou (infos), comme dans une partie du Poitou (infos), dans le bocage de la Vendée (infos, les moutons sont par très petits lots; on les fait pâturer avec les vaches. De là le nom de vachers qu'on leur donne; ils sont en bon état, bien soignés, quelques-uns très forts et rendent de très fortes quantités de suif, parce qu'ils ont été longtemps engraissés.

 

 

   

   Mouton vendéen

 

On l'appelle aussi maraichin. Il se trouve dans les marais de l'ouest, depuis la Loire (infos) jusqu'à la Charente (infos). Cette race qui s'est formée après le dessèchement des marais est facile à reconnaître.

 mouton vendéen

Taille moyenne, corps bien fait, tête conique, en général sans cornes, quelquefois à cornes longues, relevées; chanfrein presque droit; arcades orbitaires saillantes; oreilles droites, épaisses sans être longues; jambes et tête fortement tigrées, charbonnées, mouchetées ou roussâtres, on les appelle pot roux, quelques marqués seulement de légères taches brunâtres. Par leur arcades saillantes, ces mouton, quand ils n'ont que de légères mouchetures brunes, ressemblent au bélier Dishley.

 

Cette ressemblance témoigne en faveur d'une origine commune. On fait descendre le mouton Vendéen des moutons du Texel, de la Hollande, de la Flandre, importés dans ces parages lors des premiers travaux d'assèchement.

 

Nous savons que ces mêmes races introduites en Angleterre ont contribué à former les moutons à laine longue de ce pays. Dans la Vendée (infos), ils ont dégénéré et même disparu en grande partie. Ceux qui ont résisté ont modifié la race du pays en se croisant avec elle.

 

Dans le mouton Vendéen, la laine est grosse ou très grosse. Sur quelques individus elle est caniche et alors assez estimée dans le pays. La mèche est pointue et le corps peu laineux. On n'aime pas les pattes laineuses, parce qu'elle se chargent de boue.

 

La taille des grandes importées s'est conservée dans quelques troupeaux. Les animaux ont alors la laine lisse, plus grosse; mais très souvent aussi ils sont à côte plate, à dos tranchant. La sous-race du Bocage plus petite, conserve le même lainage et la tête fortement tigrée.

 

 

   

   Race bretonne

 

Peu soigné, le mouton breton n'a pas une grande valeur, et il est cependant nécessaire pour utiliser les terres stériles de cette province.

 

Nous en distinguerons deux variétés. Le mouton des landes, qui se trouve dans les cinq départements formés de la Bretagne (infos), est très petit, à laine grosse, courte, souvent brune ou rousse; à cornes fortes, en spirale souvent allongée, et, dans les environs de la mer, du côté du Tréguier, de Saint-Pol, au nord-ouest de la province, il prend plus de développement sans changer de nature : c'est le mouton du marais.

 

 

   

   Mouton de Faux

 

Cette dénomination s'applique aux moutons que l'on élève sur le versant occidental et méridional du plateau central de la France, parce qu'on en conduit beaucoup aux foires de Faux. La laine en était considérée jadis comme intermédiaire, mais aujourd'hui elle est classée parmi la plus mauvaise, soit parce qu'elle a dégénéré, soit plutôt parce que, depuis l'introduction des mérinos, la majeur partie de nos moutons a été améliorée par rapport au lainage.

 

Ces animaux sont noirs, bruns, ou blancs avec des taches noires, ou d'un brun plus foncé sur la tête et les pattes; souvent pourvus de grosses cornes à spires allongées; à taille moyenne ou petite; à laine longue, le plus souvent en mèches pointues; brins très gros ou moyens, et mêlés à une grande quantité de jarre.

 

Ces moutons se rencontrent dans la Vienne (infos), la Corrèze (infos), la Dordogne (infos), le Lot (infos), le Cantal (infos, l'Aveyron (infos). On distingue la race du Périgord d'Excideuil, à œil roussâtre, à laine très grosse, à taille forte, estimée de la boucherie; celle du Limousin de Saint-Léonard, laine plus variée, taille moyenne; du Quercy, ayant une grande ressemblance avec celle du Limousin par la taille, mais à laine plus grosse, crépue. On appelle moutons de Vallière ceux qui viennent de l'ouest de la Charente; ils sont souvent sans cornes.

 

Quoique fort nombreux, on les trouvent depuis Limoges, en suivant par Tulle, Aurillac, Rodez et remontant vers Murat, dans le Cantal (infos), ces moutons alimentent fort peu nos manufactures; leur toison ne peut servir que pour faire des lisières ou ces étoffes rayées, grossières, appelées limousines, qui servent à confectionner ces petits manteaux usités dans les campagnes et que, dans quelques pays, on considère comme faits avec du crin, tellement ils sont grossiers.

 

 

   

   Mouton Marchois - race éteinte selon la FAO

 

Tout petit, tout bas, à corps cylindrique, à tête fine; blanc de figure, oreilles courtes, encolure ténue; à laine longue, très grosse, à mèches pointues, ces moutons, appelés bocagerspetits marchois sont magnifiques de formes, excellents pour la boucherie, mais détestables pour la laine.

 

 

   

   Mouton Bourbonnais

 

Corps cylindrique, long; tête un peu busquée, ressemble au Marchois, mais plus fort. Cette race s'étend vers le sud dans l'Auvergne. Sa laine est un peu plus hérissée, et un peu supérieure à celle des Marchois.

 

 

   

   Moutons des Pyrénées

 

Sur la pente septentrionale des Pyrénées, de l'océan à la Méditerranée, se trouvent des moutons assez haut de taille, à jambes longues, à corps mince, à chanfrein très busqué, à grosses cornes, à laine inférieure à la plus grosse des autres moutons français: elle ne diffère du poil des chèvres, avec lesquelles vivent les troupeaux, que par sa disposition en mèches longues, pointues, pendantes. La fabrique d'Elbeuf, qui confectionnait ses lisières avec des laines de la Picardie, fait venir aujourd'hui pour le même objet beaucoup de laines d'Oleron.

 

En suivant les montagnes de l'ouest à l'est, la laine devient moins mauvaise; celle du mouton du Bigors est préférable à celle des troupeaux d'Oleron, sans cesser cependant d'appartenir à la même sorte. Ces moutons se retrouvent dans les Pyrénées-Orientales (infos) et se mêlent avec la race du Roussillon dont ils ne seraient, a-t-on dit, qu'une dégénération: ils en diffèrent cependant beaucoup.

 

 

   

   Moutons des Alpes

 

Les lieux élevés, en France comme en Afrique, rendent la laine forte, nerveuse, longue, mais grosse, dure, jarreuse. La laine des Alpes a la plus grande analogie avec celle des Pyrénées.

 

Dans le siècle dernier, on comparait la laine des moutons alpinois à celle des moutons de la Hollande ou de l'Angleterre. De nos jours encore, elle est aussi grosse, plus roide, un peu moins longue, et surtout moins égale : en résumé, elle a moins de valeur.

 

La convenance des Alpes à nourrir des moutons varie selon leur élévation, leur pente et leur constitution géologique: il y a moins de moutons sur les hautes montagnes centrales de l'Isère que plus au nord, et surtout vers le sud, sur les plateaux calcaires de Gap.

 

Dans la Drôme (infos) et les Hautes-Alpes (infos), la stratification de la marne et du carbonate de chaux forme des vallées qui fournissent, même là où le sol est trop crétacé pour être fertile, de l'herbe excellente pour le mouton : on y conduit, pour les y engraisser en été, des troupeaux des plaines du Rhône, du Vivarais (infos), du Velay (infos) et même du Rouergue (infos) et du Quercy (infos).

Verboeckhoven Eugene - The Twins

 

  

   Moutons français à laine commune

 

La laine des races comprise dans cette section se distingue en ce qu'elle est, quoique grosse, plus ou moins ondulée, contournée, que la toison est comme hérissée à la surface, et que les mèches en sont peu distinctes. Quoiqu'il y ait des individus à laine mauvaise, on n'en trouve pas qui soient couverts de ce poil gros, dur, lisse, qui caractérise les races de la catégorie précédente.

 

Dans le siècle dernier, la laine de quelques-unes des races à laine commune était considérée comme très belle, mais la meilleure n'est pas classée parmi les médiocres depuis l'extension des mérinos et leur emploi au croisement des races indigènes. La laine commune est propre à faire d'excellents matelas; elle entre dans la confection des bons tissus du commerce: on la mêle avec des laines étrangères fines, mais sans nerf, pour donner du corps aux étoffes. Nous trouvons les types de ces races dans le Midi. Elles varient beaucoup par leur taille et leur conformation.

 

 

   

   Races du Midi

 

Moutons du Roussillon, on donne ce nom au mouton qui se trouve dans les contrées bornées au sud par les Pyrénées, à l'ouest et au nord par les Corbières (infos), les Cévennes (infos) et les collines qui limitent le bassin de l'Aude (infos).

 

Ce mouton descend du mérinos introduit en France par les Maures; depuis, il y a eu plusieurs essais de croisement entre les deux races qui ont contribué à conserver les qualité de la laine dans le mouton roussillonnais. Il est de taille moyenne, à toison belle, chargée de suint, à tête plus ou moins laineuse et généralement pourvu de cornes, même dans les femelles.

 

Le type de cette race se trouve dans quelques vallées, sur les terrains calcaires des Pyrénées-Orientales et de l'Aude; les belles variétés sont blanches, mais il y a beaucoup de moutons tigrés, tachés, chardonnés et même d'entièrement bruns, que les petits cultivateurs cherchent à conserver pour avoir des laines qui n'aient pas besoin de teinture.

 

Les plaines des Pyrénées-Orientales (infos), de l'Aude (infos), de l'Hérault (infos), offrent des conditions tout à fait favorables à la production de belles laines. C'est dans ces conditions qu'il faut attribuer la conservation des bons moutons dans ces contrées, quoiqu'on les eût négligés pendant bien longtemps.

 

Carlier observait dans le milieu du siècle dernier que le mouton des plaines des Pyrénées-Orientales, les Aspres (infos) et celui de la Clape de Narbonne surpassaient en finesse les races d'Espagne dites aragones, andalouse et le cédaient peu aux ségovies.

 

Quand, après l'établissement des manufactures, on a mieux apprécié les belles laines, on a cherché à relever les races abâtardies du Midi.

 

En 1800, le gouvernement introduisit dans une ferme du département des Pyrénées-Orientales 334 brebis et 16 béliers des meilleures races d'Espagne. Cet établissement fut supprimé, en 1842, malgré la grande importance des mérinos pour la France, et pour la France méridionale surtout. Plusieurs particuliers ont fait des introductions de la même race.

 

Il y a aujourd'hui dans le Midi des troupeaux nombreux qui en conservent les qualités. Les cultivateurs qui ont tenu à l'ancienne race à cause de sa sobriété, et qui n'ont pas voulu introduire le type mérinos, l'ont croisé avec les bêtes indigènes. Ainsi se trouvent améliorés la plupart des troupeaux du bassin de l'Aude et de celui du bas Rhône.

 

 

   

   Moutons de la Gironde

 

Il s'agit des moutons élevés dans la partie occidentale du grand bassin situé au nord des Pyrénées, quoiqu'ils diffèrent beaucoup de ceux qui se trouvent à l'est: ils sont moins fins de laine et ne forment aucune race bien distincte. Le mouton de Béarn s'améliore facilement par le croisement avec le mérinos, écrivait-on dans le siècle dernier.

 

La société d'agriculture de Bordeaux s'occupe beaucoup depuis plusieurs années de l'introduction du sang anglais dans les troupeaux indigènes. Les anglo-mérinos peuvent être utiles au point de vue des formes et même du lainage. Ce pays doit au voisinage de l'Océan un climat plus favorable que ne semble le comporter sa latitude.

 

 

   

   Mouton provençal

 

Cette race, pure ou croisée avec le mérinos, fourni les laines si connues dans le commerce sous le nom d'artésiennes. Monsieur Lulin de Câteau-Vieux l'a depuis longtemps signalée à cause de sa laine tassée et longue, précieuse par sa force pour la fabrication des draps de soldat. La viande du mouton provençal est d'une qualité rare à cause des plantes salées de bord de la mer, et de l'émigration sur les montagnes pendant l'été.

 

La principale variété de cette race se trouve dans les plaines de la Crau (infos) et dans la Camargue (infos). La Crau fournit une herbe fine, de bonne nature qui, quoique très peu abondante, nourrit beaucoup à cause de la nature et de la sécheresse du sol. Dans le delta du Rhône, les conditions ne sont pas les mêmes, l'humidité y domine; mais le voisinage de la mer, le sel contenu dans les plantes en neutralisent les effets en partie.

 

Dans les plaines éloignées de la mer, la sécheresse se fait plus vivement sentir et les animaux sont plus petits, de même que la laine devient plus grosse à mesure qu'on s'élève sur les montagnes. Les moutons d'Istres, du coté d'Aix, les moutons de Verne, des montagnes du Var, sont inférieurs à ceux des plaines qui voisinent le Rhône.

 

Les plaines de la Provence sont admirablement disposées pour nourrir des troupeaux pendant l'hiver, pour fournir une bonne nourriture dans la saison des pluies, mais, en été, elles sont desséchées et seraient incapables de soutenir les animaux qui alors pâturent sur les Alpes: les propriétaires des montagnes et ceux des plaines se rendent des services réciproques.

