Librairie Fontaine Luberon : Les déferlantes de Claudie Gallay

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Le marché à APT

Choix d'Alain Vauprès Librairie Fontaine Luberon

Libraire-conseil

 

Claudie Gallay - Les déferlantes

Claudie Gallay

Les déferlantes

Editeur : Editions du Rouergue

Date de parution : mars 2008

530 pages - broché

Code ISBN 13 : 2841569349

Prix : 21.50 €

 

"La Hague... Ici on dit que le vent est parfois tellement fort qu'il arrache les ailes des papillons".

 PREVERT

Une intrigue qui commence là où se termine la terre, du coté d'Omonville-la-Petite et de chez Jacques Pevert. Des personnages écorchés vifs, une nature omniprésente et hostile. Claudie Gallay confirme son talent avec ce nouveau roman.

 

A la pointe du Cotentin, ça souffle fort, là-bas. Le vent tourne vite, les vagues se creusent et le ciel devient noir en quelques minutes. Revoici les tempêtes d'équinoxe et il ne fait pas bon rester dehors. Claudie Gallay a choisi la Hague, "un endroit comme au bout du monde", battu par les flots, pour situer son nouveau roman, Les déferlantes.

 déferlantes

Une fiction où la nature et les hommes se confondent, s'opposent et se cherchent sans fin. On arrive par les terres sur ce territoire minuscule, à deux pas de Cherbourg et, brutalement, la mer apparaît : "Elle vous barre la route, on ne va plus nulle part, comme sur une île", explique la romancière en dessinant une carte imaginaire sur la table en bois.

 

La première idée romanesque lui est venue d'un poème de Prévert, une histoire de gardien de phare qui aimait tellement les oiseaux qu'il était prêt à éteindre le fanal, certaines nuits, pour qu'ils ne s'écrasent plus contre sa lumière aveuglante. Elle avait choisi le lieu, le coeur d'une intrigue, il lui manquait la voix. C'est celle d'une femme, fumeuse et rauque, tenancière de bistrot, qui allait lui offrir la bonne musique. Deux ou trois maisons, un café, un phare et l'Atlantique, voici pour le décor.

 orage

Sa narratrice est là-bas depuis six mois lorsque commence le récit. Elle est arrivée à l'automne avec les oies sauvages, travaille pour le centre ornithologique de Caen, vient observer les oiseaux, les compter, étudier les cormorans et les migrateurs, surveiller les oeufs, les nids dans les falaises. Parfois, elle s'assied en haut d'un grand rocher et dessine un oiseau sentinelle, une aigrette ou un pluvier pour un album qu'elle ne finira sans doute jamais.

 

Elle a laissé en ville un amour perdu, a trouvé à la Hague le gîte, le couvert et les silences nécessaires pour continuer son deuil. Cette femme d'une quarantaine d'années n'a pas de prénom, les habitants l'appellent la Griffue comme la maison qu'elle partage avec Morgane et Raphaël, frère et soeur, absents eux aussi du monde des vivants.

 

La mer qui emporte les hommes et les bateaux

 

Dès les premières pages, la première tempête, tous les protagonistes sont aux aguets, comme dans un minuscule théâtre : Lambert, l'homme qui revient chez lui après des années d'absence, la vieille Nan qui perd la tête, les habitués du bistrot de Lili, son père Théo et, surtout, la mer qui prend les bateaux et leur équipage, ne les rend pas toujours, empêche les familles d'enterrer leurs morts et les oblige à espérer un miracle, un retour impossible.

 tempête

Claudie Gallay née en 1961 est une fille du Sud, installée depuis longtemps dans le Vaucluse après une enfance dans le Dauphiné. Elle connaît les sols bien secs, le soleil au zénith mais, pour la seconde fois, elle situe son histoire dans une région où les pas laissent des empreintes dans le sol, où il faut lutter physiquement contre une nature qui ne se donne pas d'emblée. "Sous la violence, les vagues noires s'emmêlaient comme des corps. C'étaient des murs d'eau qui étaient charriés, poussés en avant, je les voyais arriver, la peur au ventre, des murs qui s'écrasaient contre les rochers et venaient s'effondrer sous mes fenêtres. Ces vagues, les déferlantes. Je les ai aimées. Elles m'ont fait peur."

