Les pigments utilisés dans les fresques de l'abbaye de Saint-Hilaire

Abbaye de Saint-Hilaire en Vaucluse - Marie-Madeleine

  Chapelle Saint Antoine le Grand

     Pour afficher la page plein écran cliquer - ICI -

 

 

  

   Crucifixion du XVe siècle

 

Durant le Moyen Age, les peintures murales ont été réalisées soit à la fresque, soit à sec, soit commencées à la fresque et terminées à sec. La composition des pigments utilisés par les artisans du Moyen Age était principalement à base de produits minéraux et végétaux. Les méthodes modernes d'analyse physiques et chimiques sur des prélèvements permettent de définir le type des produits utilisés et leurs provenances.

 

Dans son mémoire de fin de travaux, Nathalie le Van indique que cette œuvre réalisée à fresque, sur un enduit fin de très faible épaisseur : 2 à 4 mm, composé d'un mélange de chaux et de sable blanc.

 

Les couleurs sont composées à partir de pigments naturels ou minéraux, réduits en poudre finement tamisée, et mélangés avec de l'eau ou de la chaux aérienne ou hydroxyde de calcium (Ca(OH)2) - calcaire calciné dans des fours à chaux.

 

 

  

   Les rouges

 

 

   

   Les rouges minéraux

 

Les teintes rouges utilisées depuis la préhistoire étaient obtenues à partir de terres argileuses rouges communément appelées ocres, qui contiennent à l'état naturel un hydroxyde de fer : l'hématite (Fe2O3), dont l'étymologie vient du grec αίματίτης, dérivé de αίμα qui signifie "sang".

ocre rouge - pigment de la fresque de l'abbaye de Saint-Hilaire

 Ocre rouge, cette variété d'ocre, plus rare que l'ocre jaune, est présente dans le Vaucluse, où un gisement situé sur la commune de Gargas est toujours en exploitation.

 

Suivant la teneur en hématite, ces terres permettent d'avoir pratiquement toutes les nuances de rouge jusqu'au brun - sur le gisement de Rustrel (Vaucluse), 24 teintes ont officiellement été recensées, allant du gris au vert, en passant par le jaune et le rouge.

hématite  couleurs d'ocre - pigment de la fresque de l'abbaye de Saint-Hilaire  couleurs d'ocre - pigment de la fresque de l'abbaye de Saint-Hilaire  couleurs d'ocre - pigment de la fresque de l'abbaye de Saint-Hilaire

Les ocres jaunes dont la couleur est due à la présence de goethite pouvaient aussi être calcinées (500°) pour obtenir des rouges foncés.

 

 Connu depuis la plus haute antiquité, le minium, de couleur orangé, est un tétroxyde de plomb (Pb3O4) :

minium

 Pline indique que ce pigment obtenu en chauffant du blanc de plomb était utilisé pour imiter le cinabre (sulfure de mercure α-HgS), extrait dans la région de la ville d'Almaden en Espagne, et la céruse (carbonate de plomb), d'où la confusion linguistique jusqu'à la fin du Moyen-Age entre les noms et les substances.

cinabre

Au Moyen-Age, le cinabre rentrait dans la composition d'encres utilisées par les copistes pour réaliser les enluminures.

 

 Le terme vermillon est utilisé pour différencier le produit de synthèse du minerai natif (cinabre), il peut être préparé par voie sèche (85 parts de mercure pour 15 parts de soufre), ou par voie humide. Dans ce cas, le mélange de teinte brunâtre au départ, est constitué de soufre, de mercure, de soude et de potasse que l'on réchauffe.

 

  Le réalgar ou arsenic rouge (As4S4) à parfois été utilisé malgré son instabilité à la lumière.

cristaux de réalgar  

 

   

   Rouge utilisé dans la scène de Crucificxion

motif comatesque : rouge foncé

Motif de style cosmatesque ou art "cosmat", forme de décoration constituée d'incrustations en marbres poychromes. Inventée par les marbriers romains, cet art se développe entre le XIIe et le XIVe siècle, il est typique de l'époque du Moyen Age.