 

Le mérinos a été importé depuis longtemps dans ces contrées si remarquables pour l'entretien des moutons et la production des laines. Nous le trouvons là où des conditions plus favorables de nourriture permettent de satisfaire ses exigences plus grandes. Dans le delta du Rhône, dans la Crau, ces conditions s'étendront à mesure que les assainissements et les irrigations enrichiront le pays et rendront les cultivateurs moins dépendant des influences naturelles.

 

 

   

   Mouton du Dauphiné

 

Les moutons des plaines basses ont la plus grande analogie avec ceux de la Crau. Nous les trouvons depuis le département de Vaucluse (infos) jusqu'au confluent du Guiers (infos); on les regardait anciennement comme d'origine espagnole; les plus remarquables se trouvaient entre Hauterives et Romans, la laine en était fort estimée et comparée à celle de Ségovie.

 

Mais dans le Dauphiné (infos), depuis la Suisse jusqu'à la Drôme (infos), nous trouvons des conditions plus variées que dans la Provence (infos) : les plaines rocailleuses, les galets de la Drôme (infos), du Rhône (infos), sont peu favorables à la pousse des plantes, tandis que les plaines marécageuses de Bourgoing sont insalubres pour le mouton.

 

 

   

   Mouton des Cévennes

 

On appelle ainsi le mouton qu'on entretien sur les plateaux calcaires qui s'étendent, presque sans discontinuer, des rives du Gard (infos) jusqu'à Sainte-Afrique, et se dirigent ensuite vers le nord jusqu'à Mende. Le Gévaudan (infos) forme une grande partie de ce pays.

 

Nous les trouvons du coté de Ganges, de Bédarieux, de Saint-Pont, de Lodève, de Milhau, de Séverac, de Florac, jusqu'à la montagne appelée Palais-du-Roi. Vers le sud, ils s'étendent jusqu'aux moutons roussillonnais, avec lesquels ils ont de l'analogie. Nous pouvons appeler type les animaux de forte taille, ramassés, à laine longue peu chargée de suint, des plateaux du Larzac (infos) et du Gévaudan (infos).

 

Les troupeaux des Cévennes (infos) ont toujours été fort estimés pour leur viande. "Les moutons gras de la plaine de Ganges en Languedoc (infos), disait il y a un siècle Carlier, sont d'un prix bien supérieur à ceux du Riveral et de la Solanque (partie du Roussillon, où l'on produit des moutons de pré salé) par leur goût délicat qui est le mérite de leur chair, et la fait recherchée comme un des mets rare et exquis."

 

Ces animaux n'ont rien perdu de leur anciennes renommée, et ceux de quelques autres parties des Cévennes peuvent leur être comparés quand ils ont été bien engraissés: on trouve dans le Midi, et la meilleure, et la plus mauvaise viande de mouton: la plus mauvaise, parce qu'on laisse trop viellir les brebis et qu'on les engraisse jamais suffisamment.

 

Dans les Cévennes, la laine jadis renommée a relativement moins de valeur de nos jours. La grande amélioration opérée par les mérinos sur nos moutons ne s'est pas fait sentir dans ce pays, qui serait susceptible cependant de produire de belles toisons; mais les habitants sentent peu l'importance d'améliorer leurs troupeaux à ce point de vue.

 

Comme ils tirent un grand profit du lait, ils craindraient d'altérer les qualités laitières de leurs brebis en alliant leur race avec une race étrangère: le lait, dans les environs de Milhau, de Sainte-Afrique, et., sert à confectionner le fromage si justement estimé de Roquefort. D'ailleurs les mérinos exigent une nourriture plus copieuse que celle fournie par les plateaux calcaires du Gévaudan et du Larzac; aussi plusieurs cultivateurs, qui avaient essayé l'amélioration par le sang espagnol, ont-ils été sans imitateurs.

 

 

   

   Mouton du Rouergue

 

Divisés en moutons du Causse ou des pays calcaires; et en moutons du Ségala, ou des pays granitiques.

 

 

   

   Mouton du Causse

 

Ce mouton se caractérise par un corps long, haut monté sur jambes; garrot pointu, côte plate; cuisses minces; tête forte, busquée, sans cornes. Cette race qui descend d'un ancien croisement avec celle de la Flandre est dure à l'engrais. Depuis quelques années, elle s'améliore : les cultivateurs recherchent une tête courte, petite, laineuse; une charpente moins longue et plus trapue, et obtiennent des moutons plus épais.

 

 

   

   Mouton du Ségala - race éteinte selon la FAO

 

Bocager, petit, tête pointue, laine plus fine, souvent caniche frisée, contient plus de suint que celle du Causse et rend moins au lavage; race sobre et d'un engraissement facile.

 

La laine du Rouergue est forte, assez brillante, plate, mais ayant beaucoup de nerf. Cette laine est travaillée à Lodève, Castres, Mazamet, pour fabriquer des draps pour la troupe. On mêle les deux qualités, ou on mêle celle du Causse (infos) avec celle du Roussillon (infos), ou avec de la laine de mérinos de qualité secondaire.

 

L'émigration des troupeaux, qui a si puissamment contribué à la conservation des mérinos espagnols, est largement pratiquée dans le Midi de la France. Les moutons passent l'hiver dans les plaines et l'été sur les montagnes. Mais ce déplacement, qui s'opère qu'après des conventions faites par les deux parties, n'a pas pour notre agriculture les inconvénients que la transhumance a eus pour l'agriculture espagnole.

 

En France, il est avantageux pour le propriétaire des montagnes comme pour celui du troupeau. Le premier, qui souvent a de très longs hivers à passer et qui ne peut pas récolter de fourrages en été, y trouve le moyen de faire consommer ses pâturages; l'autre peut avoir un troupeau considérable relativement à l'étendue de ses terres, à cause de la facilité qu'il a de le nourrir avec économie pendant la saison des sécheresses.

 

Après avoir vu pratiquer ce système sur les Alpes et les Pyrénées, comme en Auvergne et dans les Cévennes, nous ne saurions partager l'opinion de ceux qui le blâment, sous prétexte que les propriétaires de montagnes auraient plus d'avantages à faire consommer leurs herbages par des troupeaux leur appartenant.

 

Sur les très hautes montagnes, il n'est pas possible de nourrir de nombreux animaux pendant l'hiver; les propriétaires des pâturages auraient donc à acheter leur cheptel au printemps et à le revendre en automne. Il arriverait souvent que des moutons et des vaches se vendraient moins à la Saint-Martin qu'ils n'auraient coûté au printemps: les animaux ne payeraient pas leur estivage.

 

Si quelquefois, avec le système actuel, les montagnes rapportent moins que les troupeaux, combien de fois aussi le propriétaire des animaux a-t-il moins de profit que celui des pâturages ?

 

Comme dans toutes les transactions libres, qui s'exécutent depuis longtemps, les chances sont parfaitement connues, et les marchés se font le plus souvent dans l'intérêt des deux parties.

 

L'émigration est favorable au point de vue de la santé et des qualités de la viande: le pâturage sur les montagnes pendant l'été conserve les animaux et peut même les guérir de la pourriture ou arrêter les progrès de cette maladie, quand elle n'a pas fait trop de ravages; les moutons qui émigrent sont estimés pour leur viande dans des contrées où l'émigration est pratiquée.

 

 

   

   Races de l'est

 

Nos frontières de l'est et du nord-est renferment plusieurs races indigènes, mais de peu d'importance. Les meilleures contrées ont améliorées leurs animaux par le sang mérinos.

 

Nous mentionnerons cependant le mouton de la Bresse, le mouton du Bugey, petit, pourvu de cornes, à laine grosse, souvent brune; les lots de quelques parties de la Franche-Comté (infos) et de la Haute-Marne (infos), à tête nue, à laine longue, mal soignés en général, et souvent affectés de la gale; le mouton des Vosges et le mouton de la Lorraine, petit, cornes fortes, laine droite, souvent brune; l'Ardennais à corps petit, peu laineux, souvent à laine rousse, qu'on remplace de plus en plus par le mérinos; enfin le Champenois.

 

La Champagne est une des provinces les plus intéressantes a étudier au point de vue de la production des laines, et nous en parlerons en traitant des laines fines et des intermédiaires; l'ancienne race ovine Champagne a presque complètement disparu (race éteinte selon la FAO); on en trouve plus que quelques petits lots chez les journaliers, dans les plaines crayeuses et stériles du côté de Sommesous, Sompuis, Marigny, etc.; ils sont de très petite taille, anguleux, à tête assez fine, nue ainsi que les membres et le ventre; et à laine grosse. Les propriétaires de ces animaux ont peu d'intérêt à les améliorer, parce qu'ils consomment la laine pour leur usage, et que toute ressource manque dans une contrée exclusivement crayeuse.

 

 

   

   Race du Poitou

 

Très haut monté sur jambes, long; garrot assez épais mais dos ensellé; tête longue, sans cornes, couverte, ainsi que de la face inférieure de l'encolure, de poil court et lisse; jambes nues; laine dure, longue, mais à mèches peu distinctes, à toison comme hérissées. Deux variétés: le Gâtineau et le Poitevin.

 

 

   

   Mouton gâtineau

 

Corps grand, long, lourd, jambes très longues; extrémité postérieure de la croupe dégarnie de laine comme le cou; oreilles grandes, pendantes. Se trouve dans la Gâtine, du coté de Saint-Maixent, de la Mothe.

 

 

   

   Mouton poitevin

 

Plus petit; corps mince, peu lourd; oreilles étroites et cependant souvent pendantes; élevé dans le haut Poitou et dans les contrées peu fertiles depuis le département de la Vienne jusqu'à celui de la Charente.

 

Même les bouchers qui en achètent fréquemment, prennent de petits gâtineaux pour des poitevins et de forts poitevins pour des gâtineaux.

 

Les moutons du Poitou ont de la bonne viande, et ils sont cependant peu estimés dans les bonnes boucheries, à cause de leurs membres trop longs; les gigots paraissent décharnés; on préfère les moutons plus petits qu'on tire du coté du Berry (infos) et qu'on appelle mouton de bruyère, mouton de brande.

 

 

   

   Race berrichonne

 

Petite race, à corps bien fait; à tête fine, sans cornes, dépourvue de laine; à os légers et à membres grêles. D'après la laine et la conformation on y distingue plusieurs espèces.

 

Berrichon de l'Indre - Fiche du BRG cliquer ICI

Berrichon du Cher - Fiche du BRG cliquer ICI

 

 

   

   Mouton de Champagne - race éteinte selon la FAO

 

On le trouve dans la partie du Berry nommée Champagne, au nord de Châteaudun, entre l'Indre (infos) et le Cher (infos); il est très petit, à tête fine, nue, ainsi que les jambes; très sobre, facile à engraisser et fournit une excellente viande.

 

 

   

   Mouton de Brion

 

On le trouve du coté de Levroux, sur les bords de l'Indre; il est un plus fort de taille que le précédent. Avant l'introduction du mérinos, la laine de ce mouton était considérée comme de première beauté; elle est encore d'une assez grande finesse et conserve cette qualité, même après le croisement avec des races inférieures à cet égard. La contrée favorise la finesse du lainage.

 

 

   

   Mouton de Crevant - race éteinte selon la FAO

 

Il est élevé dans la vallée de la Creuse, du coté d'Argentaux, de la Châtre, etc., et conduit aux foires de Crevant; plus petit du coté de Chateauneuf, de Dun-le-Roi, on l'appelle Bocager.

 

On fait descendre le mouton de Crevant d'une race anglaise, la race Dishley. Il a la tête assez souvent tachée, mouchetée et nue, ainsi que les jambes et le dessous du cou, le corps long, assez fort, le garrot épais, et il est remarquable par son aptitude à s'engraisser. On le recherche comme reproducteur pour améliorer les autres sous-races de la contrée. La laine en est grosse et dure.

 

 

   

   Mouton nivernais

 

Il appartient a une sous-race berrichonne élevée sur les plateaux calcaires compris entre le Cher et la Loire (infos), du coté de Bourges, Villequier, Sancerre, et, sur la rive droite du fleuve, du coté de Nevers, La Charité jusqu'à la Puysaie. Il ressemble au mouton de Crevant, mais il a la tête laineuse, pourvue d'un toupet et la laine moins grosse. Il se mêle, se croise, d'un côté, avec le Solognot, de l'autre, avec le mouton de Champagne. On trouve souvent, dans les autres sous-races, des moutons à tête un peu laineuse; il y a beaucoup de croisement mérinos au nord-est de Bourges. Les caractères du sang espagnol sont très inégalement imprimés sur la race indigène.

 

 

   

   Mouton de la Sologne

 

Pour la taille et les formes, le mouton Solognot ressemble beaucoup au Berrichon, et même au Petit Berrichon de la Champagne; il est très petit, ou de taille presque moyenne, selon la fertilité du pays où on l'élève; il est souvent roussâtre sur la tête et les jambes: ces parties sont nues. La laine est grosse, longue et à mèche pointue, un peu frisée, vrillée au sommet.

 

Les plus petits se trouvent du coté de Romorantin, Nonant-le-Fusillier, sur les landes; ils prennent du corps en se rapprochant de la Loire, de Blois dans la Gâtine, du coté de Montargis, d'Orléans.

 

 

   

   Races métis anglo-françaises

 

Nous appelons ainsi les produits des croisements des béliers Dishley, et New-KentSouthdown avec des anciennes races françaises. Ils sont aujourd'hui fort variés en France. Ils ont tous à peu près les mêmes caractères; sont à corps épais, exigeants pour la nourriture, paresseux, précoces, graisseux et à laine forte, ondulée, souvent roide. Nous parlerons seulement de ceux du Berry (infos) et de la Flandre (infos).