 

Dans l'or du temps, elle évoquait déjà cette région, mais la Normandie qu'elle décrivait était au sud de Dieppe, plus loin des falaises et de la rigueur. Un homme marié, père de deux fillettes, s'ennuyait un peu dans sa vie en ligne droite. Sa rencontre avec une vieille dame indigne allait changer la monotonie de son existence en curiosité insatiable. Dans ce roman superbe, Claudie Gallay citait André Breton et son journal de voyage en Arizona à la rencontre des Indiens Hopis.

 

Elle ouvrait des portes sur des secrets, cherchait, comme Breton, l'or du temps. Pour Les déferlantes, la romancière s'est rendue sur place à toutes les vacances scolaires, installée dans une chambre avec vue sur le phare. "J'écrivais au rythme des marées", précise-t-elle. Et c'est Jacques Prévert qui devient cette fois son ombre tutélaire, lui qui aimait ce coin sauvage pour y rêver.

 

Sortie du rang des "taiseux"

 

Sûr que la narratrice des Déferlantes ressemble à la romancière, avec son côté écorchée vive, observatrice sans fin d'un paysage rugueux, patiente et bouillonnante à la fois dans ses désirs contraires. Claudie Gallay se cabre un peu lorsqu'elle doit parler de certains héros comme Théo, un père qui ne regarde sa fille que lorsqu'elle lui tourne le dos. "Mon travail se bâtit sur les silences du passé", dit-elle. Il faut donc revenir vers son enfance en Dauphiné, un monde étroit où les livres ressemblent à des dangers.

 

Son père ne lit pas ses romans, sa mère ne lui en parle jamais, il n'y a pas de bibliothèque à la maison. Une famille de "taiseux", admet-elle avec réticence. Elle a quitté cette gangue, est devenue enseignante mais travaille à mi-temps dans une école communale où l'on sait à peine qu'elle est romancière.

 Auteur

L'essentiel est ailleurs, dans une maison du côté de Cluny au milieu des bois, près d'une mare où les biches viennent boire.

 

Elle se lève tôt, écrit et réécrit sans rien montrer à personne. "Parfois, j'arrive à ces beaux moments où je sens qu'il n'y a rien à retoucher, où il n'y a pas de décalage entre ce que je pense et ce que j'écris. C'est un peu comme faire le jardin, réussir la taille d'un arbre." Sylvie Gracia, son éditrice aux éditions du Rouergue, souligne: "Son premier livre, L'office des vivants, est arrivé par la Poste." C'était il y a dix ans, au moment de la naissance de la collection, La Brune. Cinq livres plus tard, la méthode n'a pas changé. "Nous nous voyons peu, elle envoie un manuscrit lorsqu'elle pense avoir terminé. Je ne lis jamais rien en cours. Elle reste seule avec son écriture qui s'est densifiée au fil des livres."

 

La petite maison de Claudie Gallay s'appelle la Thébaïde, elle n'y accueille pas grand monde et ferme le portail à clé dès qu'elle arrive. Pourtant, quelque chose a changé depuis dix ans. Comme le début d'un apaisement qui n'est pas lié directement au succès grandissant de ses livres mais aux rencontres de lecteurs qu'elle ose maintenant affronter et aux artistes, comme Charles Juliet, qui l'ont encouragée. Elle dit: "Ecrire, c'est creuser au même endroit" et si ses livres ont un air de famille, ils prennent une nouvelle ampleur, à l'image des vagues sur cet océan qu'elle met en scène comme une tragédie humaine.

 

 

Les déferlantes est son cinquième roman publié dans la collection La brune, après l'excellent accueil de ses deux derniers, Seule Venise et Dans l'or du temps. A noter noter deux rééditions en collection de poche, chez Babel: Dans l'or du temps et Mon amour, ma vie (son second roman paru en 2002).

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   Extrait

 

Pages 251 à 256

 

C'est pour ça qu'on est partis aux falaises. On a laissé la voiture sur le parking d'Écalgrain et on a continué à pied. On avait décidé d'aller manger à la Bruyère après.

Lambert marchait à bonne allure, le pied bien à plat. En habitué.

Arrivés à la grande falaise, on a quitté le sentier et on a pris entre les fougères, des passages étroits bordés de ronces. Des buissons raz sur quelques et les ronces ont laissé place à une petite herbe brûlée par les vents. Un à-pic vertigineux. La mer était tout en bas.