 

 

  

   Les bruns

 

 

   

   Les bruns minéraux

 

La plupart des bruns sont obtenus par l'utilisation de terres chargées d'oxyde de fer (FeO2) et d'argile, les nuances étant obtenues par calcination, technique connue depuis le paléolithique.

minerai de fer

 La plus connue est la terre de sienne, éponyme de la ville italienne, composée d'oxyde de fer (FeO), de dioxyde de manganèse (MnO2) et d'argile.

terre de sienne naturelle

La terre de sienne comme les ocres étaient calcinées pour produire des bruns plus foncés :

terre de sienne brûlée  

 

   

   Brun utilisé dans la scène de Crucificxion

Fresque : détail de la chevelure : pigments bruns

 

  

   Les jaunes

 

 

   

   Les jaunes minéraux

 

Les terres jaunes doivent leur teinte à leur teneur en oxyde de fer jaune :

oxyde de fer jaune

 Les ocres jaunes sont colorées par la présence d'un minéral, la goethite (FeO(OH). Suivant la quantité de goethite, ces terres offrent toutes les nuances depuis le jaune jusqu'au rouge. Ces ocres sont présentes dans le Vaucluse, dans des gisements situés sur la commune de Rustrel.

ocre jaune

 Le massicot, protoxyde de plomb (PbO), est un pigment jaune d'or :

massicot

 Le jaune de Naples, fabriqué à partir de plomb, d'oxyde d'antimoine et de sulfate de chaux (Pb(SbO3)2, déjà utilisé en 2500 avant J.C. en Egypte.

jaunes de naples

 L'orpiment est un minéral de couleur jaune d'or composé de trisulfure d'arsenic (As2S3), existant à l'état naturel dans le Sinaï, l'Iran, l'Asie Mineure, utilisé depuis l'Antiquité malgré son noircissement lié à la présence de souffre.

orpiment

 

   

   Jaune utilisé dans la scène de Crucificxion

Fresque : détail de la chevelure : pigments jaunes

 

  

   Les verts

 

 

   

   Les verts minéraux

 

Jusqu'au XVIIIe siècle les pigments verts étaient peux nombreux, le plus commun depuis l'Antiquité était le vert-de-gris (hydrocarbonate de cuivre CH2O-Cu), fabriqué en faisant réagir du marc de raisin sur des plaques de cuivre, ce qui explique que la production se soit concentrée dans des zones vinicoles. Une teinte plus foncée (acétate basique C2H4O2Cu) était obtenue en exposant les plaques de cuivre aux vapeurs de vinaigre.

vert-de-gris

 La malachite est un carbonate minéral (CU2(CO3)(OH)2, d'un vert intense, souvent associée à l'azurite (Cu3(CO3)2(OH)2, utilisée depuis l'Antiquité :

malachite

 L'utilisation de terres argileuses vertes est attestée dès l'Antiquité romaine alors que les artistes grecs utilisaient la superposition de jaunes et de bleus pour obtenir des verts. Sa couleur est due à des minéraux divers comme :

 

 la glauconite (association de minéraux argileux entre micas et smectites, grossièrement cristalline, vert jaunâtre, vert olive à vert noirâtre) :

glauconite

 la céladonite (K(Fe,Mg)2[Si4O10](OH)2) :

céladonite

 la chlorite (Mg,Fe)3(Si,Al)4010 :

chlorite

 Les gisements de terres vertes sont rares, la plus réputée dans l'Antiquité était la terre de vérone, éponyme de la ville italienne, sa couleur est due à des minéraux divers comme la céladonite, le magnésium Mg), le manganèse (Mn), etc. :

terre de vérone

Si à l'époque romaine il est fait mention d'un gisement de qualité situé sur la commune de Nice, aujourd’hui, ces terres vertes proviennent essentiellement de Chypre et d'Ukraine.

 

 

   

   Vert utilisé dans la scène de Crucificxion

Fresque : détail du fond : pigments verts

 

  

   Les bleus

 

 

   

   Les bleus végétaux

 

Un bleu très foncé était fabriqué à partir de la calcination de la lie de vin rouge. Ce bleu, éclairci avec de la chaux permettait l'obtention de la teinte bleu ciel.