 

 

   

   Mouton anglo-berrichon

 

Plus petits que les races anglaises, ces métis sont plus forts que les moutons indigènes. Ils laissent peu à désirer pour les formes: ils ont le garrot épais, le dos soutenu, et la tête, l'encolure peu développées. On reconnaît le sang anglais au corps qui se rapproche plus de la forme cylindrique que celui des indigènes et à l'épaisseur du garrot; les descendants du Southdown se reconnaissent aussi à la face et aux jambes qui sont noirâtres ou marquées de taches noirâtres assez nombreuses, et ceux du Dishley à de légères taches bleuâtres aux oreilles et aux naseaux; ces derniers ont en outre les arcades orbitaires fortement saillantes et les oreilles fines.

 

La laine des métis Dishley et des New-Kent est grosse, rude, souvent cotonneuse, inférieure à celle des animaux indigènes. Tous les anglais donnent plus de finesse avec les brebis de Brion qu'avec celles des autres sous-races Berrichonnes.

 

Ces croisements sont anciens dans le Berry (infos) et le Nivernais (infos). Des Anglais les ont commencés dans la Nièvre (infos) il y a un trentaine d'années. Partout on obtient à peu près les mêmes résultats: on a des produits plus ou moins forts selon la manière dont on nourrit. Depuis plusieurs années, les métis de Monsieur Malingié sont distingués comme très remarquables au concours de l'Oissy.

 

Les anglo-berrichons ont une grande aptitude à prendre jeunes la graisse, mais la laine est souvent inférieure même à celle des moutons anglais; il faut chercher, et cela sera facile, à la rendre plus douce par l'emploi de reproducteurs ayant du sang mérinos en suffisante quantité.

 

 

   

   Mouton anglo-flamand

 

Nous plaçons dans cette catégorie les produits du croisement des béliers New-Kent et Dishley avec les brebis Flamandes, Artésiennes et Picardes. Ces animaux assez répandus dans les départements du Nord (infos), du Pas-de-Calais (infos), de la Somme (infos) et de l'Aisne (infos), diffèrent peu les uns des autres. les produits du New-Kent sont plus longs et à dos moins bien soutenu, mais à laine ordinairement plus douce.

 

Plus trapus que les indigènes, ils ont tous la tête plus fine, le chanfrein moins busqué, le corps plus épais, plus près de terre et plus lourd, quoique paraissant plus petit. Ils sont plus précoces et plus disposés à prendre la graisse.

 

Au point de vue de la laine, ils sont encore défectueux; cependant on ne trouve pas, parmi les métis de ces toisons à mèches pointues, pendantes et à brin lisse, roide, si communes dans les grands moutons du nord. Toutefois, par l'emploi de reproducteurs anglo-mérinos bien choisis, déjà employés du reste, on pourra améliorer la laine autant que le climat du nord le comporte.

Davis H. W. B. - On the French Coast

  

   Moutons français à laine intermédiaire

 

Ces moutons proviennent du croisement du mérinos avec les races indigènes et avec les races anglaises. La laine est moins fine que celle des mérinos mais plus longue; plus douce et plus fine que celle de nos anciennes races. La toison est fermée et s'étend sur la tête et les jambes. La mèche a acquis, depuis ces dernières années, beaucoup de longueur par les croisements et par le régime plus substantiel auquel on soumet les troupeaux. C'est tantôt le caractère mérinos qui domine, tantôt le caractère des races françaises, mais généralement le premier. La laine, bonne pour la draperie commune, est excellente pour la fabrication d'étoffes de fantaisie d'une immense consommation.

 

Les moutons à laine intermédiaire, connus sous le nom de métis-mérinos ou simplement de métis, se rapprochent de nos races par leur sobriété et leur rusticité. Nous en avons qui fournissent de 20 à 30 kilogrammes de viande nette et de 4 à 6 kilogrammes de laine; tandis qu'il en est d'autres dont les quatre quartiers pèsent à peine de 8 à 12 kilogrammes et la toison de 1 à 2 kilogrammes.

 

Dans les boucheries, on place les métis avant les mérinos, mais après les anciennes races françaises.

 

 

   

   Mouton Beauceron

 

L'ancienne race de la Beauce et de la Brie a complètement disparu; à peine en trouve-t-on quelques débris dégénérés sur les limites de ces provinces. Mais tous les troupeaux des grandes exploitations d'Eure-et-Loir (infos), de Seine-et-Oise (infos), de Seine-et-Marne (infos) ont été modifiés ou remplacés par le mérinos. C'est un magnifique métis, ayant beaucoup de sang espagnol, qu'on considère de nos jours comme mouton Beauceron.

 

Il est à corps trapu, ramassé, peut être un peut court et quelquefois ensellé; à garrot trop sorti, à ventre un peu gros; à tête forte, busquée, à cornes en spirales; à peau lâche et formant des fanons, ou lisse; à laine couvrant le ventre, les jambes jusqu'aux onglons, et la tête jusqu'à la bouche; mèche carrée, toison fermée, noire à la surface; finesse du brin moyenne, et du reste variant beaucoup; la mèche a beaucoup augmenté en longueur depuis quelques années, et en même temps qu'elle devient plus longue, les défauts du mérinos, les fanons, la grosseur de la tête, le resserrement des côtes tendent à disparaître.

 

Ces moutons sont remarquables par leur poids, l'abondance et la qualité de leur laine; mais ils sont exigeants pour la nourriture: les fermiers des environs de Paris, qui achètent au printemps des moutons pour les engraisser et faire parquer leurs terres, préfèrent des moutons de toute autre provenance.

 

 

   

   Métis bourguignons

 

La partie de la Bourgogne qui avoisine la Champagne est riche en bêtes à laine: quoique exposés à la sécheresse pendant l'été, les plateaux calcaires des départements de l'Yonne, de la Côte-d'Or sont très propres à l'entretien des moutons à laines fines. Cependant l'importance donnée à la fabrication des étoffes rases et la concurrence des étrangers pour les laines fines, qui coûtent peu de port relativement à leur valeur, engagent beaucoup d'éleveurs à porter leurs efforts vers la production des gros moutons et des fortes toisons.

 

Quelques personnes regrettent qu'il en soit ainsi, mais en considérant l'immense utilité des belles laines intermédiaires et la rareté de la viande, nous ne saurions partager leurs regrets.

 

Dans la partie occidentale de la province, nous trouvons des moutons qui, par leur taille et leurs formes, peuvent être comparés aux briards et aux beaucerons. Les environs de Sens fournissent de forts animaux assez recherchés par la boucherie; les métis de la Bourgogne font bien, quand ils sont conduits maigres chez les cultivateurs des environs de Paris.

 

 

   

   Métis champenois

 

Il est aussi varié que le sol qui le nourrit. Dans le commerce, on donne même le nom de champenois à des métis qui viennent du coté de Soissons, réservant la dénomination de picards aux animaux à laine grossière.

 

Le métis Champenois de forte taille et bon de laine a de la ressemblance avec le beauceron. Le corps est plus élancé, la toison moins colorée à la surface et la finesse de la laine plus variée. On remarque souvent une tache brune sur la lèvre supérieure.

 

 

   

   Mouton soissonnaisrace éteinte selon la FAO

 

Dans la Picardie (infos), l'Ile-de-France (infos), les moutons sont plus gros de laine. on en trouve cependant dans le soissonnais qui diffèrent peu de ceux de la Beauce (infos), mais ils sont en général moins uniformes: dans quelques troupeaux, la laine ne diffère pas de celle des mérinos; dans d'autres, elle est plus longue, a moins de douceur et la peau est tendue sans fanons. On reconnaît encore les caractères de la race flandrine dans divers troupeaux au volume du cops élancé, à la laine plus longue, plus dure et aux oreilles larges et renversées, sinon pendantes.

 

Quelques lots de ces animaux démontrent, par leurs formes carrées et leur laine longue et assez fine, la possibilité d'améliorer les moutons Artésiens en réunissant sur les mêmes animaux une bonne laine intermédiaire à beaucoup de viande.

 

L'ancienne race Picarde disparaît, se mêle au mérinos et s'améliore beaucoup, quoique donnant plus gros de laine que le vrai Soissonnais. Les métis Picards-flamands-mérinos, ont tous de fortes toisons et des mèches longues, mais souvent avec trop peu de caractère mérinos. La laine est forte, résistante, nerveuse, dure et manque de finesse.

 

 

   

   Moutons de Caux

 

Dans la Haute-Normandie (infos), le Vexin (infos), les métis sont nombreux, souvent fins de laine, et donnent beaucoup de viande; ils se mêlent: à ceux de la Beauce (infos) par le département de l'Eure (infos), à ceux de la Brie (infos) par le département de Seine-et-Oise et aux Soissonnais par le département de l'Oise (infos) .

 

 

   

   Métis du Centre

 

La laine du Berry (infos) était considérée par les anciens comme de première qualité. Les gens de condition stipulaient dans les contrats de mariage, nous apprennent les Instituts consulaires de Jean-Toubeau, qu'on donnerait une robe de drap de fine laine du Berri à sa future épouse. Dans quelques troupeaux, ce produit a éprouvé cependant de grandes améliorations, par les croisements avec la race mérine. Les métis sont à corps plus laineux, à formes assez élancées, à toison fermées et à la laine plus fine, plus douce que celle de la race indigène.

 

 

   

   Métis anglo-mérinos

 

Les brebis mérinos ont été croisées sur une assez grande échelle avec le bélier New-Kent et surtout avec le Dishley. Nous ne parlerons que des produits de ce dernier. Mieux conformés que ceux qui descendent du New-Kent, ils ont le dos mieux soutenu, la tête plus petite, l'oreille plus courte, plus fine, mais par leur laine souvent plus grosse, du moins au premier croisement, ils appartiennent à la section des races à laine commune. Les légères taches noirâtres des oreilles, du nez, la finesse des oreilles, la proéminence des arcades orbitaires qui distinguent les Dishley se retrouvent dans leurs descendants.

 

Si les métis demi-sang appartiennent par la dureté, la grosseur de leur laine, aux moutons à laine commune; s'ils ont le brin gros, droit, souvent brillant, ondulé comme le Dishley; si la toison en est un peu fermée; si la tête et les jambes sont nues, ils tiennent également beaucoup de l'anglais par leurs formes et leur précocité.

 

Mais si l'on fait entrer dans les produits une plus forte quantité de sang mérinos, que l'on fasse couvrir les brebis mérinos par des béliers demi sang, les métis trois quarts mérinos qu'on obtient alors donnent d'excellente laine intermédiaire. Ils sont à corps laineux, à toison tassée, fermée; à brin fin, uni et assez long pour fournir de la très belle laine propre au peigne. Ils conservent cependant encore les formes, la mollesse, la précocité des races de boucherie; mais ces qualités sont tempérées par plus de vigueur, plus de rusticité et d'aptitude à supporter les chaleurs et les longs parcours.

 

Pendant longtemps nous avions cru que ce croisement pouvait donner à la laine des mérinos, sans la rendre grosse et dure, la longueur que réclament certaines manufactures; mais des métis mérinos Beaucerons, Soissonnais, Champenois obtenus en grand nombre depuis quelques années donnent des toisons qui ont tous les caractères de la laine Dishley-mérinos vec peut-être plus de finesse.

Duhein Henri - Sainte Geneviéve de Paris

 

  

   Moutons français à laine fine 

 

Nous trouvons dans cette catégorie le type mérinos, quelques-unes de ses sous-races ou variétés, et quelques métis renfermant une très forte proportion de sang espagnol. Toutes ces races se ressemblent et surtout exigent les mêmes soins: la laine en est fine, douce, sert à la belle draperie et à la fabrication des étoffes de fantaisie de choix.

 

 

   

   Mérinos - Fiche du BRG cliquer ICI

 

L'histoire des mérinos introduits plusieurs fois dans le Béarn (infos) et le Roussillon (infos) au commencement du siècle dernier; à Rambouillet, en 1786 et en 1801; à la bergerie de Perpignan, en 1800, et détaillée -ICI- .

 

De taille très variée, le mérinos a un corps trapu, des membres forts et une tête grosse, à chanfrein busqué; ses cornes sont grosses, anguleuses et forment des spires très rapprochées: elles manquent quelquefois, et c'est une qualité.

 

Sa laine remarquablement (plus de 5 000 brins de laine par cm² de peau), fine, douce: le brin est en zigzags rapprochés; les mèches sont terminées en pointes spiroïdes (c'est un défaut), ou carrées et formant des prismes réguliers. La surface de la toison est bien fermée, noire, sale; mais l'intérieur, garni d'un suint abondant, est blanc ou jaune: on préfère la laine à suint blanc.

 

Toutes les partie du corps sont couvertes de laine, dans les beaux types, depuis le bout du nez jusqu'aux anglons, et partout, quoique d'une finesse inégale, elle présente les mêmes caractères.

 

La peau du mérinos, très étendue, forme au cou, aux épaules aux cuisses, de grands replis appelés fanons. La peau de fanons est épaisse, porte des bulbes gros et une laine inférieure. Ces replis sont un défaut.

 

Le mérinos est parfaitement acclimaté en France. Désormais nous devons le considérer comme race indigène à très nombreuses variétés.