 

J'étais souvent venue là, pour oublier.

 

On s'est arrêtés tout en haut de la falaise, presque au bord, deux solitudes face à la mer, revenus aux origines du monde. La mer reculait, elle revenait, des arbres poussaient et les enfants naissaient et ils mouraient.

D'autres enfants les remplaçaient.

Et la mer, toujours.

Un mouvement qui se passait de mots. Qui s'imposait.

Depuis des mois, je me fondais dans ce paysage avec la lenteur d'une bête qui hiberne. Je dormais. Je mangeais. Je marchais. Je pleurais. C'était peut-être pour ça que ma présence ici était possible. Qu'elle était acceptable. À cause de mon silence.

- C'est ça, la falaise des cormorans, j'ai dit.

Il s'est avancé.

Je l'ai laissé. Il fallait être seul, la première fois, pour voir cela.

 

Il est resté debout, les bras le long du corps, il prenait le vent de face. Sans bouger. À quoi pensait-il ? Quels comptes venait-il réclamer ?

Je me suis assise sur un rocher, un peu en retrait. J'aurais voulu avoir cette photo de l'enfant dans la cour pour la lui montrer. tui demander s'il le reconnaissait. Mais Lili avait enlevé la "photo.

Lambert s'est retourné. Il m'a regardée. J'ai effleuré de ma main le muret de pierres, les feuilles des fougères dont les Spors granuleux ont crissé sous mes ongles. On trouvait ici, le long de ces murs, une étrange petite plante rase qu'on appelle la mal-herbe. La légende veut que celui qui marche sur la mal-herbe s'égare dans la lande, il erre le restant de sa vie, incapable de retrouver son chemin.

Tu as été ma mal-herbe.

- Les nids de cormorans sont contre la falaise, j'ai dit en lui montrant l'endroit.

Je lui ai passé les jumelles.

Les nids étaient posés sur les rochers. En suspens. Confondues dans les ronces, des chèvres sauvages broutaient, le ventre dans les fougères.

Il y avait beaucoup de couples de cormorans. J'en avais compté une dizaine sur cette falaise et deux autres dans les rochers un peu plus loin. Quarante-deux en tout avec ceux que j'avais trouvés à l'anse des Moulinets. Quarante-deux, c'était beaucoup mais il y en avait plus avant.

Cette falaise était un site de ponte important. Les pêcheurs venaient là, avec leurs barques, ils posaient des filets, les oiseaux se prenaient dedans. On retrouvait les corps qui flottaient.

- Le silence ne vous gêne pas ?

Il a demandé ça sans se retourner. Parce que je ne disais rien depuis un moment, et que, sans doute, il m'avait à nouveau parlé.

 

J'ai fait non avec la tête.

 

Je me suis souvenue de lui, cette première fois où je l'avais vu. Il venait d'arriver. Des gens sont passés ici, certains auraient aimé rester mais la Hague les a vomis. D'autres, la Hague les a pris. Des années après ils sont toujours là, sans qu'ils puissent expliquer pourquoi.

Le silence fait partie de la lande.

Je faisais partie d'elle. Elle m'avait pansée.

Soignée de toi.

Combien de fois j'étais venue hurler ici, sur ce bord de falaise? Qu'est-ce que Lambert avait compris de mon silence? Son regard m'a scrutée, il s'est imposé, avec force. Un contact brutal. Je n'ai pas bougé.

Ca cognait dessous. C'était la mer qui remontait. Ses coups aisaient vibrer l'intérieur de la falaise. Étrange palpitation.

- Si vous vous plaquez le ventre contre la terre, vous sentirez battre la mer.

- Vous voulez que je me couche là ?

- Je ne veux rien.

Il a souri.

Il s'est étendu.

- Je n'entends pas.

- C'est organique, vous devriez entendre. Il est resté sans rien dire.

Je me suis levée. Je suis allée au bord de la falaise. La mer recouvrait les rochers. Elle soulevait les algues. Allais-je pouvoir rester encore longtemps ici? Morgane voulait partir.