 

 

   

   Les bleus minéraux

 

 Le lapis-lazuli : silicate d'aluminium, de sodium ou de soufre en fonction de sa provenance [(Na,Ca)8(Al,Si)12O24S2FeS-CaCO3]. Le principal gisement connu de l'époque était et est toujours en Afghanistan. On le trouvait aussi dans les Alpes Suisses. Cette pierre d'un bleu outremer était relativement rare au Moyen-Age et plus chère que l'or. En Europe Occidentale, le lapis-Lazuli n'apparaît qu'au XIIe siècle.

lapis-lazuli

 L'azurite : carbonate de cuivre [Cu3(CO3)2(OH)2], d'un bleu intense, a été très largement utilisé par les artistes. Sa première utilisation remonte à l'Egypte du IIIe mil. avant J.-C. Originellement produite dans le continent eurasien, l'Allemagne a disposé d'importants sites d'extraction d'où le nom "d'azur d'Allemagne".

azurite  

 

   

   Bleu utilisé dans la scène de Crucificxion

 

Il n'y a pas de bleu pur, mais le violet est utilisé (bleu + rouge).

Fresque : détail d'un vêtement : pigments bleus + rouges

 

  

   Les noirs

 

Au XVe siècle, les artistes utilisaient indifféremment trois familles de pigments noirs : les noirs animaux, les noirs végétaux et les noirs minéraux.

 

 

   

   Les noirs animaux

 

Le plus remarquable était le noir d'ivoire produit par calcination d'os d'animaux dégraissés et blanchis. Ce noir ne doit pas être confondu avec le noir d'os de mouton de qualité inférieure.

noir d'ivoire

Des noirs produits à partir de bois de cerf, de corne de rhinocéros, de laine de mouton, etc, ont été utilisés par les autochtones depuis l'Antiquité.

 

 

   

   Les noirs végétaux

 

Toujours produit par calcination, ces noirs ont été réalisés avec des noyaux de pêches, de cerises ou d'amandes, de jeunes pousses de vigne.

 

 Le noir de noix de galle, excroissance du chêne due à la présence d'une larve parasite (cynips), a été utilisée en teinture, en peinture et pour la confection des encres.

 

 Le noir de fumée et le noir de suie, produits de la calcination de substances résineuses.

 

 

   

   Les noirs minéraux

 

Dès l'Antiquité, le bitume de Judée, ramassé sur des sols couvrant des nappes de pétrole affleurantes a été utilisé par les habitants du Moyen-Orient.

 

 

   

   Noir utilisé dans la scène de Crucificxion

 

Il n'y a pas de noir pur.

 

 

  

   Les blancs

 

 

   

   Les blancs minéraux

 

 La céruse, carbonate de plomb (C2H2O8Pb3), fut longtemps l'unique blanc couvrant à la disposition des artistes. Fabriquée à partir de lamelles de plomb dégradées par des vapeurs de vinaigre (obtention d'acétate de plomb), puis dans un deuxième temps, plongées dans un milieu fermentant (fumier de cheval) pour la transformation en carbonate de plomb par apport de CO2.

céruse

 Les blancs de chaux comme le blanc de Saint-Jean sont des carbonates de calcium (CaCO3), se présentant sous forme d'une chaux aérienne éteinte ayant carbonaté (la chaux redevenant ainsi du calcaire : Ca(OH)2 + CO2 CaCO3 + H2O).

 

 

   

   Blanc utilisé dans la scène de Crucificxion

Fresque : détail d'un visage : pigments blancs  

 

   

   Blanc des Carmes

 

Ce blanc n'est autre chose que de la chaux de Senlis fort blanche et passée dans un tamis très fin. Quand elle est claire comme du lait, on en donne cinq ou six couches: mais il faut que chacune de ces couches soit bien sèche avant que d'en appliquer une nouvelle; il faut aussi les bien frotter avec la brosse; après cela on frotte l'ouvrage avec une brosse de poil de sanglier, ou avec la paume de la main; c'est ce qui lui donne ce luisant qui en fait tout le prix.

 

On fait dans les Indes un blanc plus pur encore et plus luisant avec de la chaux vive mêlée avec du lait et du sucre, dont on enduit les muratiles que l'on polit avec une pierre d'agate. Cet endiut les rend d'un poli qui imite la glace, et dont le plus beau blanc des Carmes n'approche pas.

 

- - - oOo - - -

 

Nous nous sommes permis de prendre certains visuels et textes que nous avons trouvé sur d'autres site web. Si vous reconnaissez un de vos visuels ou un de vos textes, et que vous ne souhaitez pas les voir apparaître ici, merci de nous en faire part, nous les retirerons sans problème. Si par contre vous voulez voir apparaître vos documents, n'hésitez pas à nous les envoyer.

 

- - - oOo - - -