 

Dans le type mérinos, la laine est souvent courte, le dos enfoncé derrière le garrot qui est trop saillant, l'abdomen est trop volumineux, la peau est trop ample, la tête trop forte, etc. Mais tous ces défauts tendent à disparaître: depuis l'importation, au commencement de ce siècle, la laine est devenue plus longue et le jarre qui altérait les toisons des troupeaux introduits à Rambouillet a complètement disparu; la toison est devenue plus lourde et plus fine en même temps que le corps a pris plus de carrure et que la taille est devenue plus forte.

 

  ►  Mérinos à la Bergerie Nationale de Rambouillet - cliquer  ► ICI ◄

 

Nous ne pouvons indiquer ici que les contrées où l'entretien est le plus étendu.

 

 

   

   Mérinos de la Beauce

 

Dans la Beauce (infos), cette race précieuse a pour type les beaux animaux de la bergerie de Rambouillet et ceux de quelques cultivateurs habiles qui produisent, louent et vendent des béliers. Surtout remarquables par le volume de leurs corps et le poids de leur toison, ces béliers pèsent jusqu'à 80, 90 kilogrammes à 18 mois, 2 ans, et dépouillent de 5 à 10 kilogrammes de laine en suint: les brebis ont un volume correspondant.

 

 

   

   Mérinos de la Bourgogne

 

Les premiers troupeaux de mérinos importés dans le nord de la France et qui ont donné des résultats suivis, furent introduits à Montbart, en 1766 et 1776, par Daubenton, secondé par le ministre Trudaine. depuis cette époque, de nombreuses importations ont été faites dans cette province.

 

Les parties de la Bourgogne (infos) favorables à l'entretien des bêtes à laine ne se ressemblent ni pour le climat, ni pour la fertilité des terres. Les plateaux du nord-est de l'Yonne (infos), de la Côte-d'Or (infos) sont très propres à nourrir des bêtes à laine superfine, tandis que les plaines plus fertiles conviennent mieux pour les animaux de forte taille.

 

Les cultivateurs avaient cherché à utiliser les dispositions différentes du pays: des mérinos à laine extra-fine tirés de la Saxe, de la Silésie, de Naz, avaient été surtout introduits dans les arrondissements de Tonnerre et de Châtillon; tandis que du coté de Sens on a plutôt tenu au développement de la taille et élevé des mérinos ayant plus de ressemblance avec la race de Rambouillet.

 

Le manufacturier de Château-du-Parc (près de Châteauroux), qui a fabriqué le premier drap de laine superfine indigène, déclarait à Daubenton, après en avoir fait l'essai, que la laine française avait plus de force et de nerf, avec la même finesse à l'œil et la même douceur au toucher, que les laines d'Espagne. Les résultats ultérieurs n'ont fait que confirmer cette appréciation des premières toisons superfines obtenues en Bourgogne.

 

Malgré ces qualités, la production de ces laines tend à diminuer. La difficulté de les vendre avec avantage, le peu de rendement des moutons qui les portent, font donner la préférence aux mérinos forts de taille et à lourde toison.

 

 

   

   Mérinos de la Champagnerace éteinte selon la FAO

 

Par rapport aux bêtes à laine, aucune province n'est plus intéressante ni aussi variée que la Champagne. Dans le sud, les moutons se confondent avec les plus beaux de la Bourgogne. Le milieu nous offre, dans les vallée, de beaux troupeaux, tandis que nous trouvons sur les plaines stériles la plus chétive des anciennes races ovines. Le nord, le département de la Marne, est riche en moutons, qui réunissent le poids du corps aux qualités des toisons.

 

Pour apprécier cette province, il faut tenir compte et des circonstances géologiques favorables au mouton, et de l'influence que le commerce des villes manufacturières de la Marne (infos) et de l'Aube (infos) exerce sur la production des laines.

 

Les habiles producteurs de ce département sentent qu'il n'y a rien à gagner avec les laines de première finesse, mais ils n'en ajoutent pas moins une grande importance à conserver les plus précieux caractères du mérinos; ils recherchent des béliers à corps trapu, à garrot épais, à belles formes et à laine longue telle que la demande les manufactures de Reims; ils tiennent aussi à une peau couverte de laine sur toute son étendue, à un brin fin et à une toison fermée. Si quelques-uns désirent encore une race à cornes, c'est qu'il ne leur est pas démontré que les qualités du mérinos sont bien fixées dans les individus dépourvus de ces organes.

 

 

   

   Mérinos du nord et de l'ouest

 

Le nord de la France est plus propre à produire de la viande et de la laine commune ou intermédiaire que de la laine fine. Il faut nous en féliciter autant dans l'intérêt public que dans celui de ces riches contrées. Cependant nous trouvons dans l'Aisne (infos), l'Oise (infos), le pays de Caux (infos), de très bons troupeaux de mérinos. Mais ces animaux sont plus intéressants par les métis qu'ils produisent que par eux-mêmes.

 

Nous nous bornerons également à mentionner les troupeaux introduits dans le Calvados, la Manche, l'Orne, par quelques riches propriétaires. Ces contrées sont plus généralement favorables au développement de la taille qu'à la finesse de la laine. Le département de l'Eure (infos) est un des plus riches en bêtes à laine, mais elles se rattachent à celles d'Eure-et-Loir (infos), de la Beauce (infos).

 

 

   

   Mérinos du midi de la France

 

Nous avons vu, en parlant des races à laine commune, que la partie orientale du double bassin situé au nord des Pyrénées est surtout propre à produire de belles laines. Dans le siècle dernier, on y avait introduit plusieurs fois des béliers espagnols; aussi la race roussillonnaise a-t-elle été facilement régénérée par les mérinos de la bergerie de Perpignan.

 

Dans le mérinos du Midi, la peau est moins plissée et la taille moins élevée. Au lieu d'être réunis dans les mêmes contrées, comme cela a lieu dans le Nord, les troupeaux en sont disséminés. C'est un inconvénient, ne fût-ce qu'à cause des difficultés de vendre la laine.

 

 

Mérinos d'Arles - cliquer ICI

Mérinos de la Camargue - race éteinte selon la FAO

 

Quoique moins favorables à la production des laines fines, la partie occidentale de ce bassin, la Haute-Garonne (infos), la Gironde (infos), etc., possèdent des troupeaux de mérinos et de métis mérinos, mais ces animaux y sont moins multipliés que dans le bassin de l'Aude.

 

Les mérinos du Languedoc, de la Provence ont par eux-mêmes peu d'importance, on les trouvent trop exigeant en nourriture. Les laines fines y deviendront cependant de plus en plus abondants, et parce que, par les progrès de la culture, par les irrigations dans les Bouches-du-Rhône, les fourrages deviendront plus abondants, et parce que les mérinos purs s'approprieront au pays et qu'ils donneront des métis de plus en plus fins et nombreux.

 

 

   

   Mouton à laine soyeuse - race éteinte selon la FAO

 

Par son croisement avec les races à laine longue et surtout avec des animaux à laine longue, ondulée et d'un éclat soyeux, le mérinos produit assez souvent un lainage brillant qui a certaines ressemblances avec la soie.

 

Cette transformation de la laine s'opère même quelquefois sans métissage. La laine soyeuse est plus fine, si elle est fournie par des mérinos de pure race.

 

Il se produit assez souvent en France des animaux soyeux, mais les propriétaires ne tiennent pas à les conserver. La laine de ces animaux, quoique fine, paraît grosse: un brin de laine brillant est plus voyant et semble plus volumineux. On préfère, et avec raison, les mérinos communs.

 

Monsieur Graux, cultivateur du département de l'Aisne (infos), ayant eu de ces animaux dans sont troupeau, entrepris de les multiplier, et il est parvenu à former une race qu'on désigne par le nom de mérinos de Mauchamp (infos), du nom de la ferme où elle a été produite, ou de mouton soyeux, à cause de la nature de sa laine. Monsieur Yvart a amélioré les formes du mouton soyeux, et l'a employé avec succès pour adoucir la laine des métis anglo-mérinos et pour allonger celle des mérinos communs.

 

Il y a aujourd'hui dans les bergeries d'Alfort, de Gevrolles, des moutons soyeux assez bien faits de corps, se reproduisant souvent sans cornes, à corps couvert de laine jusqu'aux onglons et aux lèvres, mais la laine est en longues mèches pointues formant une toison très ouverte et généralement peu estimée.

 

Cette laine est utilisée pour quelques objets de luxe et payée fort cher, mais il y a peu d'acheteurs, et la vente en serait fort difficile, si elle était produite en forte quantité, à moins qu'on ne trouvât des manières nouvelles de l'utiliser.

 

En s'accouplant avec le mérinos commun, le mouton soyeux donne des produits soyeux mérinos à laine longue, fine , douce, unie, nerveuse et donnant au peigne, d'après des essais qu'a fait faire Monsieur Yvart, plus de cœur que les autres laines; mais le principal avantage du mouton soyeux a été d'adoucir la laine des métis anglo-mérinos et d'allonger, sans la grossir sensiblement, celle des mérinos communs.

 

Les produits soyeux mérinos conservent dans les premiers croisements la mèche carrée et la toison fermée des mérinos, et peuvent être utiles, employés avec précaution, pour hâter la transformation des autres races françaises.

Stott Eduard - Trees

 

  

   Moutons français à laine extra-fine

 

Aujourd'hui, aucune laine de race ovine européenne n'est classée en catégorie extra-fine, la jauge ayant été abaissée à des valeurs comprises entre 15 et 10µ, qui caractérisent les laines de vigogne, de chèvre pashmina, du chiru et du yangir.

 

Nous avons vu, en décrivant les races ovines française, que des laines anciennement considérées comme belles sont classes de nos jours parmi les médiocres et même parmi les mauvaises; celles qu'on considérait comme les premières sont devenues les secondes, quand on a trouvé dans le commerce les qualités supérieures que nous appelons extra-fines, superfines.

 

Les moutons à laine superfine appartiennent à des variétés de la race mérine. Nos forts types mérinos en renferment rarement: des laines du troupeau de Rambouillet ont bien été trouvées plus belles que celles de la race Electorale et de la race de Naz, mais ces faits sont exceptionnels.

 

Le mérinos à laine superfine est généralement à corps petit, à peau fine, sans fanons, à laine courte et peu tassée; la grande finesse ne se rencontre jamais avec la quantité: deux, trois livres de laine en suint, et peu de viande.

 

 

  

   Mérinos de Naz - race éteinte selon la FAO

 

Un seul troupeau à laine superfine se conserve en France. Il renferme un beau type de bête à laine. Entretenu dans l'arrondissement de Gex (infos), il est connu sous le nom de troupeau de Naz, du nom de l'exploitation où il a été créé, et où il a acquis un haut degré de perfection, par les soins habiles de Monsieur Girod de l'Ain (infos) et de Monsieur Perrault de Jotemps.

 

Les animaux en sont petits, trapus, agiles, ardents, à tête forte, pourvue de grosses cornes en spires rapprochées, à peau fine, tendue, sans fanons; à laine en zigzags, courts, rapprochés et réguliers; mèche courte, brins d'une très grande finesse, mais peu tassés; toison légère.

 

Cette race est entretenue l'hiver à la bergerie et l'été sur les montagnes des environs de Genève; elle reçoit au râtelier une ration de foin et de racine très régulièrement distribuée, jamais trop forte; et l'été, elle pacage sur des montagnes où le sol est salubre, l'herbe de bonne nature, mais trop peu abondante pour pousser au grand développement des organes de la peau et de la laine en particulier.

 

Le troupeau de Naz donne des revenus, non-seulement par sa laine, mais encore par les types reproducteurs qu'il fournit en France et à l'étranger. Les soins que les propriétaires ont pris de fixer les caractères de la race, et les résultats remarquables qu'ils ont obtenus, ont donné à ce troupeau une supériorité qui rend toute concurrence impossible.

 

C'est probablement à ces circonstances heureuses que nous devons la conservation; car des nombreux essaims qui en sont sortis, et qui se sont fixés dans la Bourgogne, la Champagne, le Languedoc, le Roussillon, etc., aucun n'a pu trouver des conditions favorables à sa prospérité.

 

A en croire certains agronomes, nos éleveurs sont des barbares. Ils négligent complètement leurs intérêts, et laissent aller annuellement dans les coffres des étrangers des millions qu'ils pourraient très facilement garder pour eux. Les beaux plateaux calcaires de la Beauce, de la Bourgogne, les plaines du Soissonnais, les vallées du Midi, sont mieux disposées que les steppes du Mexique, du cap de Bonne-Espérance, de l'Australie, pour produire les belles laines que nos fabricants tirent de ces lointaines régions.

 

Il y a du vrai dans ce raisonnement; mais une question d'abord. Nos éleveurs laissent-ils perdre l'herbe de leurs chaumes ? Au printemps, sont-ils obligés de jeter à la fosse à fumier leurs betteraves non consommées ? Quand arrive l'époque de la fauchaison, les fenils sont-ils encombrés du foin de l'année d'avant?

 

S'ils font consommer tous leurs fourrages, ils ne pourraient donc produire des laines superfines qu'en abandonnant la production des laines communes, des laines intermédiaires, et en partie celle de la viande.

 

Voilà de qu'elle manière la question doit être posée. Et en l'étudiant, nous trouverions probablement que nos producteurs ont raison de laisser aux terres demi-incultes la production des laines superfines, de même que les propriétaires des environ de Paris trouvent de l'avantage à laisser ceux de la Picardie, de la Normandie, de la Brie, la production du lait pour la capitale, et à transformer en parterres, en maisons de campagne, des terres qui, il y a quelques années seulement, étaient en luzerne, en vesce et en sainfoin.