Sur l'un des rochers, deux cormorans battaient des ailes au soleil. Leur plumage était d'un vert huileux, presque noir. Ces deux oiseaux vivaient en couple depuis quelques semaines. Ils n'avaient pas encore d' œufs à surveiller, ils pêchaient ensemble.

 

Je me suis retournée. Lambert était toujours étendu.

Vous êtes contracté ... Les contractions, ça fait écran. - Je ne suis pas contracté...

Il s'est redressé. Un perce-oreille s'était accroché au col de son blouson.

- Il paraît que les mâles cormorans aiment leur femelle pour la vie, j'ai dit.

Il a enlevé la terre qui s'était collée à ses genoux.

- Ils vivent moins longtemps que les hommes, c'est plus facile pour eux. Vous passez votre temps ici ?

- Ici et un peu plus loin.

- Et on vous paye pour ça ?

Ça m'a fait rire.

- On me paye et on me loge.

Il a hoché la tête. Le perce-oreille était toujours sur son col.

Des bergers étaient devenus fous à cause de ça, un perce-oreille entré dans leur crâne alors qu'ils dormaient à l'ombre d'un arbre.

- Une fois qu'ils sont à l'intérieur, ils grignotent la cervelle et ils ressortent de l'autre côté...

De quoi vous parlez ?

Je lui ai montré le perce-oreille.

- Il y a un hôpital à Cherbourg qui s'occupe très bien d'eux... Qu'est-ce que vous avez pensé, ce jour-là, quand vous avez revu Théo dans la cour ?

- J'ai pensé le frapper. Et puis j'ai pensé à ma mère ... Je me suis dit qu'elle serait triste si je faisais ça, et après, je me suis souvenu que ma mère était morte.

Une ombre noire a plongé à quelques mètres de nous, elle a filé sous la surface de l'eau, rapide, précise. C'était un cormoran. Le corps noir confondu dans les reflets gris des vagues, les milliards de petites lumières incandescentes. En général, ils restaient une minute sous l'eau. Le plus dur, c'était de les repérer quand ils remontaient.

- Vous ne m'écoutez pas...

- Je vous écoute... Vous avez pensé à votre mère et vous vous êtes souvenu que votre mère était morte.

Je l'ai regardé. Ses yeux gris étaient devenus plus sombres. Il avait mal.

J'avais mal aussi.

- On prend tous des camions dans la gueule ... j'ai dit. J'en ai pris, vous en avez pris. On en prend tous. Les cormorans aussi, ils en prennent ...

- Il y a des camions plus gros que les autres.

Je l'ai regardé. Ce front bombé, presque têtu.

Un camion c'est un camion, j'ai dit.

J'ai happé l'air. Les chiens suent avec la langue. Et les les chats, Comment ils font les chats ?

Je lui ai demandé, Vous savez comme ça sue, un chat ?

Il ne savait pas. Moi non plus. Un jour, j'ai compté plus de trois cents plongées de suite pour le même oiseau. Une plongée longue d'une minute trente.

Je lui ai dit ça. J'étais fatiguée.

Ça devenait tendu entre nous. Trop compliqué. Il regardait du côté du phare.

- Rien n'a changé, les maisons sont les mêmes, la lande...

Les fils ressemblent aux pères, tout est pareil et pourtant...

Théo, je voudrais le haïr, je n'y arrive plus.

C'est ça qui vous fait si mal ?

Ne plus souffrir de cette manière intolérable. Cette injustice de vivre quand les autres sont morts, et de survivre justement.

Survivre encore. Envers et contre tout.

Envers et contre la mort.

Et se surprendre, un jour, à rire.

Une mouette est passée et l'ombre de l'oiseau a glissé sur son visage.

- Avant, je gueulais...

J'ai baissé les'yeux.

J'avais gueulé aussi.

Je me suis détournée de lui. Au jeu des petits chevaux, si tu fais six, tu rejoues, si le dé tombe par terre, on dit qu'il se casse et il faut relancer. J'ai pensé à ça. Et si le dé tombe sur la tranche, on dit qu'il est cassé et pour ça aussi il faut rejouer.

Dans la vie, on ne rejoue pas.

Avant, c'étaient des poèmes que je me récitais. Aragon, je connais par cœur, des pages entières de Rilke.

Cette nuit-là, il a éteint le phare. C'est le pourquoi qui me manque.