 

Très peu de viande et très peu de laine, voilà le caractère économique de la race extra-fine. Ajoutons que cette race réclame des précautions minutieuses: soins bien entendus dans le choix des reproducteurs et les accouplements, pas de parc ou très peu, et seulement après la tonte, car la terre rend la laine roide; des bergeries bien tenues, car le fumier et même le gaz ammoniac donne de la dureté à la toison; enfin une alimentation raisonnée est indispensable: la laine devient grosse avec trop de nourriture, et maigre, cassante avec trop peu.

 

Le prix élevé de la laine extra-fine pourrait seul compenser les frais d'entretien des animaux qui la produisent, et cette condition n'existe pas. La consommation de cette laine est très limitée, parce qu'il se trouve peu de personnes qui se servent d'étoffes en laine superfine et qu'elles sont rarement capables d'apprécier ce qu'elle achètent. Il est déjà fort difficile, même avant que la laine ne soit cardée, filée, modifiée par la teinture, de distinguer la fine de l'extra-fine, et quand elle a été manipulée, il faut non seulement être du métier, mais habile dans l'exercice de celui-ci.

Goodwin Albert - Delectable Mountains

Nous n'avons pas besoin d'ajouter que le commerçant qui est en rapport avec les consommateurs, pouvant vendre les étoffes fines et les étoffes à laine mélangées aussi cher que les extra-fines, demande rarement ces dernières au fabricant.

 

Des conditions de production particulières, des terres sans valeur, des fourrages difficiles à vendre, l'impossibilité d'écouler de la viande, pourraient seules permettre l'entretien de troupeaux de première finesse. Des essais ont été faits au cap de Bonne-Espérance, dans l'AMérique méridionale, dans la Crimée, et surtout en Australie.

 

Dans ce contrées peu habitées où la viande est sans valeur, tout semble favorable à la production des laines extra-fines. Et cependant, malgré les importations considérables de béliers des races électorales, de la race de Naz, il arrive rarement des produits bien suivis. Les animaux dégénèrent faute de soins.

 

Dans l'Europe occidentale où les troupeaux pourraient être bien soignés, les conditions économiques ne peuvent permettre qu'exceptionnellement l'industrie des laines extra-fines. Nous n'en exceptons pas même la Silésie, la Moravie, la Bohême, la Sax qui nous envoient ces belles laines dites électorales.

 

Et cependant il y a dans ces contrées bien des circonstances favorables: d'abord la constitution de la proximité en grands domaines y rend l'entretien des animaux plus avantageux que toute industrie agricole, et de tous les bestiaux, les moutons exigeant peu de main-d'œuvre, sont les plus propres à donner beaucoup de produit net; ensuite, la longueur des hivers nécessite un long séjour des troupeaux dans les bergeries et l'abondance des fourrages le facilite; l'étendue des pâturages diminue l'emploi du fumier et restreint l'utilité du parcage; enfin la consommation de la viande peu considérable en rend la vente difficile et doit donner de l'avantage à la production des laines.

 

Malgré toutes ces conditions le mouton à laine superfine donne peu de bénéfice, et l'on trouve dans ces contrées beaucoup plus de troupeaux communs que de troupeaux fins.

 

 

   

   Recherche mérinos d'Arles de première mérinisation

 

C'est l'annonce qui aurait pu-être publiée, fin des années 1980, à la demande de Pierre Brun, actuel Président de la Manufacture lainière Brun de Vian-Tiran (infos) à l'ISLE-SUR-SORGUE (84808), conscient qu'il avait à sa porte la plus fine laine du pays et sans doute au-delà.

 

Dans son livre "Une manufacture lainière en Provence" (infos) paru en juin 2008, aux éditions Equinoxe, Pierre Brun, relate comment son ami Claude Gutapfel, négociant en laines, identifia deux éleveurs de mérinos d'Arles, dont les ovins présentaient une finesse de laine caractéristique des mérinos de première mérinisation.

 

Pages 59 et 60 :

 

Un détail de grande importance devait un jour attirer mon attention. Jusque là je n'y avait pas prêté grand intérêt et cependant, à plusieurs reprises, j'avais entendu parler des croisements qui étaient intervenus dans les années 1930. Pour produire d'avantage de viande -et de laine- les éleveurs avaient introduit des races bouchères.

 

Je savais que ce facteur d'amélioration de la quantité n'était pas compatible avec les qualités de finesse de la laine. J'en déduisis que la laine Mérinos d'Arles telle que nous la connaissons aujoud'hui n'était plus le Mérinos de la première mérinisation voulue par Louis XVI et que notre finesse habituelle de vingt-deux à vingt-trois microns devait être en recul sur la finesse d'origine.

 

Je fis part de cette déduction primaire à Claude Gutapfel qui ne me contredit pas. D'autant moins qu'il ne vit pas tout de suite où je voulais en venir. La question suivante devait le déranger par sa brutalité, ce n'était pas vraiment une question : je me risquais à dire à Claude : "Il faut retrouver la race d'origine : le Mérinos de 1786".

 

Autant chercher une aiguille dans une botte de foin! "Je compris que ma demande n'était pas réaliste et j'en restait là". Nous étions en 1990.

 

J'ai d'abord harcelé Claude Gutapfel. Retrouver cette laine était devenu pour moi une obsession. Qu'elles soient professionnelles ou amicales, chacune de nos rencontres se terminait dans un éclat de rire. Il m'est arrivé de pousser l'outrecuidance jusqu'à lui demander "où en est-on?". Avec du recul je réalise que mon insistance sans limite n'avait d'égale que l'amitié qui se développait entre nous.

 

Claude avait installé ses ateliers dans de nouveaux locaux et disposait d'une plus grande place de stockage. Il réussit à classer les lots des éleveurs et chemin faisant il s'informait sur la filiation des troupeaux.

 

Début 1997, il nous invite à visiter ses installations. Et là, grande surprise, deux lots bien distincts sont devant nous. Ils ont été analysés moins de vingt microns.

 

Claude Gutapfel avait retrouvé le Mérinos d'Arles Antique chez deux éleveurs : André Eychennes et Gilles Audemard.

Pierre Brun Président de Brun de Viant-Tiran et M. André Eychenne

Il est facile d'imaginer ce que fut notre joie...remplis d'espoirs et de projets nous rentrâmes à l'Isle-sur-Sorgue bouillonnants de cogitations : qu'allions nous produire pour mettre en valeur - c'est notre vocation - une laine si fine, sans doute la plus fine d'Europe ?

Stott Eduard - The Fold

 

  

   Choix du mouton

 

   

   Avantages des belles laines

 

La spéculation des nourrisseurs de moutons est base, ou sur la production des laines, ou sur l'engraissement; la première est surtout pratiquée dans les contrées pauvres et l'autre dans les riches terres où la culture est active.

 

Mais ces deux branches de l'industrie ovine tendent à se confondre, à se réunir dans les contrées peu fertiles, à mesure que l'agriculture fait des progrès. Ce changement est au désavantage des pays riches qui jadis engraissaient presque exclusivement: d'abord parce que les animaux maigres sont plus chers qu'anciennement et ensuite à cause de la concurrence plus générale.

 

Cette dernière, à la vérité, a peu d'influence, car la consommation augmente plus rapidement que la production. Il y a de nos jours aux marchés de Sceaux 10, 15, jusqu'à 20 000 moutons, et ils se vendent aussi facilement que les 1 200 ou 1 500 qui y arrivaient il y a 40 ans.

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Dans le choix du mouton, il faut avoir égard à l'état de santé, à la taille, au tempérament, aux formes et à la laine.

 

1°)  Le bélier qui jouit d'une bonne santé est fort et agile; il a une marche assurée, se tient en tête du troupeau, et se défend avec vigueur quand on le saisit.

 

Il a l'œil vif, un peu humide, la face interne des paupières et la conjonctive rose, parcourue par des vaisseaux bien apparents. La peau, dans les animaux blancs, a une teinte rosée; la laine s'arrache difficilement; une fois arrachée, elle est forte, résistante. Nous avons en vue ici l'indication des signes de la pourriture qui, même au début, rend les animaux faibles, les membranes muqueuses pâles, celle de l'œil en particulier, la peau terne et la laine facile à arracher, si elle ne tombe pas spontanément.

 

2°)  La taille ne mérite pas l'importance qu'on lui attribue. Les moutons consomment en proportion de leur poids, de sorte qu'on produit autant de viande avec de petits animaux qu'avec des grands. Avec les premiers on peut en produire sur des terres stériles, sur des bruyères où ne sauraient s'entretenir des bêtes de forte taille.

 

Mais comme les frais pour soigner les troupeaux augmentent avec le nombre d'animaux dont ils sont composés, on choisira des moutons en rapport, par leur taille, avec la fertilité des terres: de fortes tailles dans les herbages fertiles, cependant plutôt trop petits que trop grands.

 

Pour la production de la laine, l'avantage est en faveur des petits animaux; ils donnent un produit souvent plus fin, et toujours plus abondant: deux moutons pesant chacun 25 kilogrammes fournissent plus de laine, pour une quantité donnée de nourriture, qu'un seul du poids de 50 kilogrammes.

 

Le développement considérable du corps n'est un indice constant de bonnes qualités, que lorsqu'on le remarque sur quelques individus d'un troupeau dont tous les animaux ont été élevés et nourris de la même manière: le poids considérable réuni à une belle conformation est alors un signe de la grande disposition des animaux à s'approprier la nourriture.

 

3°)  Quoique bien portant, le mouton doit être mou et paresseux. Après avoir pris son repas, il doit se coucher au lieu d'agir. C'est ainsi qu'il prend beaucoup de viande. Cette disposition se remarque dans les races précoces, disposées à l'engraissement. On donnera la préférence aux animaux qui la présentent quand on aura des fourrages à faire consommer au râtelier, des pâturages bons et peu éloignés de la bergerie, et un climat doux et tempéré.

 

Mais il sera préférable d'avoir des bêtes vives, alertes, vigoureuses, quand elles devront aller chercher leur nourriture dans des pâturages peu fertiles, éloignés de la ferme, et à l'action d'un froid vigoureux ou d'une chaleur intense. Elles donneront moins de produits que des bêtes molles, mais elles seules peuvent résister à ces conditions et utiliser de pareils herbages.

 

4°)  Par l'examen des formes, on peut pressentir l'aptitude des animaux à se bien nourrir, leur disposition à produire beaucoup de viande là où se trouve la meilleure, et, jusqu'à un certain point, la quantité, sinon la nature de la laine.

 

Une grande aptitude à se nourrir résulte d'abord, comme nous venons de le dire, de la propension des animaux à ne pas faire de mouvements inutiles; elle dépend aussi d'une bonne organisation des organes digestifs et de l'appareil respiratoire.

 

Un volume moyen du ventre est le meilleur signe d'une digestion facile chez le mouton. Le grand développement de cette région, trop fréquent dans nos races, indique l'usage longtemps continué d'aliments médiocres ou mauvais; il se rencontre presque toujours avec un dos ensellé, occasionné par le poids des viscères abdominaux, et avec un système musculaire peu développé.

 

C'est la respiration qui donne aux matières élaborées par le poumon la faculté de pouvoir être employées à l'accroissement des organes; et on juge de l'activité de cette importante fonction par le volume des viscères qui l'exécutent, par la capacité de la cavité pectorale.

Goodall P. - Shepherdess and Her Flock at Eventide

L'ampleur de la poitrine s'annonce par un corps cylindrique, une côte ronde, un poitrail large, bien sorti, un garrot épais, un dos bien soutenu, des régions costales prolongées en arrière, ce qui rend le flanc étroit.

 

Dans le mouton à grande poitrine, les membres sont bien écartés, mêmes les postérieurs, et la région sternale est large: on juge de la belle conformation de cette partie, en explorant le dessous du corps avec la main et en renversant le bélier.

 

Des lombes larges, indice, nous allons le voir, de beaucoup de bonne viande, supposent aussi l'ampleur des organes respiratoires, car la largeur des lombes existe toujours avec un grand développement de la partie supérieure du corps, et partant, avec la rondeur des côtes et l'épaisseur du garrot. Beaucoup d'acheteurs se contentent de palper les lombes pour juger des qualités d'un bélier.

 

Comme dans le cheval, un chanfrein étroit, busqué; des naseaux peu ouverts se rencontrent avec une poitrail enfoncé, des membres rapprochés, et une poitrine resserée; tandis que la tête droite en avant, le bout du nez fort, le chanfrein épais, indiquent des voies aériennes larges.

 

Les animaux de boucherie doivent avoir beaucoup de viande et peu d'issues, et la viande doit se trouver en plus grande quantité là où elle est de qualité supérieure.

 

Avec un corps trapu, épais, cylindrique, à dos bien soutenu, bas sur jambes, un abdomen peu développé, une tête fine, des os grêles, des membres fins, les animaux donnent une grande quantité de viande nette: il suffit même, pour juger de cette qualité, d'examiner la tête et le oreilles : l'épaisseur des oreilles est un indice de la grosseur des os, car il y toujours un rapport de volume entre le système osseux et le système cartilagineux.

 

Mais il faut encore que la viande de bonne qualité soit relativement abondante, elle se trouve à la croupe, aux fesses, aux cuisses et à la région lombaires; la plus mauvaise aux jambes, au flanc, à la partie inférieure des côtes, à l'encolure et à la tête. Un mouton à jambes courtes, à cuisses descendant près des jarrets, à tête fine, à encolure grêle, à lombes larges, donnera de bons filets, de lourds gigots et peu de basse viande.

 

Remarquons qu'avec cette conformation, les animaux doivent être peu disposés à parcourir de grands trajets. Nos races de montagnes avec leurs jambes longues, leurs articulations grosses, leurs jarrets larges sont préférables pour aller chercher leur nourriture dans les pâturages escarpés. Elles donnent moins de produits utiles, c'est vrai, mais elles s'entretiennent avec des aliments sans valeur.

 

Quelques cultivateurs recherchent encore la présence des cornes. Pendant longtemps on a considéré ces organes comme un des caractères constants de la race mérine, et partant, des animaux propres à donner de bons produits en laine. Nous savons aujourd'hui que des moutons dépourvus de cornes ont de très bonnes toisons, tandis que d'autres dont la laine est très mauvaise en sont pourvus.

 

Nous ne devons plus considérer les cornes que comme des organes inutiles, ne donnant pas un produit en proportion de la nourriture qu'ils absorbent, et comme nécessitant des os épais, une tête grosse et une encolure forte pour les soutenir.

 

Il est donc à désirer que les moutons en soient dépourvus; mais si elles existent, elles doivent être en spirales rapprochées. Des cornes droites, ou seulement à contours écartés, indiquent une laine droite et souvent grosse, dure : il y a un rapport entre la direction des brins de laine et celle des cornes.

 

La peau dans le mouton est bien tendue ou ample, formant des plis, des fanons. Ces plis augmentent l'étendue de la peau et le poids de la toison; mais la peau est épaisse sur ces plis, et fournit une laine grosse, dure, comme jarreuse, parce que les bulbes qui produisent le brin ont un volume relatif à l'épaisseur de la membrane qui les renferme. Les mérinos sans fanons donnent moins de laine, mais on les préfère cependant, parce que les toisons sont mieux suivies, plus égales et en général plus fines.

 

5°)  Quelle que soit la race de moutons que l'on possède, le choix, par rapport à la laine, est de première importance.

 

Non-seulement dans les grandes divisions de moutons, mais dans toutes les races, existent des différences considérables dans la valeur des toisons. En améliorant la laine, il serait facile d'augmenter considérablement la valeur, et aussi le revenu des troupeaux, sans changer la nature des animaux.

 

Dans le choix du mouton il faut avoir égard à l'ensemble de la laine ou à la toison et à la qualité des brins considérés isolément.

 

La toison doit s'étendre sur tout le corps, couvrir le ventre, les membres et en grande partie la tête. Nos moutons varient à cet égard considérablement; c'est dans les anciennes races indigènes, à laine grosse, que nous trouvons le moins de laine.

Lawson Cecil G - Chelsea Pastoral

Pour l'engraissement on recherche les moutons à tête et à ventre nus, parce qu'ils appartiennent à des races qui prennent facilement la graisse et que dans tous les troupeaux, les animaux mauvais pour la laine sont les meilleurs pour la boucherie: la nourriture ne peut pas produire à la fois et de la viande et du lainage.

 

Mais les éleveurs qui conservent leurs animaux plusieurs années, les tondent plusieurs fois, doivent raisonner différemment: ils trouvent amplement sur la plus-value de la tonte une compensation à ce que les animaux peuvent rendre en moins quand ils sont vendus pour être engraissés ou livrés à la boucherie.

 

Presque toujours, quand la laine recouvre tout le corps, les brins sont rapprochés: elle est tassée et la toison lourde. Ce n'est donc pas pour la petite quantité de laine d'ordinaire plus grosse et souvent jarreuse, qui recouvre la tête, le ventre, et les jambes qu'il faut rechercher des bêtes bien laineuses; c'est parce que la présence de la laine sut tout le corps indique que ce produit est partout abondant et de bonne qualité. C'est dans les bêtes laineuses que le brin est fin, doux et élastique.

 

D'après la disposition de la laine on distingue les toisons fermées et les toisons ouvertes. Dans les toisons ouvertes, les mèches, formées par le rapprochement des brins sont pointues; elles sont carrées, comme tronquées, dans les toisons fermées.

 

Quand les toisons sont fermées, les mèches carrées, la laine reste plus propre à l'intérieur; elle se dessèche moins et conserve mieux sa souplesse. Le parcage, le contact avec la terre, de la litière et du fumier nuisent considérablement aux toisons ouvertes.

 

Les laines courtes sont en mèches carrées et forment des toisons fermées. A mesure que les brins deviennent plus longs, ils tendent à s'écarter à leur extrémité libre. Cependant l'état de la surface des toisons ne dépend pas seulement de la longueur de la mèche. Certaines qualités de laine, la mérinos, tendent à former des toisons fermées.

 

Dans l'étude des brins considérés isolément, il faut avoir égard à la finesse, à la douceur, à la souplesse, à la force, à l'élasticité, à l'uni, à l'égalité des brins, à leur aspect frisé, lisse ou cotonneux.

 

Ces qualités plus ou moins prononcées distinguent la laine du poil lisse, uni droit, roide, peu extensible qui recouvre les chèvres, le mouton sauvage, et quelques mauvaises races domestiques. Ce poil ne peut pas se feutrer. Il en existe très peu dans les laines des bonnes variétés mérinos; on l'appelle jarre.

 

D'après le degré de finesse du brin on distingue la laine en superfine, fine, moyenne ou intermédiaire, commune ou grosse.

 

Les distinctions sont faciles à établir quand on examine les types de chaque catégorie, mais bien difficiles quand on arrive aux différents degrés de chaque type. L'habileté à cet égard ne peut résulter que de la pratique.

 

On reconnaît la douceur en examinant la laine réunie en grosses mèches; elle est en rapport avec la finesse et la souplesse de la laine. C'est une propriété qui rend les étoffes agréables et susceptibles de bien préserver du froid et de l'humidité.

 

La souplesse de la laine dépend beaucoup de la finesse, mais elle est subordonnée aussi à l'état des moutons. Lorsque ces animaux jouissent d'une bonne santé, qu'ils ne sont ni trop gras, ni trop maigres, que la peau est moite, que les fonctions de cette membrane sont actives et le suint abondant, la laine est moite, souple; elle est roide quand elle est grosse, quand les animaux fins gras ont une épaisse couche de graisse qui isole la peau et en diminue l'activité; roide encore quand les animaux sont mal nourris ou malades.

 

La souplesse tient moins à l'état de la laine que les qualités précédentes. Les opérations qu'on fait subir aux toisons après la tonte, les divers procédés de lavage, la teinture, peuvent même la modifier, l'affaiblir.

 

C'est en partie de la souplesse de la laine que résulte le moelleux des étoffes.

 

Le parcage, le fumier, l'air impur chargé de vapeurs ammoniacales, les bergeries mal tenues diminuent la souplesse de la laine: la chaleur douce et humide, les bergeries propres, aérées lui sont favorables.

Hedin Sven - Through the Heart of Tibbet (1908)

On dit que la laine est forte quand elle résiste aux efforts qui tendent à la rompre. Cette précieuse qualité dépend de l'état de santé ou de maladie, de la nourriture et de la manière dont les animaux sont tenus.

 

Les privations, les maladies, rendent la laine faible.

 

Si un mouton tondu en juin est mal nourri ou devient malade en décembre, on remarquera à la tonte suivante que la laine est plus mince et plus faible vers son milieu; c'est à dire vers la partie qui a poussé à l'époque où la nourriture était mauvaise ou l'animal malade.

 

Non seulement les brebis nourrices donnent moins de laine que les béliers, les moutons et les brebis infécondées, mais elles la donnent plus faible; celle qui a été produite pendant l'allaitement et au moment du part, surtout si cette opération a été pénible, est toujours moins résistante.

 

On appelle à deux bouts, la laine faible dans son milieu. Elle est de qualité inférieure, les outils la rompent pendant la préparation.

 

Toutes les causes qui rendent la laine roide: le défaut d'aérage, le manque de litière, le repos sur la terre, diminuent sa force, mais le grand air, la liberté, les bons pâturages l'augmentent.

 

La force de la laine se trouve jusqu'à un certain point en rapport avec sa grosseur; car ces circonstances que nous venons d'indiquer, et qui augmentent la ténacité de la laine, la rendent grosse, ferme et même dure.

 

Hâtons-nous d'ajouter cependant, qu'il ne faudrait pas juger de la force de la laine par la grosseur du brin, car on trouve souvent des troupeaux fins, dont la laine est plus forte que celle des animaux communs de la même contrée.

 

L'extensibilité et l'élasticité sont les deux propriétés qui contribuent le plus peut-être à caractériser la laine et à faire reconnaître celle qui est de bonne qualité. La laine lisse, droite, en mèches pointues des mauvais moutons, peut s'étendre à peine; celle des mérinos s'allonge considérablement quand on l'étire et revient ensuite complètement sur elle-même.

 

Ces deux qualités de la laine dépendent de beaucoup de circonstances, principalement des ondulations, de la direction des angles des zigzags que forment les brins. Si ces zigzags sont nombreux et petits, le brin s'allonge beaucoup, et revient fortement sur lui-même quand la force de tension a cessé.

 

Une laine extensible et élastique forme des étoffes souples, agréables et de longue durée.

 

C'est à leur élasticité que les laines doivent de pouvoir se feutrer, de former des draps qui sous l'action du foulon deviennent moelleux et épais.

 

On recherche la longueur dans la laine parce qu'elle rend ce produit susceptible de remplir certains usages particuliers et parce qu'elle augmente le poids des toisons. La laine frisée, ondulée paraît courte; il faut l'étendre pour connaître sa longueur réelle, supérieure à sa longueur apparente.

 

Pendant longtemps les laines longues de sept à huit centimètres au moins pouvaient seules être peignées et servir à la confection des étoffes rases; elles avaient à cause de cela plus de valeur.

 

Mais nous avons vu que de nos jours les procédés de peignage ont été considérablement perfectionnés et qu'on peut peigner presque toutes les laines, même les plus courtes.

 

Il est à désirer que tous les brins de laine présentent la même longueur. Quand cette condition existe, les mèches au lieu d'être pointues sont comme tronquées: elles sont carrées et les toisons fermées: c'est, avons-nous dit, un grand avantage.

 

Soumises à l'action du peigne, ces laines donnent beaucoup de cœur et peu de blouse : celle-ci rst produite par des brins naturellement courts et par ceux qui se brisent sous l'action du peigne.

 

Demandons pour dernière condition, que la laine soit autant que possible uniforme sur les diverses parties du corps.

 

Les connaisseurs distinguent sur chaque animal trois, quatre, cinq, six qualités de laine. La plus belle est sur l'épaule, la plus mauvaise sur la queue et les cuisses. Les différences entre ces qualités varient beaucoup; elles sont moins sensibles dans les très bonnes bêtes et dans les très mauvaises.

 

C'est surtout dans l'intérêt du cultivateur qu'il ait à désirer que les laines soient uniformes; car les marchands, les manufacturiers, achètent en se guidant sur la mauvaise ou la médiocre qualité. Ils font ensuite opérer le triage à leur profit.

 

Dans les troupeaux d'une même race, il y a moins de différence que dans ceux qui sont formés de bêtes appartenant à divers types.

 

Ainsi dans les troupeaux des Arabes où nous trouvons à la fois des moutons qui pourraient presque être classés dans nos cinq sections, les toisons sont quelquefois formées de laines fort différentes. Les troupeaux neufs de l'Australie n'offrent pas de lainage disparate que nous remarquons en Afrique.

 

Dans le mouton sauvage, au lieu de laine, nous trouvons un poil gros, lisse, roide, mêlé à une très petite quantité de duvet ou de laine. Parmi les moutons domestiques, nous avons des races qui ressemblent à leurs congénères sauvages, par la nature de leur pelage et d'autres où le poil grossier a complètement disparu. Dans la plus grande partie des races cependant, nous trouvons les deux natures de poil, mais la laine est en grande prédominance.

 

Même une petite quantité de poil déprécie les toisons. Quand il en existe peu, c'est à la queue, sur les cuisses, les fesses, sur les grands plis de la peau, à l'encolure.

 

Relativement au mélange de la laine et du jarre, nous pouvons faire la même observation que pour la diversité des laines. Il y a en Afrique et dans nos montagnes des moutons qui, avec une laine passable, ont une très grande quantité de jarre. Le défaut de soins dans les appareillements explique ce mélange qui déprécie complètement les toisons.

François Millet - Shepherd, Craftsman

 

  

   Avantage des bêtes ovines à laine fine

 

Pour produire de bonnes étoffes, les brins de laine doivent être fins, doux, souples, extensibles, tenaces et élastiques.

 

Mais de toutes les qualités, la finesse est la plus précieuse. D'abord elle suppose presque toutes les autres et ensuite elle est une des conditions sans lesquelles les étoffes sont d'un mauvais usage.

 

Douce et fine, la laine se file bien. Tissée et soumise au foulon, elle se feutre et forme des étoffes serrées, moelleuses, peu perméables, sans cesser d'être souples. Ces étoffes sont les plus propres à préserver du froid et de l'humidité.

 

Notons surtout, c'est moins connu, qu'elles durent plus longtemps que les étoffes fabriquées avec des laines grossières. Plus les mailles, les fils d'une corde sont fins et nombreux, plus la corde, pour un diamètre donné est résistante. De même les fils de laine sont d'autant plus résistants qu'ils sont formés de brins plus fins et partant plus nombreux et mieux appliqués.