Il est revenu là-dessus. Comme pris dans son tunnel. Il butait. Je me suis souvenue de cette pipistrelle qui était venue se jeter contre les murs sans que je comprenne pourquoi. Prise dans quelle tourmente ? Cette jument devenue folle et qui butait elle aussi.

Je butais comme elle. J'avais peur d'aimer. Ta mort m'avait laissé ça.

- Il n'y a pas toujours de pourquoi... j'ai dit.

- Et les pourquoi sont parfois décevants, je sais, on me l'a dit, mille fois...

 

 

   

   Commentaires

 

Ne passer surtout pas à côté de ce livre !

 Cap de la Hague - Phare de Goury  

Au début de ce roman, j'étais dans l'incapacité de lire plus de trente pages consécutives sans avoir l'impression d'être happée dans les profondeurs des déferlantes. Le roman a eu sur moi un effet de miroir bouleversant. Pourtant j'ai continué ma lecture, à l'instar des personnages en quête de La révélation.

 Cap de la Hague - Phare de Goury

De la grande littérature. De celle qui donne envie de lire encore. Un roman âpre, violent et puissant qui vous percute, vous bouscule, vous cogne, vous fait chanceler, et finit par vous laisser groggy mais empli d'une force incroyable. Si la vie est une tempête, il y a toujours un jour, quelque part, un coin de repos pour toute âme blessée. Chacun finit par le trouver avec le temps...

 orage

C'est une histoire qui nous absorbe et nous recrache, quelques 500 pages plus loin... Même pas mal, par contre j'ai été profondément sonnée. Je suis toute émue et fébrile après un tel roman, c'est vous dire son enchantement.

 orage

Et puis il y des personnages aussi lumineux qu'ils sont douloureux : la Petite, Michel, ou même Morgane. Avec un style unique, fait tout à la fois de brutalité et de simplicité, Claudie Gallay dépeint de manière impressionniste cette pointe de nulle part, avec ses oiseaux qui viennent se fracasser sur les vitres du phare comme les déferlantes au moment des grandes marées. Au milieu de tout cela, il y a la narratrice, grande brûlée de la vie, qui est venue la fuir, qui est venue s'éteindre, et qui, à la lumière des autres, va voir se ranimer les braises intérieures qu'elle croyaient éteintes.

 Prevert

Claudie Gallay, elle, dans un paysage traversé par le fantôme de Prévert, sculpte le manque avec des mots âpres et denses, sculpte l'espace des phrases. Une remontée vers la lumière, non pas fulgurante, mais pas à pas, où les personnages marchent tous vers leur destin, s'extraient ou non de la gangue de pierre qui les emprisonne, apprennent ou non à marcher à deux. "Les Indiens Hopi disent qu'il suffit de toucher une pierre dans le cours d'une rivière pour que toute la vie de la rivière en soit changée. Il suffit d'une rencontre." Un livre qui peut changer le cours de notre vie ? En tout cas un livre précieux et nécessaire.

 Duheme

Passionnément, à la folie. Un sentiment de douceur et de pureté dans cet océan de dureté. Une délectation pure de lecture. A découvrir, à lire et à relire. Cet écrivain est fantastique. Ce livre est tout simplement magnifique.

   collage de Jacqueline

Une histoire qui ne peut que toucher le lecteur. Un style qui sort des sentiers battus. Une intrigue très bien menée, ça ressemble à du Simenon des grands jours, avec en plus la touche féminine de Claudie Gallay. Les personnages sont très typés et remarquablement dépeints : un bon scénario pour Claude Chabrol... Cinq cents pages qui passent comme une lettre à la poste... C'est tellement beau sur la fin, que l'on voudrait que ça continue.

 

Le gardien du phare aime trop les oiseaux (J. Prevert)

 

Des oiseaux par milliers

volent vers les feux

par milliers ils tombent

par milliers ils se cognent

par milliers aveuglés

par milliers assommés

par milliers

ils meurent

Le gardien ne peut supporter

des choses pareilles

les oiseaux

il les aime trop

alors il dit

Tant pis je m'en fou !

Et il éteint tout

au loin

un cargo fait naufrage

un cargo

venant des îles

un cargo

chargé d'oiseaux

des milliers d'oiseaux des îles

des milliers

d'oiseaux noyés.

 

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