 

L'extensibilité, la souplesse, l'élasticité des laines donnent encore aux étoffes de très précieuses qualités. Un tissu fait avec une laine souple et élastique, transformé en habit, s'étend pour suivre les mouvements du corps, est souple, toujours bien appliqué, mais sans cesser de résister aux efforts qui le tiraillent et revient sur lui-même aussitôt que le tiraillement à cessé. Avec une pareille étoffe, un habillement ne se déforme que lorsqu'il est usé.

 

Nos cultivateurs tiennent peu à avoir des étoffes, belles, lustrées, douces au toucher; ils n'ajoutent même qu'une importance médiocre à ce qu'elles les préservent bien du frois et de la pluie. Ils considèrent, mal à propos, la finesse, le moelleux comme des qualités de luxe qu'il faut acheter au dépens d'une qualité plus réelle, de la résistance à l'usure.

 

S'ils étaient convaincus que leur bas et leurs vêtements confectionnés en laine fine feraient plus d'usage, qu'en rendant leurs moutons plus fins, ils pourraient doubler la quantité de leur laine, les petits lots de moutons disséminés dans le Perche, l'Anjou, le Limousin, le Quercy, le Rouergue, le Vivarais, seraient en peu de temps complètement transformés.

 

Ce que nous disons des étoffes en général semble contraire à ce qu'on observe ordinairement. Les draps fins, souples, du commerce font moins d'usage que les étoffes faites avec nos laines communes par les cultivateurs, c'est vrai; mais cela dépend de ce que les draps du commerce, souvent brûlés par la teinture, sont en outre fabriqués trop légèrement. Le fabricant cherche à économiser la matière et fait subir à ses étoffes, pour les rendre plus belles, des opérations qui en diminuent la force de résistance et les rendent faibles.

Giotto - Shepherds from Joachim's Dream

Mais si nos cultivateurs livraient à leur tisserand, au lieu de leurs laines grossières, des laines fines, leurs étoffes feraient beaucoup plus d'usage.

 

Nous insistons sur cette qualité des laines fines, qu'ont bien démontrée Monsieur Girod de l'Ain et Monsieur Perrault de Jotemps. Elle n'est pas suffisamment appréciée par les habitants des campagnes. S'ils en comprenaient l'utilité, ils donneraient plus de soins à l'amélioration de leurs bêtes ovines.

 

Mais nous pourrions dire encore en faveur de l'amélioration des moutons qu'avec un certain poids de laine fine on produit un fil plus long et de même force qu'avec la même quantité de grosse laine; qu'on fait une étoffe plus belle, plus douce, plus solide et qu'on en fait une plus grande quantité.

 

Et nous pourrions ajouter : de tous les moyens propres à prolonger la vie, à prévenir les plus mortelles comme les plus douloureuses maladies : la phtisie pulmonaire, les rhumatismes, aucun n'est aussi efficace qu'un vêtement de laine : il préserve de l'humidité extérieure et absorbe celle qui est fournie par le corps, garantit du froid tout en conservant la chaleur de nos organes, et ces effets sont d'autant plus marqués que la laine est plus souple, plus fine et plus douce.

 

L'indifférence de nos cultivateurs pour leur bien-être n'est pas la seul cause qui s'oppose à l'amélioration de nos moutons. Nous devons signaler aussi l'influence du commerce qui agit surtout sur la moyenne propriété.

 

Les marchands qui achètent les laines dans les campagnes méconnaissent souvent la valeur des belles qualités et ils sont intéressés à les déprécier. Ils ne font quelquefois aucune différence entre des laines qui valent 25, 30 % de plus les unes que les autres.

 

Cette ignorance ou cette mauvaise foi répand l'indifférence parmi les cultivateurs et nuit autant à l'industrie qu'à l'agriculture.

 

Et cette cause ne cessera que lorsque l'amélioration des laines sera généralisée. Le cours de la marchandise s'établira alors sur les belles qualités dominantes. C'est ainsi que dans la Brie, dans la Beauce, lors des premiers mérinos, des premiers métis, les marchands en payaient la laine à peine plus cher que celle de l'ancienne race du pays; tandis qu'aujourd'hui les diverses qualités des métis mérinos sont distinguées et diversement payées, quoiqu'elles ne diffèrent que de quelques centimes par demi-kilogramme.

 

Nous le verrons, l'amélioration n'offre aucune difficulté par elle-même et ne nécessiterait aucune dépense que ne puisse faire le plus petit des cultivateurs; car il n'est pas nécessaire pour produire un grand résultat d'acheter des reproducteurs de prix, ni de chercher des races d'un entretien difficile, il suffit de savoir choisir parmi les animaux qu'on élève les moins défectueux, pour les employer à la reproduction, ou tout au plus d'acheter, auprès d'un voisin, un animal plus parfait que ceux que l'on possède.

Robinson H. P.

 

  

   Amélioration des moutons

 

Nos races ovines diffèrent beaucoup les unes des autres par les qualités de leur laine, et le plus grand nombre ont besoin d'être améliorées : si nous avons la première race par la finesse, celle de Naz, nous avons aussi la dernière, celle d'Oléron.

 

Elles sont remarquables par leur rusticité et par leur excessive sobriété. Quelque-une se distinguent par les qualités de leur viande, et d'autres par la quantité qu'elles en fournissent.

 

Mais elles sont peu précoces, tardives même, et laisse à désirer pour les formes: elles ont la poitrine étroite et les os trop volumineux.

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Nous pouvons les améliorer par les soins, le régime; par le choix des reproducteurs et de bons appareillements; enfin par le croisement.

 

1°)   C'est par les soins, par le régime seulement, que nous pouvons élever la taille des races trop petites; c'est par une nourriture abondante et de bonne nature distribuée dans le jeune âge, que nous pouvons aussi produire la précocité, en rendant le corps trapu et les muscles volumineux.

 

Les soins peuvent changer la nature de la laine. Le séjour dans une bergerie bien tenue la rend douce, souple, tandis que le parcage sur les terres labourées la rend dure. Sous l'influence du grand air, du froid, elle devient élastique; elle devient forte et tend à grossir, quand les animaux sont abondamment nourris.

 

Quoique efficaces, les soins, le régime, dont il ne serait pas possible de donner les détails, ne peuvent être utiles que pour conserver les qualités que possèdent les animaux; à ce point de vue, ils sont d'une nécessité absolue. Mais quand on a reconnu la convenance d'améliorer une race, il faut mettre en usage des moyens plus expéditifs.

 

2°)  On appelle appareillement l'accouplement d'un mâle et d'une femelle dont les qualités et les défauts se compensent. Combiné avec le régime, ce moyen pourrait produire toutes les améliorations possibles.

 

L'appareillement, comme moyen d'amélioration, est plus efficace dans le mouton que dans les autres animaux domestiques. Les produits d'un troupeau un peu considérable sont toujours variés. Dans le nombre, il s'en trouve constamment qui présentent beaucoup plus que les autres la qualité que l'on veut propager; il suffit de savoir les reconnaître, les choisir et les conserver.

 

Ainsi, dans les races à laine grosse, il se trouve toujours des agneaux et des agnelles dont la laine est passable; il suffirait de les employer exclusivement à la reproduction, pour imprimer aux races de la Flandre, de l'Artois, de la Picardie, de la Normandie, de la Vendée, du Limousin, du Poitou, une grande amélioration.

 

Dans le mouton à laine intermédiaire et à laine fine, l'appareillement pourrait rendre également de grands services; c'est par ce moyen seul qu'on a pu conserver les laines extra-fines. Mais l'emploi en est moins aisé que dans les races communes, parce qu'il est plus difficile de reconnaître les meilleurs animaux. Tout le troupeau se ressemble davantage.

 

D'après les recensements, nous avions en France, en 1829, 30 millions de moutons dont 24 millions de races communes. Sur ce nombre, 10 millions appartenaient aux races inférieures, donnant par individu 1.5 kilogramme de laine.

Duhem H. - Troupeau dans la Dune

En comparant l'étendue de la petite propriété à celle de la grande; en tenant compte aussi de la quantité de moutons à laine grossière conduits sur nos marchés, nous dirons que ce nombre, 10 millions, doit exister encore. L'augmentation et la grande amélioration qui ont en lieu depuis ont porté sur les 8 millions d'indigènes supérieurs et les 6 millions d'indigènes moyens.

 

Il serait facile de doubler le poids de la toison de ces 10 millions de moutons, de doubler aussi la valeur de la laine, et de quadrupler ainsi une partie du revenu des petits cultivateurs.

 

A la vérité, cette somme ne serait pas réalisée en totalité, parce qu'une partie de la laine employée pour l'usage personnel des membres de la famille, mais l'on en vendrait davantage à mesure que le poids des toisons augmenterait, et n'est-ce rien que d'avoir, au lieu de bas et de vêtements semblables à des nattes de crins qui laissent passer le froid et l'humidité, des vêtements moelleux, souples, imperméables, qui vous abritent contre les intempéries et vous préservent des plus graves maladies.

 

Répétons-le, pour produire ces grands résultats, aucun sacrifice n'est nécessaire. Il suffit au cultivateur de savoir apprécier les qualités de la laine, de choisir les meilleurs animaux pour la reproduction, de ne pas conserver, comme cela se pratique aujourd'hui, tous ses agneaux entiers jusqu'à l'âge de un an au milieu des brebis. Il est indispensable, sinon de tenir le bélier isolé hors du temps de la monte, au moins de faire couper à temps les plus mauvais agneaux.

 

Il existe, avons-nous dit, parmi les mérinos et surtout parmi les métis, des sous-races extrêmement remarquables par la quantité de leur viande et la valeur de leurs toisons. Elles sont nouvelles. On aurait pu les créer, à coup sûr, aussitôt après l'introduction des mérinos.

 

C'est aux bergeries de l'Etat et aux particuliers producteurs de béliers que nous devons ces grandes améliorations. Mais le progrès serait beaucoup plus rapide si chaque éleveur produisait ses béliers, parce qu'alors, au lieu d'élever tous les agneaux bons et même tous les passables, qui naissent dans un troupeau, ainsi que le fond les producteurs de béliers, on n'élèverait que les individus les plus parfaits.

 

3°)  Il est plus facile d'améliorer la laine par le simple appareillement des animaux d'un troupeau que de changer les formes et la précocité.

 

La constitution, le tempérament jouent moins que le lainage; on trouve rarement, surtout parmi nos anciennes races de moutons, des individus qui, différant beaucoup des autres par la conformation, puissent être employés pour améliorer la race.

 

C'es par le croisement qu'il faut perfectionner les moutons à ce point de vue, mais en cherchant à rendre la laine plus belle de manière à produire un triple résultat: corps mieux conformés, engraissement plus facile et toison meilleure.

 

Nous possédons les moutons les plus parfaits du monde. Aucune race ne présente, à un degré aussi éminent que quelques-uns de nos métis mérinos, l'ensemble des qualités que nous recherchons dans les bêtes à laine: constitution rustique, viande abondante, toison lourde, laine fine, longue et nerveuse. Si un seul éleveur avait créé ces animaux merveilleux, il serait à cent coudées au-dessus de Backewell, avec son bélier qui, malgré une conformation admirable, n'est qu'une pelote de mauvaise graisse enveloppée de crin.

 

Et ici nous ne parlons pas de quelques lots de choix élevés exceptionnellement en vue du concours, nous parlons de moutons conduits par centaines à tous les marchés de Sceaux et de Poissy, et cela toute l'année durant.

 

Au lieu d'avoir été produits par un seul, ces belles races sont le résultat heureux des efforts d'un grand nombre; elles sont peut-être exclusivement le résultat de la force des choses, des progrès agricoles ! Qu'importe, sachons les utiliser.

 

Ces animaux si remarquables, du reste, ne sont pas parfaits: ils pourraient être plus précoces et mieux conformés.

 

Il y a, c'est incontestable, un grand avantage à ne pas laisser vieillir son troupeau.

 

Mais est-il bien important de tenir à une très grande précocité ? Quand on a des moutons qui dépouillent par an 8, 10, 12 francs de laine, qui augmentent sans cesse de poids, qui acquièrent de plus en plus de suif, dont la viande gagne annuellement en qualité 3, 4, 5 centimes par 500 gramme; y a-t-il donc si grande perte à les conserver trois ans et demi, quatre ans même ?

 

En renouvelant plus souvent le troupeau, ne perd-on pas par la diminution de leur valeur, par la dépréciation de leur toison, par les soins que nécessitent les agneaux, le bénéfice que les moutons donneraient en plus ? Nous ne sommes pas dans les mêmes conditions que les possesseurs des races anglaises dont la laine, sans exception, n'a pas de valeur.

 

Du reste, il serait facile d'augmenter la précocité de nos moutons par l'élevage et par le croisement; n'oublions pas cependant que cette qualité ne peut être conservée que par l'emploi continuel des soins qui la produisent. Elle se donne surtout par la race, c'est vrai, mais elle ne se conserve que par des soins continus. Nous n'avons jamais compris une race précoce, sobre, robuste à la fatigue et de facile entretien; bien des personnes pensent comme nous, après avoir vainement cherché cette race.

 

Nos moutons, avons-nous dit, laissent à désirer quant aux formes; plusieurs ont des cornes qui leur sont inutiles et nécessitent une grosse tête; dans d'autres le cou, cette partie qui fournit de la viande si mauvaise, est trop grand et la poitrine trop serrée.

 

Par des appareillements bien entendus et un bon régime, ces défaut pourraient disparaître et ils diminueront à mesure que les éleveurs, devenant plus habiles, choisiront mieux les reproducteurs; mais c'est par les croisements qu'on peut les combattre avec le plus d'efficacité, car les améliorations qui tiennent aux formes sont de celles qui s'obtiennent facilement par le mélange de deux races.

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Pour simplifier, nous n'examinerons le croisement que d'une manière générale sur les races du Midi, sur celles du Nord et sur les petits moutons du Centre.

 

1°)  Les races ovines du double bassin des Pyrénées et du bas Rhône sont parfaites, quant aux qualités de la viande; elles sont sobres, rustiques et fortes pour aller chercher leur nourriture dans les montagnes et braver les extrêmes si rigoureux de la température méridionale; mais elles sont mal conformées, dures à l'engraissement et plusieurs laissent à désirer quant à la laine. Comment les rendre plus précoces, plus tendres à l'engrais sans diminuer en même temps leur force et leur rusticité ?

 

Nous avons dans quelques contrées, dans les Cévennes en particulier, dans le Rouergue, des troupeaux qui ont besoin de toute leur vigueur pour résister au climat. Le croisement, même avec le mérinos, a échoué. Et si nous ajoutons que, pour quelques-unes de ces races, on tient considérablement au lait, qu'on veut absolument conserver l'activité des mamelles, on comprendra combien le croisement offre de difficultés.

 

Il faudrait commencer d'abord par augmenter les fourrages, et on est souvent contrarié par le climat semblable presque à celui de l'Afrique, mais les progrès déjà réalisés en agriculture, et même dans les animaux, permettent d'en attendre de plus considérables. Disons que c'est par les irrigations, trop oubliées pour le drainage, qu'on créera les moyens d'imprimer aux races du Midi les qualités qui leur manquent.

 

Le croisement doit venir en seconde ligne. Mais dans quelques exploitations, dans quelques cantons, il pourrait être pratiqué immédiatement, pour améliorer la conformation.

 

Quoiqu'on ait essayé dans plusieurs départements du Midi le bélier Dishley, qui est le plus propre à améliorer les formes de nos races et à leur communiquer la précocité, nous ne saurions le conseiller; nous croyons même que son métis demi-sang mérinos aurait encore la laine trop grosse et ne pourrait être employé que pour quelques races à laine grosse ou passable de la partie occidentale du grand bassin pyrénéen. Le dishley-mérinos, trois quarts mérinos, serait plus généralement utile.

 

Ce croisement rendrait plus fine la laine de beaucoup de troupeaux, allongerait, sans la rendre plus grosse, celle des meilleurs métis et dans tous rendrait le garrot plus épais, le dos plus soutenu, la poitrine plus large, les animaux plus précoces et plus tendres à l'engrais.

 

On a préconisé le mouton southdown pour créer des races de boucherie d'un facile entretien dans les contrées peu fertiles, mais nous ne pensons pas que ce résultat soit possible, comme nous le dirons en parlant du mouton du Centre. Ajoutons seulement ici que dans la Gironde on a renoncé à cette race, parce qu'elle était contrariée par la nécessité d'une locomotion longue, indispensable à la satisfaction de ses appétits et de ses besoins alimentaires et qu'on lui a préféré le métis dishley-mérinos.

 

On a dit que ce croisement nuirait dans les races du Sud aux qualité de la viande, mais le climat, les plaines salubres, les herbages salés, les montagnes à plantes sapides donneraient en bien peu de temps à la viande des produits croisés, le grain fin, le goût exquis, qui caractérise le mouton de ces contrées.

 

Si le croisement peut avoir des inconvénients, c'est comme pouvant rendre les animaux moins rustiques et plus difficiles à nourrir; il est certain qu'on ne peut songer qu'à une transformation légère des bêtes indigènes.

 

2°)  Pour les races du Nord et pour celles de l'Ouest, qu'elles soient à laine grosse, à laine intermédiaire ou à laine fine, les croisements avec les types précoces offrent plus de chances favorables.

 

Partout où les herbages sont fertiles, le climat doux et les brebis de haute taille, les béliers dishley ou New-Kent pourront être utiles pour rendre le corps trapu, épais, plus bas sur jambes et plus lourd, les membres plus fins, la tête plus petite, l'accroissement plus rapide et l'engraissement plus facile.

 

Ce croisement ne saurait rendre la laine plus mauvaise dans les races de la Flandre, de l'Artois, de la Normandie, de l'Anjou, mais il ne produirait pas non plus les améliorations que nous devons désirer.

Davis H. W. B. - In Ross-Shire

Pour tirer tout le parti possible de ces grandes races, il est nécessaire d'utiliser les qualités du mérinos, soit en donnant aux brebis de pure race indigène des béliers dishley-mérinos, soit en donnant aux brebis anglo-flamandes, anglo-normandes, anglo-nancelles, le bélier mérinos.

 

L'expérience seule peut démontrer dans quel cas il faudrait préférer le reproducteur trois quarts de sang mérinos au demi-sang, et nous apprendre si, dans quelques contrées humides très fertiles, il ne faudrait pas employer ou la race anglaise pure, ou des métis anglo-français ayant trois quarts de sang anglais.

 

Par ces croisements, les formes de nos brebis deviendraient meilleures, le tempérament plus précoce, le corps plus laineux, la laine plus fine, plus douce, plus élastique et la mèche plus carrée sans perdre de sa longueur sensiblement.

 

Nous arriverons ainsi à produire avec plus de viande non pas des laines fines dans le Nord et l'Ouest, mais de ces laines intermédiaires, belles et abondantes, qui répondent si bien à l'immense développement que prend, dans les cités populeuses du Nord, la fabrication des étoffes rases.

 

Produire des animaux mieux conformés et plus précoces que les races indigènes, tout en produisant des belles laines pour alimenter notre industrie, tel est le résultat qu'il faut obtenir. Nous pouvons arriver au but en soignant nos belles races à laine intermédiaire; quelques magnifiques lots de métis mérinos à laine longue et fine, à toison fermée, à jambes et tête laineuse, à corps trapu, nous prouvent que ce progrès est en partie réalisé.

 

Il ne se généralisera avec ou sans l'emploi du sang anglais, mais l'emploi du bélier dishley ou New-Kent peut, dans la plupart des cas, être fort utile: le sang anglais pour donner la carrure, la précocité, la nature, la longueur de la mèche; le sang mérinos pour communiquer la finesse, le tassé de la toison, l'égalité des brins et l'extension de la laine sur la tête, les membres et le ventre.

 

Déjà dans le siècle dernier, on avait observé que la brebis commune du Boulonnais donnait de mauvais résultats; pour empêcher la dégénération, on avait reconnu la nécessité de mêler le sang anglais au sang mérinos. Vers la même époque, on obtenait à la Ferté-Milon, dans l'Oise, de ces deux dernières races, des moutons qui donnaient des toisons de la plus belle qualité.

 

Par l'emploi du bélier anglais seul, la laine resterait trop dure; par la race mérine et ses dérivés français on arriverait plus sûrement au but, mais seulement par des tâtonnements, par des précautions très grandes dans les appareillements et par des soins soutenus dans l'élevage, et le succès même ne serait certain que là où le climat serait favorable.

 

Tandis que par l'emploi des types améliorateurs réunissant les qualités des deux races, on peut arriver avec certitude, et sans donner aux troupeaux d'autres soins que ceux nécessaires pour conserver les améliorations produites.

 

Ce progrès parfaitement compatible avec le climat de la Flandre, du bassin de la Somme, de ceux de l'Aisne, de la Seine, du Calvados, de la basse-Loire, n'exercerait aucun effet fâcheux sur les qualités de la viande. Les métis seraient peut-être moins estimés des bouchers que les races indigènes pures, mais cela ne dépendrait pas de la généalogie des animaux; cela dépendrait de leur précocité, de l'âge peu avancé auquel on les exposerait en vente.

 

Cette désappréciation n'arriverait donc qu'autant que les éleveurs y trouveraient leur avantage. Quand la bonne viande se vendrait mieux relativement que la médiocre, ils laisseraient vieillir un peu plus leurs troupeaux. Nous avons donc pas à nous préoccuper de cette question.

 

3°)  Arrivons aux petites races si utiles dans le Berry, la Sologne, la Bretagne, la Manche, le Forez, etc. Nous ne saurions songer à en accroître directement la taille par les croisements. Nous devons les conserver pour utiliser l'herbe de nos bruyères, de nos landes, de nos plaines crayeuses et de nos garrigues stériles. Aucune amélioration n'est possible à ce point de vue, à moins que les propriétaires ne se procurent les moyens de mieux nourrir leurs troupeaux. A cet égard il y a eu déjà des progrès considérables réalisés.

 

Quel est le type améliorateur qui convient alors pour les races dont on s'est le plus occupé, pour celles du Berry, du Nivernais ?

 

C'est pour elles que le bélier southdown a été surtout préconisé dans ces derniers temps et nous dirions presque importé en France. Parce qu'il a été créé en Angleterre dans un comté moins fertile que celui dans lequel a pris naissance le bélier dishley, on a cru qu'il s'entretiendrait facilement dans nos contrées à sol pauvre et produirait une race de boucherie précoce et sobre, de facile entretien et graisseuse.

 

Mais en voyant les formes du bélier southdown, en sachant qu'il parvient assez jeune au poids de 70, 80 kilogrammes, nous n'avons pas besoin que les Anglais nous disent que la race s'est formée sous l'influence d'une riche alimentation et qu'elle ne peur être conservée qu'avec ces conditions.

 

Nous ne connaissons que deux types de moutons capables d'améliorer les races indigènes: le type de boucherie, le bélier dishley pour les formes et la précocité; et le type à la belle laine, le mérinos pour améliorer les toisons.

 

Et quand, nous demandera-t-on, l'on veut améliorer pour la boucherie une race qui, en raison de sa taille peu élevée, de la pauvreté des pâturages où elle vit, ne comporte pas le bélier dishley ? Dans ce cas il faut prendre le produit d'un de ses croisements avec une race française; prendre le métis dishley-mérinos et on aura l'avantage d'améliorer la laine en même temps que les formes.

 

Autant que cela est possible, on peut arriver ainsi à réunir la précocité des races de boucherie à la sobriété des races françaises, car on peut produire tous les degrés de métissage et avoir toutes les nuances de précocité désirables. En réduisant ainsi à la mesure nécessaire les qualités du type dishley, on peut lui communiquer les qualités de lainage qui lui manquent et le rendre supérieur à un autre point de vue au bélier southdown.

 

Le cultivateur qui possède un troupeau indigène peut avoir avantage à créer lui-même le métis dont il a besoin. A cet effet, il donne le bélier dishley à quelques brebis de choix ayant du sang mérinos; il obtiendra d'abord des demi-sang, mais qui seront trop exigeants pour le pays et auront d'ailleurs la laine trop grosse; il corrigera les métisses par un mâle de la race maternelle.

 

On obtiendra ainsi, autant que cela est possible, mieux qu'avec un bélier anglais, fût-ce le southdown, des produits sobres, avec plus de précocité et la laine meilleure.

 

Il y a eu déjà dans le Berry et le Nivernais de nombreux essais de croisements anglais. Ceux qui ont le mieux réussi à notre connaissance dans les circonstances ordinaires, sans soins minutieux donnés aux produits, ont été obtenus à peu près de cette manière par Monsieur Saulnier, dans les environs de Buzançais.

 

Si cet éleveur parvient à adoucir la laine de son troupeau, tout en conservant le corps épais, le dos soutenu, la côte ronde et le poitrail ouvert, il aura créé un beau type et rendu un véritable service à la contrée.

 

Dans les meilleures localités du Centre, sur les bords de l'Indre, de la Creuse, on n'aime pas les animaux laineux; on veut des jambes nues, des têtes chauves. Les éleveurs qui vendent les moutons jeunes doivent tenir compte de ces répugnances, mais nous croyons, et c'est l'opinion de l'habile éleveur que nous venons de citer, que l'aptitude plus grande des bêtes chauves à l'engraissement ne compense pas la perte qui résulte d'une laine plus grosse et moins abondante. Le cultivateur qui peut engraisser ses élèves n'a pas à tenir compte de ce préjugé.

 

Dans ces toutes petites races, l'amélioration de la laine offre moins de difficultés que celle des formes. La plupart appartiennent aux mauvaises laines communes, et cependant les contrées où elles se trouvent, la Loire, la Nièvre, le Cher, le Loiret, l'Ille-et-Vilaine, ne sont contraires ni par leur humidité, ni par leur latitude, ni par leur fertilité, à la production des laines fines.

 

L'appareillement pourrait suffire pour donner à ces races une grande perfection, mais il serait plus simple de croiser les plus mauvaises avec les meilleurs ou avec des métis-mérinos de petite taille, et assez nombreux dans tous les département.

 

H. Magne

 Mauve Anton - Flock of Sheep

 

  

   Races françaises éteintes en 2008 selon la FAO

 

Alfort, Ardes, Artois, Boischaut, Brenne, Cambrai, Campan, Cauchois, Caussenard de la Lozère, Champagne, Châtillonais, Choletais, Corbières, Crevant, Franconie, Gascon, Larzac, Lauraguais, Maine à Tête Blanche, Marchois, Mérinos champenois, Mérinos de la Camargue, Mérinos de Mauchamp, Mérinos du Naz, Morvandelle, Moutons à tête noire, Picard, Roussillon Merino, Ruthenois, Ségala, Soissonais, St. Quentin, Trun.

 

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